Ueusinger, Geschichte des Hospitals, p
l'amour divin et l'amour maternel ; attendrie, mais non amollie par le christianisme, l'àrae chrétienne est de force à supporter cette lutte étrange et à faire triompher l'amour divin sans que l'amour maternel soit vaincu, car, en touchant ces âmes d'élite, Jésus-Christ les a trempées dans la vraie force parce qu'il les a pénétrées du véritable amour et qu'il leur a donné la grâce qui permet de triompher de la nature et de la dominer.
Elisabeth prit donc une résolution qu'elle accomplit sans faiblir ; elle envoya son fils Hermann à Kreuzbourg, oh il devait recevoir l'instruction conforme au rang qu'il occuperait plus tard. Sa sœur Sophie l'accompagna pour être élevée dans les mêmes conditions; elle était déjà fiancée au duc de Brabant; Sophie la Jeune fut renvoyée au monastère de Kitzingen, tandis que la petite Gertrude fut confiée au couvent d'Aldenberg, près de Wetzlar, ainsi qu'il avait été décidé entre ses parents, avant sa naissance.
Ces dispositions provoquèrent tout naturellement des critiques, et le monde reprocha à la pieuse duchesse de se séparer de ses enfants, comme si cette manière d'agir n'eût pas été presque générale à cette époque. 11 est probable que, si Elisabeth eût vécu à la cour et surtout si elle y avait occupé le rang qui lui appartenait, elle eût gardé ses enfants auprès d'elle, car alors les moyens ne lui eussent pas manqué pour donner auxjeunes princes
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ot princesses les précepteurs et les gouvernantes nécessaires, mais étant donné(3 la situation que la famille ducale lui faisait à la cour, pouvait-elle prendre ces dispositions qui eussent satisfait son amour maternel? Peut-on la blâmer parce que, sans révolte, apparente tout au moins, elle se soumit aux nécessités des circonstances qui pour ollo, étaient l'expression de la volonté de Dieu? Elle lit ce que faisaient alors et ce que firent pendant des siècles encore, les grandes familles, elle confia l'éducation et l'instruction de ses enfants à des religieux et à des religieuses. Et si le couvent d'Aldenberg où fwt envoyée la petite Gertrude parut bien modeste pour une princesse, Elisabeth n'était pas à blâmer de ce choix, car c'était d'un commun accord avec le landgrave qu'il avait été fait*. Les parents dans leur connaissance de l'humanité avaient peut-être prévu ce qui arriva,
i. Un vieux mannscnt{Antiquitates Monasterii Aldenbergentis) dit que le prédicateur Conrad, qui allait souvent faire ses dévotions au petit monastère dAldenberg, en parla au landgrave de Thuringe et que le bien qu'il en dit décida Louis, au moment de son départ pour la Croisade, à choisir ce couvent, pour y faire élever l'enfant attendu. Pendant les cinquante années que Gertrude fut à la tète du couvent, elle y fît de grandes choses et l'amena à la prospérité. Elle avait un don tout particulier pour rétablir la concorde entre les personnes qu'un différend séparait. Elle fit construire un hôpital où elle soignait elle-même les malades, elle édifia une magnifique église dans laquelle son tombeau fut érigé. Sur la pierre tombale, un lion repose à ses pieds, il rappellerait un épisode de sa vie semblable à celui attri-
car, grâce à la présence de la petite princesse, le couvent prospéra et se développa.
Ce fut ainsi que la duchesse quitta la Thuringe qu'elle devait à jamais illustrer ; dans ce sombre château de la Wartbourg qui lui était devenu si peu hospitalier, trois siècles plus tard un moine révolté devait trouver un refuge dans une chambre des communs. Pénible contraste que celui offert par cette demeure oii les souvenirs de l'humble princesse se mêlent, sans se confondre, à ceux de l'orgueilleux novateur ; à côté des peintures représentant les principales scènes de la vie de sainte Elisabeth et les œuvres de miséricorde qu'elle accomplit, se trouvent des maximes protestantes ; même contraste pour la chapelle remplaçant * celle où pria la pieuse enfant, et où prêcha Luther,
bué à son père, le landgrave Louis. On sait que le lion faisait partie des armes de la famille ducale et le landgrave en avait un vivant dans les fossés du château ; de même sa fille en avait un, au monastère d'Aldenberg, et, dans une circonstance critique, un mot de la religieuse, comme autrefois de son père, aurait suffi à rendre le lion doux et obéissant.
Le souvenir de Gertrude est resté vivace et vénéré, car il y a peu d'années encore, dit-on, la famille princière de Braunfels (protestante) faisait célébrer solennellement à l'église un office catholique le jour de la Sainte-Gertrude et y assistait officiellement.
1. Endommagée par la foudre, la chapelle fut reconstruite en 1319. — Pendant longtemps, sur le désir du grandduc Charles-Alexandre, le 7 juillet, jour présumé de la naissance d'Elisabeth, le sol de la chapelle était jonché de pétales de roses.
