Raumer, Geschichte der Hohenstaufen, t. III, liv. VII
2. André II, après une expédition en Gallicie, 1216, était revenu en Hongrie ; ce fut alors qu'il épousa Yolande de
assuré la succession au trône, libéré un grand nombre de couvents des redevances dues, fait des dons importants à quelques monastères, confirmé des privilèges accordés par ses prédécesseurs, etc., et il s'était mis en route pour la Palestine, accompagné de ses deux beaux-frères, Othon de Méranie et Egbert, évêque de Bamberg, de Léopold VI, duc d'Autriche, et d'une assez nombreuse armée. Après de glorieux faits d'armes, comme la bataille au Mont-Thabor, les croisés, manquant d'une direction ferme par suite de la maladie du roi, se dispersèrent, et la Croisade n'eut pas de résultats appréciables. Avant de quitter la Terre
Courtenay, alliée à la famille des empereurs latins de Constantinople. A cette époque mourut Henri, empereur de Constantinople ; il n'avait encore que quarante-cinq ans et ne laissait pas d'enfant. En attendant l'élection d'un empereur, un régent fut nommé ; les barons latins tournèrent leurs regards vers André II, dont l'autorité s'étendait déjà sur un vaste territoire.
Par sa nouvelle épouse, il s'était acquis quelques droits à la succession et rien ne semblait s'opposer à la réalisation de son rêve grandiose, car il voulait, en devenant empereur de Ryzance, réunir cet empire à son royaume et, par conséquent, à l'Église de Rome. Mais Honorius III, ou ses conseillers, redoutant sans doute la puissance qu'eût pu acquérir la Hongrie, rejetèrent la proposition des barons latins.
L'empire latin ne devait plus durer longtemps, et l'on ne peut que déplorer les mesquines questions de rivalité qui firent repousser la candidature du roi de Hongrie ; son élection eût pu avoir des conséquences historiques fort importantes. On lui préféra Pierre de Courtenay dont la puissance ne portait ombrage à personne.
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Sainte, André II fit l'acquisition de quelques reliques précieuses, donna des sommes importantes aux églises et aux hospices et assura aux Hospitaliers, dont il avait pu apprécier la valeur et le dévoûment, une rente de 500 marks à prendre sur les revenus des salines de Szalacs ^
Ces choses étaient connues du landgrave qui ayant eu, au cours d'une de ses excursions l'occasion de voir Conrad, évêque de llildesheim, s'entretint avec lui de la Croisade et reçut de ses mains cette croix rouge, qui eût dû apprendre à tous que bientôt il irait combattre en Terre Sainte. Mais, malgré la fermeté habituelle de ses décisions, Louis hésita au moment de communiquer son projet à son épouse, et il rentra au château du Wartberg sans arborer ce signe que la poétique Allemagne nommait alors la Fleur du Christ. Le temps s'écoulait sans qu'il parlât et aussi sans qu'il prit aucune mesure en prévision de son départ, qui devait être prochain. Elisabeth se laissait aller au bonheur que lui procurait toujours la présence de son mari et qui donnait à la vie austère que l'on menait alors à La Wartbourg ce charme si doux des familles tendrement unies.
Une familiarité respectueuse régnait entre ces jeunes époux et c'est ainsi qu'un soir, Elisabeth assise auprès de Louis, se mit à regarder ce que
i, Pauler, Amagijar nemzet tôrténete, t. If, p. 8fi.
renfermait son aumônière. Après en avoir retiré quelques objets insignifiants, elle mit la main sur la croix de drap rouge et comprit, sans qu'un mot d'explication eût été nécessaire. Elle pâlit, chancela et perdit connaissance. Lorsqu'elle eût repris ses sens, son époux essaya de la consoler par de douces paroles où se mêlaient autant de résignation chrétienne que de virile fermeté. « Je vais à la Croisade, dit-il, pour l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Tu ne t'opposeras pas à ce que je fasse pour Dieu, ce que je serais bien obligé de faire pour un prince ou pour l'empereur s'il me le demandait. » *
Elisabeth resta longtemps silencieuse, n'essayant pas de retenir les larmes qui coulaient de ses yeux; enfin, elle dit: — « Cher frère, si ce n'est pas contre la volonté de Dieu, reste auprès de inoi. » — Louis lui répondit: — « Chère sœur, permets-moi de partir, j'en ai fait la promesse à Dieu. »
Un combat se livra dans l'âme de la duchesse, mais son amour pour Dieu l'emporta sur l'amour pourtant bien vif qu'elle éprouvait pour son mari, et elle dit : « Si telle est la volonté de Dieu, je ne veux pas te retenir. Que Dieu t'accorde la grâce de* faire toujours sa volonté. Je lui fais le sacrifice de ta personne et de la mienne. Je prierai chaque jour pour que la bonté et la miséricorde du Tout- Puissant soient partout et toujours avec toi. Pars, au nom de Dieu I »
Plus d'une fois déjà, Elisabeth avait vu partir son époux pour des expéditions dans lesquelles sa bravoure pouvait mettre sa vie en danger; mais, malgré la tristesse que lui causaient ces séparations, elle n'avait encore jamais éprouvé le sentiment angoissant et douloureux qui lui avait fait un instant disputer son mari au devoir. Peut-être, par une permission de la Providence, eut-elle l'intuition que cette séparation serait définitive et qu'elle ne reverrait plus son « cher frère » en ce monde.
Cette pensée occupait probablement aussi l'esp*rit du landgrave, car, lorsqu'Elisabeth eut repris son calme habituel, il l'entretint de l'avenir de l'enfant qu'elle attendait. Il fut décidé de le consacrer à Dieu; c'était le même vœu que le frère d'Elisabeth, Bêla IV, et son épouse, Marie Lascaris, devaient faire quelques années plus tard en offrant à Dieu, pour le salut de la patrie, l'enfant qu'ils espéraient et qui fut la bienheureuse Marguerite*. Louis et Elisabeth décidèrent que, s'il leur naissait un fils, il entrerait à l'abbaye de Ramersdorf; si, au contraire, c'était une fille, on la confierait, dès son enfance, au couvent des religieuses Prémontrées d'Aldenberg.
Le landgrave qui n'avait pas rendu sa décision publique pour ménager la tendresse de sa femme et ne pas lui causer d'alarmes, alors que sa santé exigeait des ménagements, s'empressa, dè&^u,'|iU- .^