‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 21 sur 58 · Hélyot, Histoire des Ordres monastiques, t. VII, p · texte numérisé non relu

Hélyot, Histoire des Ordres monastiques, t. VII, p

2. Mielke {Die heilige Elisabeth) dit qu'Elisabeth n'entra pas dans le Tiers-Ordre tant que vécut le landgrave, mais qu'elle en suivit les prescriptions autant que ses sentiments l'y poussaient et que sa situation le lui permettait. Kaltner {Konrad von Marburg) est d'avis qu'Elisabeth se fit admettre dans le Tiers-Ordre, mais n'en porta pas les signes extérieurs.

mirent ainsi, en quolquo sorte, fin aux qiiorolles intestines qui divisaient les habitants dun même pays. Plus tard, l'empereur F.rédéric II se plaignit de l'opposition que l'attitude des membres du Tiers-Ordre mettait à ses projets contre le Saint- Siège. Les principes franciscains durent leur rapide propagation aux conditions spéciales de la vie sociale et religieuse au xiii' siècle ; ils repondaient, pour les uns, à un idéal dont ils leur facilitaient la réalisation, en leur donnant les moyens de conformer leur vie et leurs actions à leurs aspirations; aux autres, aux plus nombreux, aux infortunés, aux abandonnés, ils assuraient non seulement les secours dont leur misère avait besoin, mais encore cette commisération, ces paroles de consolation, plus douces aux malheureux que l'assistance matérielle la plus large.

L'exercice des œuvres de miséricorde était prêché à tous avec une insistance que les circonstances ne justifiaient que trop; maladies, inondations, fléaux de tous genres, rendaient la vie du peuple bien précaire et la charité des riches absolument indispensable.

Jusqu'alors, le landgrave n'avait fait que de courtes absences; mais, en 1225, il partit pour une expédition plus lointaine. Son but était de faire rendre justice à quelques-uns de ses sujets, qui avaient été attaqués et volés, près du château

de Lubitz, par des Polonais avec lesquels ils trafiquaient. Louis avait fait transmettre ses protestations, mais elles étaient restées sans réponse ; alors il réunit ses vassaux, marcha sur Leipzig et, là, déclara son intention d'aller en Pologne pour obtenir justice et satisfaction. Ses chevaliers ne purent dissimuler leur étonnement en voyant entreprendre une aussi lointaine expédition pour une cause qui leur semblait si peu importante; mais, devant la fermeté de leur duc, ils durent s'incliner et le siège fut mis devant Lubitz, qui se rendit bientôt. Le landgrave obtint toutes les satisfactions qu'il avait réclamées et se retira avec un riche butin.

Cette expédition n'était que le prélude d'une autre plus importante. Le landgrave reçut l'ordre de rejoindre l'empereur Frédéric II, qui entreprenait une campagne contre quelques villes insurgées du nord de l'Italie. Si cruel qu'il semblât au duc de quitter encore sa chère Elisabeth, il se rendit sans hésitation où le devoir l'appelait; peut-être voulait-il aussi donner à son suzerain une preuve de fidélité et, si l'occasion s'en présentait faire acte de courage et montrer sa vaillance. Bientôt l'empereur put constater la bravoure et la décision du landgrave de Thuringe et, à la fin de la campagne, pour le récompenser des services qu'il avait rendus, il lui conféra l'investiture du margraviat de Misnie, si toutefois la pos-

téritd de la veuve du dernier margrave venait à s'éteindre ' ; il y ajouta l'investiture pour les terres que le landgrave pourrait conquérir en Prusse et en Lithuanie.

Son absence n'avait pas été fort longue , cependant elle avait assez duré pour donner à Elisabeth le temps de montrer tout ce que sa charité était capable de faire.

Nulle mesure n'était prise pour parer aux calamités alors fréquentes, et le peuple, confiant en ses seigneurs comme en Dieu, attendait d'eux un remède à ses maux. A une épidémie meurtrière qui décimait la population de la Thuringe, se joignit bientôt la famine, fléau toutaussi redoutable contre lequel une faible femme entreprit de lutter. Pour les malades, Elisabeth fit construire des hôpitaux qui augmentèrent le nombre de ceux qu'elle avait déjà fait installer. A mi-côte du Wartberg, au pied de la montagne, et au-delà des murs de la ville, à la porte Saint-George -, se dressèrent des asiles où les malades trouvèrent

1. L'avenir en décida autrement; le fils du landgrave Louis mourut fort jeune ; son oncle, Henri Raspon, ne laissa pas de postérité, et ce fut précisément le fils du margrave de Misnie qui, disputant l'héritage de son oncle à la duchesse Sophie, resta maître de la Thuringe.

2. Cet hospice, qui portait le nom de Sainte-Anne, était destiné aux personnes âgées et abandonnées. Il existe encore aujourd'hui. Non loin de là se dressait la chapelle du Saint- Esprit, érigée par les soins d'Elisabeth qui y adjoignit un refuge pour les femmes malades.

un refuge. Non contente de leur offrir un abri, Elisabeth allait encore plusieurs fois par jour les visiter et les panser, elle s'acquittait de ce dernier soin avec une patience et une douceur inaltérables qui provoquaient l'admiration de ceux qui l'entouraient, sans cependant les porter à l'imiter. Elle ne bornait pas son zèle aux malades des hôpitaux, elle allait encore à travers les campagnes, s'arrêtant dans toutes les chaumières où un malade avait besoin de ses soins et les lui prodiguant toujours avec la même affabilité, avec la même inlassable condescendance, séjournant dans les milieux les plus malpropres, les plus mal odorants, sans laisser paraître le moindre dégoût, elle pourtant si délicate sur ce point*. Elle visitait aussi les prisonniers, les consolait et souvent leur faisait rendre la liberté.

Pour lutter contre la famine, elle employa les armes qu'elle avait à sa disposition; tout d'abord, elle puisa dans les greniers de la Wartbourg; les provisions étaient grandes et, pendant longtemps, elles suffirent à nourrir les neuf cents pauvres'^ qui, tous les jours, se pressaient au château pour recevoir de la bonne duchesse leur pain quotidien; car, pour prévenir le gaspillage et les pertes que la distribution du grain aurait pu produire, Elisabeth faisait préparer le pain et le distribuait

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