‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 34 sur 58 · Quelques historiens hongrois ont établi qu'il s'aeit du · texte numérisé non relu

Quelques historiens hongrois ont établi qu'il s'aeit du

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princes et des nobles ont demandé sa main, mais elle veut vivre dans l'humilité.

« Elle n'habite pas la ville pour être plus près de l'hôpital où elle soigne les malades et les pauvres ; pour, elle, les biens de la terre sont sans valeur. En nous donnant cette bonne dame, Dieu nous a fait une grande grâce, car tous ceux qui l'approchent en retirent profit pour leur âme. Sans cesse elle pratique les œuvres de charité et jamais ne se repose. Elle est douce, chaste, miséricordieuse, mais surtout d'une humilité sans pareille qu'aucune femme ne saurait imiter. »

Ainsi renseigné, Bânffy ne voulut pas tarder un instant à voir la fille de son roi dont on parlait de façon si différente. 11 se fit conduire immédiatement auprès de la duchesse. Il la trouva assise au rouet, les mains et les yeux sur son ouvrage, la prière sur les lèvres.

« Que vois-je, s'écria-t-il en entrant, la fille de mon roi filant la laine I »

Revenu de sa surprise, il s'approcha d'Elisabeth et lui exposa le désir du roi qui attendait sa chère fille pour lui rendre à sa cour la place qui lui appartenait. Au souvenir de son père et à ces témoignages de son affection, Elisabeth se sentit vivement émue et laissa couler ses larmes ; cependant, elle surmonta cet attendrissement pour répondre négativement aux propositions faites par l'envoyé ! de son père.

A une question de Bânffy lui demandant qui l'avait réduite à la pauvreté où il la voyait, Elisabeth répondit : « Nul autre que le Fils très riche de mon Père céleste qui m'a enseigné par son exemple à mépriser les richesses et à mieux aimer la pauvreté que tous les royaumes du monde. »

Quand le trouble provoqué par l'évocation des souvenirs de la maison paternelle se fut dissipé, Elisabeth raconta à l'envoyé tout ce qui s'était passé depuis la mort du landgrave son époux et lui parla de la vie qu'elle avait adoptée. A ces confidences, le comte répondit : « Venez, noble fille de mon roi, permettez-moi de vous ramener dans la maison paternelle, là où fut votre berceau, où vous attendent et votre père et vos frères, venez recueillir leur héritage. « Mais Elisabeth lui dit d'une voix douce : « J'ai ferme espoir que je possède déjà l'héritage de mon père, en la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ. »

Bânffy pria encore la duchesse de ne pas humilier le roi son père par la pauvreté dans laquelle elle vivait, de ne pas l'affliger par les privations qu'elle s'imposait, mais toute son éloquence échoua contre la volonté bien arrêtée d'Elisabeth. Elle lui dit d'abord que sa place était là, en Allemagne, où il y avait plus de malheureux à secourir que dans sa belle Hongrie, puis elle lui fit comprendre qu'elle ne devait pas

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quitter le pays, où l'attachaient, dans le passé, le doux souvenir de son bonheur conjugal, et dans le présent, ses enfants tendrement aimés. Lui étaitil possible d'abandonner son fils qui devait être élevé en Allemagne pour devenir un jour landgrave de Thuringe? Pouvait-elle, en emmenant ses deux filles aînées, laisser seule la petite Gertrude dont le père lui-même avait choisi le couvent qui lui servirait de retraite? Sa tendresse maternelle la retenait en ces lieux et, malgré l'affection qu'elle éprouvait pour sa famille, elle ne pouvait se résoudre à rompre ces liens si doux et si forts que resserraient les baisers de ses enfants qu'on lui amenait de temps à autre.

Pour mettre fin à l'insistance de l'envoyé, Elisabeth lui dit avec fermeté : « Seigneur, faites connaître au roi mon père que je me sens plus heureuse dans cette situation méprisée qu'il n'est heureux dans son brillant palais royal. Dites-lui de ne pas se tourmenter h cause de moi, mais, au contraire, de se réjouir qu'un de ses enfants a pu consacrer sa vie au plus noble des rois du ciel et de la terre. Je ne lui demande qu'une chose en ce monde, c'est de prier Dieu pour moi; jusqu'à ma dernière heure, je prierai Dieu pour lui. » Il ne restait à Bânffy qu'à s'incliner devant une volonté aussi nettement exprimée. Il se retira et retourna en Hongrie.

La mission de Bânfîy avait été motivée par

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rinterprétation erronée, par des pèlerins hongrois, delà situiilion de la duchesse de Thuriiige; mais elle n'en reste pas moins comme un lénioij^nage de la sollicitude du roi de Hongrie à l'égard de sa fille ; cette sollicitude s'était maintes fois manifestée, car l'on vit souvent des Hongrois, envoyés par André II, aller présenter leurs hommages à la fille de leur roi, non seulement quand elle était souveraine à la Wartbourg, mais encore quand devenue veuve, elle résidait à Marbourg. Tous ne se bornaient pas à une simple visite, quelques-uns faisaient un séjour plus ou moins prolongé, le jeune roi Béla IV confirme, en 1230, une donation faite par André II au comte Berthold * ; cette donation lui était accordée pour un séjour d'un an en Thuringe, où il devait se rendre avec son épouse pour tenir compagnie à la duchesse Elisabeth. Il est certain que les Hongrois envoyés ainsi en Allemagne étaient chargés, par la famille royale, de présents, car les libéralités à l'égard d'Elisabeth ne cessèrent pas avec la mort de la reine Gertrude, et ainsi s'explique la présence des vases et des objets précieux que la duchesse faisait vendre pendant son séjour à Mar-

1. « ...presertim... cum idem Bertholdus... per circuliim anni extra Regnum cum sorore nostra ex mandate patris nostri in Thuringia una simul cum uxore sua in gravibus expendis et famosa conversacione ad honorem totius Uegnj commendabiliter laboraverit... (Archives nationales hongroises, li 1.).

bourg et les ressources importantes dont elle disposait pour ses aumônes et pour ses fondations.

