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Wegele, Die heilige Elisabeth von Thiiringen, p

3â SAINTE ELISABETH DE HONGRIE

pant encore, elle renoncerait au monde pour entrer de son plein grd dans un couvent comme l'avait fait au siècle précédent, dans des circonstances analogues, la princesse Sophie; mais elle avait compté sans l'amour que l'adolescente éprouvait pour son fiancé, et il était assez vif pour lui donner la force de souffrir et même de lutter, car les courtisans employaient des moyens aussi inconvenants que déshonnètes pour éloigner le jeune landgrave de sa fiancée; seulement ils ne réussirent qu'à l'affermir dans son amour.

L'opposition de la cour ducale au mariage du jeune landgrave avec la fille d'André II semblerait inexplicable si l'on ne savait que sa compréhension sérieuse de la vie avait déplu à tous les courtisans qui redoutaient l'influence qu'elle exercerait sur le landgrave dont les sentiments répondaient si bien aux siens ; ils avaient compris qu'avec Louis et Elisabeth comme souverains, c'en était fait de la vie joyeuse que le landgrave Hermann avait fait régner à la Wartbourg, que désormais tout y serait austère, comme le comportaient le caractère et les tendances du jeune couple, et ils redoutaient la vie calme et grave qui les attendrait alors.

Un jour pourtant, au retour d'une excursion, le jeune landgrave ne remit aucun souvenir à Elisabeth ; peut-être l'indulgente enfant, jugeant avec sa bonté habituelle, n'eût-elle prêté aucune importance à cette omission, mais ceux qui l'entouraient

\ uulurent voir, dans cet oubli, une intention bien Jrterniinée et, sans plus tarder, répandirent le luuit que le landgrave n'éprouvait plus les mêmes t>ontiments à l'égard de sa fiancée.

Souffrant dans son amour, mais surtout blessée iliins sa confiance, Elisabeth, cette fois, ne put supporter seule le chagrin qu'elle éprouvait. Elle cliercha le sire de Varilla, celui à qui son père l'avait si tendrement recommandée, et lui raconta sa peine. Rappelé, par cette confidence, à l'accomî'Iissement de sa promesse, qu'il semblait avoir (jnelque peu négligée, Varilla promit d'intervenir auprès du landgrave. L'occasion ne tarda pas à s'en présenter. Au cours d'une chasse dans les montagnes environnant le Wartberg, "Varilla se liouva près du landgrave qui se reposait. Il lui demanda la permission de lui poser une question; l'ayant obtenue, il dit : « Que pensez-vous, Monseigneur, faire de mademoiselle Elisabeth, que j'ai amenée de la Hongrie? La prendrez-vous pour I pouse, ou bien retirerez-vous votre parole et lonverrez-vous la princesse à son père? »

Se redressant, le landgrave étendit la main vers la montagne qui se trouvait devant lui, l'Inselberg, l'une des plus hautes montages de la Thuringe, et prononça ces paroles, fidèle expression de ses sentiments : « Tu vois cette montagne qui est devant nous? Eh bien, si de la base au sommet, elle se changeait en or pur et que tout cet or dût m'appar-

tenir à condition de renvoyer mon Elisabeth, je ne le ferais pas. Quoi que l'on dise et quoi que l'on fasse, il ne faut pas qu'Elisabeth s'en préoccupe, je l'épouserai. Je l'aime et je n'aime qu'elle sur la terre. Mon Elisabeth m'est plus chère par sa vertu et sa piété que toutes les richesses du monde ^. »

Heureux d'entendre ces paroles si fermes et si encourageantes, Varilla demanda la permission de les rapporter à Elisabeth. « Fais-le, répondit le landgrave, et dis-lui que je n'écouterai jamais aucun propos contre elle ; comme témoignage de ma fidélité, remets-lui ce souvenir », et il tendait au sire de Varilla un petit miroir en argent.

Sans tarder, Varilla s'acquitta de sa mission et remit le miroir à Elisabeth en lui rapportant fidèlement l'entretien qu'il avait eu avec le landgrave. Un sourire de bonheur brilla sur le visage delà fiancée, désormais rassurée; contemplant le souvenir qui lui était offert en témoignage d'affection, elle vit que sur l'une des faces se trouvait l'image du Sauveur crucifié, et elle la baisa avec ferveur.