Et, cependant, cette chapelle n'a pas perdu toute sa vertu, le souvenir de sainte Elisabeth flotte toujours entre ces murs et, au siècle dernier, une jeune pi'iucesse, destinée à devenir l'impératrice Augusta, aimait à y aller méditer sur la vie de son aïeule, la duchesse Elisabeth, pour y trouver l'idéal de la souveraine qu'elle voulait être. Elle aimait, dit son plus récent historien ^ à rechercher les traces de la lointaine aïeule dont elle se glorifiait et c'est dans les exemples de sainte Elisabeth qu'elle trouva la force de remplir la tache qui lui valut le nom de «Sœur grise couronnée ».
A Eisenach même, le contraste est plus grand, il n'y subsiste plus guère que l'hôpital fondé par sainte Elisabeth; l'église Saint-George^, où le landgrave avait été armé chevalier, où plus d'une scène mémorable de la vie de la sainte se déroula, n'est plus qu'un vaste temple nu et froid que des galeries, peintes en blanc, font ressembler h une salle de spectacle. La statue de l'ancien moine se dresse près de la porte de la ville, tandis que, sur la place de l'église, l'énergique figure de saint George terrassant le dragon, surmonte une fontaine monumentale et fait pendant à une statue de Sébastien Bach, ornée de bas-reliefs représentant sainte Cécile.
i.Hermannvon Petersdorff, Kaisenn Augusta. Leipzig, ' '1.
. Construite par Louis III, de 1182 à 1188.
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Le couvent des Dominicains, érigé, en 1235, par Henri Raspon et son frère Conrad, sur l'ordre de Grégoire IX, en expiation de leur conduite à l'égard de leur belle-sœur à été transformé en un gymnase, une statue de Luther, placée dans une niche, rappelle que le futur moine augustin y étudia. Le monastère des religieuses Bénédictines, le plus ancien couvent de la ville, fondé en 1155 par Adélhaïde, fille du land grave Louis I", est devenu un temple protestant et presque tous les édifices qui appartenaient autrefois aux catholiques ont subi li même sort.
Cette ville, où les plus belles vertus chrétiennes avaient brillé comme d'éclatants météores, laissant dans les esprits leur trace lumineuse, dans les cœurs, le doux parfum d'une héroïque vertu, fut pendant des siècles dépourvue d'église catholique. Aujourd'hui, c'est dans une rue écartée que le pieux pèlerin, attiré par le doux souvenir de la souveraine de Thuringe, trouve l'endroit béni où il peut se recueillir et prier *. C'est en 1844 seule-
i. L'édification de l'église Sainte-Élisabelh est due aux efforts du vénéré curé d'Eisenacti, l'abbé Kremer, qui se mit courageusement à l'œuvre et eut la satisfaction d'eu voir l'achèvement. La construction de cette église a coûté plus de 100.000 marks, dont une partie a été donnée par la famille royale de Hongrie et par l'épiscopat hongrois; le maître-autel, d'une valeur de 6.000 marks, a été offert par les dames des pays du Rhin. Ce monument, de style gothique, est décoré de peintures et de vitraux rappelant les principales scènes de la vie de sainte Elisabeth.
ment que le culte catholique put être rétabli à Eiscnach et qu'une chapelle y fut construite, elle pouvait abriter une soixantaine de personnes. Le nombre des fidèles augmentant, on songea plus tard à construire une église, et ce fut en 1888 qu'eut lieu la consécration solennelle de l'église Suinte-Elisabeth.
Amenée à Marbourg par la perspective d'y trouver une calme retraite ou plutôt poussée par son confesseur Conrad', Elisabeth arriva en Hesse précédée de sa renommée de bonté et de charité, mais aussi, disent quelques auteurs, de la réputation d'excentricité que lui avaient faite ses beauxfrères et leurs partisans. Ainsi s'expliquerait l'accueil empressé des uns, discourtois des autres, motivant, disent ces auteurs, l'installation temporaire d'Elisabeth à Wehrda; il est plus simple d'admettre que le château n'existait alors qu'à
1. Dans sa lettre au pape, magister Conrad dit qu'Elisabeth le suivit à Marbourg, alors qu'il ne le voulait pas; cette assertion est contredite par le Libellus, où l'on voit qu'Ysentrude déclare sous serinent que c'est magister Conrad qui obligea Elisabeth à le suivre. Iluyskens, dans un récent travail, donne ce texte : « ad mandatum magistri Conradi Marpurc se transtulit ». Wenck dit que Conrad étant intervenu dans les négociations qui firent attribuer a la duchesse des domaines i Marbourg. il est plus que probable que c'était avecrintention qu'elle allât y vivre.
l'état fort rudirnentaire, et que Marbourgi, fondé vers 1065, n'était encore qu'une agglomération sans importance où Elisabeth, malgré la simplicité de ses goûts et son absence d'exigences, n'avait pu trouver à se loger. Wehrda^ était sans doute plus important, et, comme il se trouvait à proximité de Marbourg, la duchesse y habita pendant
1. Marbourg devrait son nom à un petit ruisseau le Marbach qui coulait au nord-ouest de la colline où s'éleva le château ; du ruisseau, le nom aurait passé au château et Marbach serait devenu Marbourg. Ce fut dans la seconde moitié du xri« siècle que fut construite la chapelle Saiut- Kilian.
