‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 13 sur 58 · Mielke, Die heihge Elisaheth, p · texte numérisé non relu

Mielke, Die heihge Elisaheth, p

2. Peut-être avait-il eu connaissance de ce qfui s'était passé au siècle précédent et qui prouvait que, malgré la distance, les ruis de ilougrie ne laissaient manquer de respect ni à

son fils Louis épouserait Elisabeth Je Hongrie, et la dot donne'e par André II resta à la maison de Thuringe.

Ainsi les choses se trouvèrent rétablies, sauf la question de personne, dans les conditions primitives ; car c'était bien pour son successeur que le landgrave avait fait demander la main de la

leur fille ni à leur sœur. Conrad III de Hohenetaufon avait demandé pour son fils la main de la princesse Sopliie, fille du roi de Hongrie, Bêla II; elle lui avait été accordée et l'enfant, pourvue d'une dot fort riche, comblée de présents, avait été co\duite en Allemagne. Là, on ne témoigna nulle affection à l'enfant. La petite princesse sentait qu'elle était traitée plutôt, en servante qu'en fille de roi et que, «jour et nuit, elle mangeait le pain de la douleur j, tandis que Conrad III disposait à sa guise de sa dot. Lasse de cette vie, la princesse qui avait alors quatorze ans, mais était fort intelligente pour son âge, résolut de quitter le château, non pour rentrer dans le monde, mais pour se réfugier dans un couvent.

Près du monastère de Bénédictin?, fondé en 1074, sur le mont Admont, par Gérard, archevêque de Salzbourg, s'élevait un couvent de religieuses ; la princesse Sophie le choisit parce qu'il n'était pas fort loin de la Hongrie. On ne fit, à la cour, aucune opposition au projet de la princesse ; mais on ne lui restitua pas non plus sa dot.

Le bruit de ce qui se passait en Allemagne parvint au roi de Hongrie, alors Géza II ; il s'en inquiéta. Il n'avait encore que quinze ans, cependant il ressentit vivement l'injure qu'il supposait faite à sa sœur et voulut partir en guerre contre les Allemands. Ses conseillers l'en dissuadèrent et l'engagèrent à demander qu'on lui rendit la princesse ; si on refusait, il serait temps, disaient-ils, d'attaquer les Allemands. Géza se rendit à ces raisons et, muni d'une lettre de sa mère, chargé de riches présents, il partit pour la Styrie avec une nombreuse suite, presque une petite

princesse royalo de Hongrie, et c'était bien au futur landgrave de Thuringe que le roi André 11 avait accordé la main de sa fille, llermann n'aurait eu aucune raison de chercher une épouse pour son second fils, alors que l'aîné n'était pas encore pourvu, et, d'autre part, le puissant roi de Hongrie n'eût pas accordé sa fille au iils cadet d'un landgrave*.

armée. L'arrivée de cette troupe au mont Admont effraya l'abbesse qui se demandait si le roi de Hongrie, au cas où on ne lui rendrait pas sa sœur, prendrait le couvent d'assaut. U n'en fut rien. A la vue de son frère, la princesse Sophie, accompagnée des religieuses, s'approcha sur le seuil du monastère qu'elle avait juré de ne plus franchir, puis, se détachant un peu du groupe, elle s'avança pour que son frère et les Magyars vissent qu'elle était libre; alors, sans prononcer une parole, faisant de la tête un signe d'adieu, elle se retira. Les religieuses entonnèrent un chant de triomphe. Le roi, peut-être peu convaincu par cotte muette démonstration, se retira cependant en laissant les cadeaux qu'il avait apportés. Sa sœur lui fit transmettre ses rcmercîments de l'amitié que la reine sa mère lui avaittémoignéc ainsi que des cadeaux qu'elle offrait au couvent, n'ayant plus besoin de quoi que ce soit pour elle-même. (Pauler, A magyar nemzet tôiténete, t. I, p. 334).

i. L'existence du premier fiancé Hermann n'est mentionnée que par quelques auteurs qui n'insistent cependant pas sur sa mort prématurée et laissent passer presque inaperçu ce point que son frère cadet Louis lui succède comme fiancé de la petite Elisabeth. Ce fait échappa aux recherches de Montalembert ; il est pourtant d'une importance capitale. La mort du jeune Hermann explique les hésitations de la cour de Thuringe, le changement d'attitude à l'égard d'Elisabeth jusqu'au moment où le landgrave décide qu'elle épousera son second fils, Louis. Nous avons indiqué plus haut les sources établissant l'existence du fils atné Hermann.

Au milieu des conflits qu'avaient suscités toutes ces discussions, Elisabeth avait grandi, mais son développement physique, si rapide qu'il eût été, l'avait été moins encore que son développement intellectuel. Douée d'une belle intelligence, elle l'avait appliquée tout entière à connaître Celui qui la lui avait donnée et était parvenue ainsi à une haute compréhension de la religion. Sa ferveur s'en était accrue et sa piété était bien un mouvement de l'intelligence et du cœur qui l'unissait à Dieu. Elle puisait ainsi dans sa foi la force nécessaire pour supporter ses souffrances, car elle n'était pas insensible aux dédains et aux ironiques observations de ses persécuteurs, mais elle s'essayait à cacher tout ce qui la contrislait et déjà munie de cette noble arme des femmes : la douceur, elle offrait un front serein à ceux qui voulaient la blesser. Môme quand son cœur était noyé de larmes, l'étincelle divine continuait à briller sur son visage et la résignation, la patience, l'abnégation, l'espérance aussi, ses fidèles compagnes, lui donnaient la force d'opposer une angélique douceur aux tribulations dont on l'accablait.

Elisabeth se rendait quelquefois auprès de ses suivantes et semblait prendre plaisir à se trouver dans cet humble cercle; mais la duchesse Sophie le lui reprochait durement, comme un manquement aux convenances, et pourtant n'était-il pas naturel qu'Elisabeth cherchât quelques distractions auprès

\>' ses suivantes dont quelques-unes l'entretenaient I I tiiinenicnt de son pays natal qui lui resta toujours cher.

Avant que la décision prise au sujet de l'union de la jeune duchesse eût pu recevoir son accomplissement, la mort surprit le landgrave, le 25 avril 1217 •, alors qu'il était en guerre avec Sigefroy, archevêque de Mayence. Moins douloureuse peut-être pour Elisabeth que la mort de son premier fiancé, la disparition du landgrave Hermann n'en fut pas moins cruelle pour l'enfant qui perdait en lui son unique protecteur, le seul qui lui eût témoigné quelque tendresse et eût mis, dans une faible mesure, un frein à la méchanceté et à la malignité de sonentourage. Désormais, la duchesse Sophie put donner libre cours à ses sentiments d'animosité; elle n'avait plus à se préoccuper de l'opposition de son époux, ni à se soucier de dissimuler à ses yeux les sentiments indignes qui emplissaient son cœur. Elle rencontraun auxiliaire en sa fille Agnès; comme sa mère, la jeune fille aimait les fêtes et les parures, toutes deux étaient jiicuses comme les grandes dames de cette époque, mais la foi n'avait pas pénétré jusqu'au fond de kur cœur et elles ne pouvaient supporter chez les autres, ce qu'elles ne se sentaient pas capables de faire; la bonté de la jeune Elisabeth leur semblait

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