‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 18 sur 58 · V. de Laprade · texte numérisé non relu

V. de Laprade

rôle; les yeux de son âme, dit la tradition, s'étaient ouverts, et, à la place du lépreux, il ne voyait que Jésus crucifié.

So tournant alors vers Elisabeth qui l'avait suivi, craignant cette fois de l'avoir mécontenté, il lui dit : « Elisabeth, ma douce sœur, tu peux mettre souvent des hôtes semblables dans mon lit et je t'en remercierai. » Puis il ajouta : « Ne te laisse arrêter par personne dans tes œuvres de charité. »

Tout ému de ce qu'il venait de voir, Louis en remercia Dieu; Elisabeth profita de ses bonnes dispositions pour lui exposer une requête qui, depuis longtemps, lui tenait à cœur. Elle lu^ demanda l'autorisation de faire construire ui\ hôpital à mi-côte du Wartbcrg pour les pauvres malades qui ne pouvaient monter jusqu'au château. Le landgrave ne donna pas seulement l'autorisation demandée, mais contribua à la construction de cet hôpital oii vingt-huit malades trouvèrent un abri et des soins dévoués.

Le jeudi saint, la pieuse Elisabeth réunissait douze pauvres malades, pour la plupart des lépreux, leur lavait les pieds et les baisait, puis elle leur distribuait des vêtements et du pain. Elle accomplissait cet acte de piété avec une humilité parfaite ; du reste, elle mettait le même sentiment dans les visites qu'elle faisait aux églises pendant la semaine sainte. Quittant ses vêtements et ses ornements de princesse, elle allait modestement.

vêtue, d'église en église, perdue au milieu de la foule des gens pieux qui accomplissaient le même pèlcrinago, et déposait comme eux, sur les autels dépouillés, de modestes offrandes. La critique ne pouvait manquer de trouver à reprendre à cette manière de faire, mais Elisabeth laissait dire et continuait à donner l'exemple de l'humilité et de la modestie au sein des grandeurs. C'était ainsi que, pendant ces belles processions des Rogations, vêtue fort simplement, elle suivait la croix, se croyant perdue au milieu de la foule d'où cependant sa grâce et sa beauté la faisaient ressortir. De même, à l'église, elle se plaçait parmi les plus pauvres pour entendre le sermon.

Les prédicateurs les plus écoulés alors étaient les disciples de François d'Assise; malgré le peu de succès de leur première excursion en Allemagne', ils y étaient retournés, mais avec la con-

1. Quelques annéesauparavant, vers 121 9, deux disciples de François d'Assise s'étaient rendus en Allemagne ; la grande simplicité, ou plutôt la pauvreté de leurs vêtements et l'escarcelle qu'ils tendaientles faisaientprendre pour des mendiants ou des vagabonds. Ils ne connaissaient de la langue qu'un seul mot : ja. Une fois qu'on leur demanda s'ils avaient faim, ils répondirent : ja, ja, et on leur donna à manger. Croyant, dans leur naïveté, que ce mot avait une signification fort étendue, ils le dirent une fois qu'on leur demandait s'ils étaient des hérétiques, venant prêcher une nouvelle religion. Sur cette déclaration, on les arrêta, ils furent menés en prison et fort durement traités; puis, enfin, on les relâcha et ils retournèrent en Italie où ils firent des récits effrayants sur la cruauté des Allemands.

viction qu'ils couraient à un martyre certain.

C'était dans un Conseil de l'Ordre, tenu en 1221, à Sainte-Marie de la Portioncule, que François d'Assise avait décidé d'envoyer cette nouvelle mission de l'autre cùté des Alpes.

Jourdain de Giano,à qui l'on doit d'intéressants récits sur les Franciscains en Allemagne, voulut, avant leur départ, voir les futurs martyrs, mais il lui advint, chose qu'il n'avait guère prévue, d'être envoyé avec vingt-quatre de ses Frères en Allemagne, et ce fut ainsi qu'il se trouva un jour à Eisenach. Les missionnaires furent bien accueillis par Conrad, évêque de Hildesheim qui leur accorda le droit de prêcher dans les églises de son diocèse et d'entendre les confessions^.

Ce fut à Wurzbourg que le F. Césaire, chef de la mission, y admit Hartmod et Rodeger-; ce dernier devint plus tard prieur à Halberstadt, mais, auparavant, il fut le confesseur d'Elisabeth.

La doctrine qui inspirait les Franciscains plaisait à leurs auditeurs et ils venaient si nombreux à leurs sermons que tous les curés s'empressaient d'offrir leurs églises pour que les moines ne fussent pas obligés de prêcher en plein air. La duchesse de Thuringe avait été rapidement conquise à ces nobles pensées de charité et de renoncement qui répondaient si bien à toutes les aspi-

i.Uielke, Zur Biographie der heiligen Elisabeth, p. 58; Wenck, Die heilige Elisabeth, p. 225.

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