2. Wehrda devait, plus tard encore, offrir un asile à un autre membre de la famille d'irpâd. Ce fut là que Béatrix Aldobrand d'Esté, troisième femme d'André II, quittant la Hongrie après la mort du roi, donna le jour à un fils, Etienne le Posthume, qui fut le père d'André IH, dernier roi de la race d'Ârpâd (I)"" Zilahi-Kiss Bêla).
André III avait épousé Fennena dont il eut une fille, Elisabeth, née, en 1292. Sa seconde femme, Agnès d'Autriche, devint veuve en 1301 ; quelques années plus tard, elle se rendit en Suisse pour recliercher et châtier les meurtriers de son père, Albert d'Autriche; elle fonda un couvent à Konigsfelden, près de Brugg, là où reposait son père. Elle n'oubliait pas non plus son époux qu'elle avait toujours tendrement aimé et fondait, au monastère des Bénédictins du Mons Angelorum, des messes pour le repos de l'âme d'André III.
Elle obligea sa belle-fille qu'elle avait emmenée en Suisse, à entrer dans un couvent, mais lui laissa le choix du monastère où elle devrait passer sa vie. Elisabeth, quoique fiancée d'abord à Wenceslas de Pologne, puis à Henri d'Autriche, choisit le couvent de Dominicaines, situé à Toess, près de Winterthur. Elle y mourut le 6 mai 1338, ayant toujours regretté la Hongrie et sa dernière parole fut un souvenir à sa patrie (Pauler).
que l'on construisait l'hiimble demeure qui devait lui servir de retraite jusqu'à sa mort.
Elisabeth avait bientôt laissé ses pensées reprendre leur cours habituel et se porter sur la misère de son prochain. Les malades avaient toujours été l'objet de ses préoccupations; elle comprenait que la maladie, cruelle épreuve pour toute créature humaine, devient une calamité terrible pour celui qui n'est séparé de la misère que par le travail, aussi connaissant le soulagement que les maux physiques trouvaient dans les hôpitaux, en fit-elle construire un à Gotha, sur le Briel, dès qu'elle put disposer d'une somme importante; ce projet, du reste, reiîiontait au temps du landgrave Louis. A- Marbourg, elle fit de même, et, en posant la première pierre de l'hôpital, elle assura la grandeur future de cet endroit; pendant que s'élevait, tout proche de la chapelle des Franciscains *, cette construction que son dévoûment et son abnégation allaient rendre immortelle, elle continuait à pratiquer la charité évangélique dans toute son acception. Souvent, elle longea le bord sinueux de la Lahn pour aller voir l'avancement des travaux et, au milieu du décor pittoresque de cette paisible vallée, elle pouvait laisser son cœur s'élever vers
^ . Fixés à Marbourg depuis 4223, les Franciscains n'étaient encore qu'au nombre de trois dont deux, nommés Albert et Ilermann de Marbourg, devaient être des parents de magister Conrad (Kaltner, Konrad von Marburg, p. 115.)
Dieu; mais sur sa route, elle semait les bienfaits, et bientôt les habitants des environs eurent pour elle une grande vénération. Elle ne se bornait pas à soulager leur misère, elle voulait encore leur procurer la joie qu'il était en son pouvoir de leur donner. Ce fut ainsi qu'un jour elle distribua, en une seule fois, les 500 marks que Conrad lui apportait de la part de ses beaux-frères, comme il avait été convenu, pour ses frais de première installation*. Elle avait fait savoir à tous les pauvres des environs qu'une grande distribution de secours aurait lieu à Wehrda; au jour convenu une foule énorme^ se trouva réunie à l'endroit indiqué; pour éviter tout désordre et aussi pour assurer une certaine égalité dans la distribution des secours, quelques mesures d'ordre étaient nécessaires, Elisabeth les prescrivit et décida que toute personne qui se présenterait deux fois pour recevoir un secours aurait les cheveux coupés. Cette sévérité assura l'ordre, et seule une jeune fille, nommée Hildegonde, fut amenée devant les surveillants pour avoir enfreint la défense si formellement exprimée. Ils ordonnèrent qu'on lui coupât les oifceveux, et la sentence fut exécutée, malgré les protestations de la jeune condamnée qui disait n'avoir quitté sa place que pour aller soigner sa sœur malade. En entendant ses plaintes et en voyant ses