‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 17 sur 58 · TolJy L., Magyar szent Erisébet élele; Budapest · texte numérisé non relu

TolJy L., Magyar szent Erisébet élele; Budapest

En se reportant par la pensée à ce qu'était la vie chrétienne au xiii* siècle, on se représentera sans peine ce que fut l'existence d'Elisabeth pendant les quelques années qu'elle passa comme souveraine à la Wartbourg.

Obéissant à ses sentiments plus encore qu'aux idées régnant à cette époque, Elisabeth avait organisé sa vie en y faisant une large part aux choses spirituelles, profitant du moindre moment de loisir ou de liberté pour le consacrer à la prière et à l'oraison.

L'enfant, qui ne s endormait pas sans avoir récité sa prière, était devenue la pieuse épouse, qui se relevait la nuit pour prier. Craignant de manquer l'heure qu'elle s'était elle-même assignée, elle avait chargé une de ses suivantes, Ysentrude, de l'éveiller au moment voulu, en la tirant par un pied. On raconte qu'une fois Yscntrade se trompa et tira le pied du duc; Louis se réveilla, comprit ce qui venait de s-e passer, sourit et ne dit rien. Quand Elisabeth prolongeait trop sa prière, il la rappelait, et, doucement, la tenant par la main, l'engageait à se recoucher.

Les pénitences corporelles, les mortifications de la chair étaient d'un usage courant au moyeu âge, Elisabeth n'eût pas songé à s'y soustraire; elle voyait, au contraire, dans ces pratiques un moyen de se sanctifier, ce fut ainsi qu'elle se fit donner la discipline tous les vendredis, en mémoire

de la Passion de Notre-Seigneiir; pendant le Carême, elle la prenait tous les jours et plus tard, quand elle fut plus avancée dans la voie des mortilicalions, elle se levait la nuit et, entrant chez une de ses suivantes, l'obligeait à lui donner rudement la discipline. Mais h quelque moment que ce fut, toujours elle revenait au milieu des siens avec un visage souriant. A la voir ainsi, nul ne se fût douté que, sous ses somptueux vêtements, elle portait un cilice qui meurtrissait sa chair.

Toutes ces austères pénitences n'enlevaient rien à la grâce enchanteresse de son caractère ; grave comme une véritable Magyare, elle n'était pas triste, au contraire, elle aimait à voir la gaîtô r(^gner autour d'elle, et elle ne pouvait souffrir que l'on prît, dans la prière, des attitudes tristes, elle voulait que l'on servît le Seigneur dans la joie, et, s'adressant à ces gens qui confondent un air sombre et sévère avec le recueillement, elle leur disait quelquefois : « On croirait que vous voulez effrayer le bon Dieu, offrez-lui donc de bon cœur ce que vous avez. »

Epouse aimante, elle cherchait à plaire à son époux et, malgré la simplicité de ses goûts, s'habillait avec recherche pour lui faire plaisir; elle expliquait ainsi à ses suivantes les motifs de sa conduite : « Ce n'est pas par vanité, disait-elle, que je me pare. Dieu m'en est témoin, mais seulement par charité chrétienne, pour ue donner h mon frère

nul mécontentement, ni déplaisir, ou même une occasion de péché si quelque chose ne lui plaisait pas en moi. » Seulement, dès que le duc était absent, Elisabeth quittait ses riches vêtements et ne portait plus que des toilettes de couleur sombre. Plus tard,sainte Chantai devaitimiter cette modestie et quitter aussi ses ornements lorsque le baron de Rabutin était absente De même, elle passait alors ses nuits en prière et ses journées à visiter les pauvres et les malades ; ce n'était pas que le landgrave y mit obstacle, mais elle savait qu'elle avait d'autres devoirs à remplir quand son marî était à la cour. C'est ainsi que, contrairement à l'usage d'alors qui voulait que la femme s'assît au bout de la table, loin du maître, Elisabeth s'asseyait à côté de Louis pour l'obliger à se surveiller davantage ; par ce moyen, elle imposait la même réserve à tous les convives, et la conversation, même aux repas les plus longs, ne perdait pas le ton de la bienséance. Quand le duc partait pour de petites excursions, Elisabeth l'accompagnait à cheval; de longues heures de chevauchée ne l'effrayaient pas, tout au contraire, elle aimait à voyager ainsi avec son « cher frère » qu'elle quittait le moins possible, et c'était seulement quand le but du voyage

1. Aux observations qui lui étaient faites à ce sujet, elle répondait : « Ne me parlez plus de cela, les yeux à qui je dois plaire sont à cent lieues d'ici, c'est inutilement que je m'agencerois. » {Sainte Chantai, par E. Bougaud.)

dtait trop lointain ou que l'état de sa santé l'y

obligeait, qu'Elisabeth renonçait à accompagner le landgrave.

Depuis quelques années des épidémies avaient sévi, faisant de nombreuses victimes, semant partout la misère et la désolation ; l'une de ces maladies, la lèpre, dont le nom seul causait un frémissement d'horreur, se répandait de plus en plus, faisant de ceux qu'elle atteignait des parias ; la médecine était sans ressources contre cette affreuse maladie dont la contagion était si certaine et les conséquences si irrémédiables que bien peu de personnes consentaient à donner leurs soins aux lépreux. L'Eglise en eut pitié, elle montra leurs plaies comme une épreuve envoyée par Dieu, et, donnant l'exemple, elle sut leur assurer les soins de ces apôtres de la charité héroïque ^ qui ne reculèrent plus devant les plaies les plus hideuses, ou les visages les plus ravagés, ou les membres les plus déformés, et aidèrent ces malheureux à supporter leurs souffrances avec résignation, à mourir chrétiennement.

Et, malgré sa jeunesse, malgré sa beauté, Éli-

1. A Jérusalem, un ordre religieux fut fondé à cet effet, dont les membres s'engageaient à soigner les lépreux; la propagation de la maladie en Europe nécessita là fondation d'ordres analogues en Orient et en Occident.

sabeth se mit à soigner les lépreux, aussi uu poète français a-t-il pu dire^ :

Chacun t'apportera sa lèpre et ses douleurs

Sans que tu t'en effraies; Car ton doigt délicat, fait pour cueillir des fleurs,

Aime à panser des plaies.

On cite de la royale infirmière bien des traits de courage, il suffira d'en rapporter un pour montrer jusqu'à quel point allait son dévoûment. C'était aux environs du château de Naumbourg et en l'absence du duc, Elisabeth vit un jeune homme si défiguré par l'affreuse maladie que nul ne voulait même le regarder; la duchesse lava ses plaies, les pansa avec des huiles aromatiques et le fit coucher dans le lit qu'elle partageait avec son époux. La duchesse Sophie, ayant appris ce qui se passait, se mit à la recherche de son fils et, dès qu'il rentra, l'appela et le conduisit dans sa chambre; lui montrant alors son lit, elle lui dit avec colère et ne pensant pas si bien parler : « Voyez les miracles que fait votre Elisabeth 1 sans que je puisse l'en empêcher, elle met des lépreux dans votre lit ; mon cher fils, elle veut sans doute vous donner cette maladie. »

Louis tira les draperies du lit et resta sans pa-

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