1. Apollinaire, La vie de Sainte Elisabeth, Paris, IC-iJi, p. 80. — IMiclke, Die heilige Elisabeth, p. 16.

Au jour fixé par le landgrave Louis, le 6 juillet 1218, quelques jeunes nobles choisis par lui l'accompagnèrent à l'église Saint-George, à Eisenach, pour y être armés chevaliers ; ce fut l'évoque Engelhard, de Naumbourg, qui bénit les épées et présida l'imposante cérémonie.

Devenir chevalier n'était pas à cette époque une vaine formalité et ce fut bien avec toute la conviction de ses sentiments chrétiens que le landgrave promit d'être désormais le défenseur de la justice et de la foi, le protecteur des veuves et des orphelins.

Cependant, ce fut contre un prélat qu'il dut porter, pour la première fois, ses armes. Son père, le landgrave Hcrmann, était mort avant d'avoir terminé la guerre qu'avait suscitée le vindicatif Sigefroy, archevêque de Mayence. Louis dut reprendre la lutte, il envaiiit la Hesse, et, parle succès de ses armes, contraignit l'archevêque à la

réconciliation que négocia le supérieur du monastère de Hersfeld. En 1219, une cérémonie solennelle eut lieu à Fulda, dans l'église Saint-Boniface, pour lever l'interdit prononcé par Sigefroy contre le landgrave Hermann et son fils; la paix fut conclue, et la bonne entente régna désormais entre l'archevêque et le landgrave.

De retour dans ses Etats, Louis, heureux du succès remporté, y puisa la force nécessaire pour manifester sa volonté à tous. Il déclara qu'il épouserait la princesse royale de Hongrie. A l'énergie qu'il mit dans cette déclaration, les courtisans comprirent que toute tentative d'opposition serait vaine, et la duchesse Sophie elle-même s'inclina devant cette décision.

La jeune fiancée n'avait encore que quatorze ans, mais on sait, par les récits que nous ont laissés les chroniqueurs de l'époque, qu'à une beauté remarquable, elle joignait une grande intelligence ; elle avait une haute stature, une démarche noble, des mouvements pleins de grâce et de grandeur*, et pourtant la dignité de son main-

1. « Quelque haute que fût la naissance de cette jeune princesse, elle étoit pourtant bien au-dessous de son mérite, et la nature lui avoit été encore plus libérale que la fortune. Elle étoit de la plus riche et de la plus belle taille du monde ; et l'on voioit quelque chose de si noble, de si grand, et de si majestueux en son port, qu'il étoit impossible de la regarder sans la respecter et sans l'admirer. » (Le P. Archange, la Vie de sainte Elisabeth.)

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tirii ne rempôchait nullement de se montrer (iniice et avenante envers tous ceux qui l'approchaient, elle accueillait les plus hiinihles avec tant (!<' bonne grâce que jamais aucun n'hésitait à rabordcr.

Le fiancé joignait, à une virile beauté, toutes les vertus du véritable prince chrétien. Livré à lui-même a Tàge oià les conseils paternels sont si utiles, il se fit une règle de résister toujours aux tentations et, malgré le prestige qu'eussent pu exercer le pouvoir, le luxe, les flatteries de perliilos conseillers, jamais le landgrave ne faillite la promesse qu'il s'était faite.

Il eût été difficile de trouver un couple réunissant plus de qualités que celui formé par Elisabeth de Hongrie et Louis de Thuringe. C'était à travers les épreuves que leur amour était né et s'était développé, les premiers actes du futur chevalier avaient été la protection et la consolation de la jeune orpheline, il avait ainsi appris à connaître tout ce que son cœur renfermait de bonté et de générosité.

Dans un juste esprit d'équité, le landgrave voulut que la cérémonie de son mariage avec Elisabeth fût une éclatante réparation de toutes les humiliations dont on l'avait abreuvée.

Le mariage eut lieu en 1221', Louis y convia

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