Partageant son temps entre les visites à son hôpital, les courses lointaines à la recherche des malheureux et les exercices religieux, Elisabeth ne cessait de progresser dans la voie de la perfection qu'elle s'était tracée ; par l'habitude, cette génératrice de force, mais surtout par un suprùme effort de sa volonté, elle était arrivée à une grande renonciation. Son directeur trouvait cependant que trop de liens la rattachaient encore aux affections terrestres et il résolut de les briser.

Toujours fidèles à leur maîtresse, Ysentrude et Guta n'avaient pas quitté la duchesse de Thuringe lorsque les épreuves l'avaient accablée ; leur attachement était môme si grand qu'elles avaient accepté de partager cette vie humble et cachée, dont toutes les satisfactions consistaient en privations et en actes de charité. Leur plus douce récompense était l'amitié que leur témoignait la duchesse, « cette amitié qui ne luit que sur les grandes âmes et dont jamais un œil impur ne réfléchit la flamme ». Conrad vit dans ces sentiments un danger, et, voulant une fois de plus briser la volonté de sa pénitente, il lui ordonna de se séparer de ses compagnes. Elisabeth obéit, mais elle ne put cacher le chagrin qu'elle éprouvait à voir partir les amies de toute sa vie, et cependant chaque acte de soumission lui semblait

une victoire que récompensait une paix profonde. Non pour remplacer Ysentrude et Guta, mais pour mettre la patience et la bonté d'Elisabeth à une nouvelle épreuve, Conrad plaça auprès d'elle une jeune paysanne fort grossière et une vieille veuve, d'origine noble, mais au caractère acariâtre et autoritaire. Ces deux personnes, la première méchante, la seconde, sourde, loin de rendre à Elisabeth les services qu'elle était en droit d'en attendre, prenaient à tâche de la faire souffrir : tantôt elles se permettaient de lui adresser des reproches et de la maltraiter; d'autres fois, elles l'obligeaient à faire les travaux dont la charge leur incombait, mais il semblait surtout qu'elles n'étaient là que pour épier les actions d'Elisabeth et rapporter à magister Conrad les infractions que commettait leur maîtresse aux restrictions prescrites à ses aumônes. Ces restrictions, qui devaient se rapporter plutôt à des distributions en masse, comme Elisabeth aimait assez à les faire, ne l'empêchaient pas de disposer de sommes assez importantes, car, en maintes occasions, on voit la pieuse veuve donner des secours en argent et satisfaire comme le lui permettaient, du reste, ses revenus, sa noble passion pour la charité. Aussi peut-on voir dans les ordres de Conrad, plutôt qu'un esprit de prévoyance, une intention bien arrêtée de briser la volonté de sa pénitente et de l'amener au sommet de la vertu par le détachement complet et la

renonciation absolue à toute satisfaction humaine ; si toutefois soulager la misère, faire des heureux, est seulement humain et ne relève pas plutôt de l'inspiration divine. Et, cependant, Elisabeth savait faire la charité, l'art qu'elle y mettait eût pu toucher le cœur de tout homme moins endurci que Conrad, qui ne comprenait pas que la charité pratiquée par Elisabeth, avec bonté, avec affabilité, était un puissant moyen d'action sur les âmes.

Conrad avait accompli son œuvre, il avait arraché, autant qu'il pouvait le croire, tous les lienç qui attachaient Elisabeth à la terre. Seule désormais, sans autre affection que le souvenir de son amour conjugal et de son amour maternel, la duchesse pouvait se consacrer entièrement à Dieu, non par la vie du cloître, mais par une vie extérieure active à laquelle se joignait une vie intérieure intense, seule manière de ne pas laisser dégénérer l'activité en agitation. Elle connaissait toute la valeur du sublime privilège de l'homme de s'entretenir avec Dieu et la prière était sa grande force ; elle savait « que Dieu n'a pas besoin de nos prières, mais que tout ce qui aime, tout ce qui souffre a besoin de prier ». Les chroniqueurs contemporains ont recueilli maints traits montrant que Dieu exauçait souvent d'une façon miraculeuse les prières que son humble servante lui adressait avec une confiance absolue; du reste,

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celui qui croit et qui prie mot en action des forces qui ne nous sont pas seulement inconnues, mais encore qui sont d'une puissance presque illimitée.

Rapidement la vertu des prières de la pieuse duchesse avait éiè connue dans la contrée, et les malades, les infirmes venaient en implorer l'aumône. Il semble qu'alors pour confondre ceux qui l'avaient persécutée et pour bien montrer que ceux qui s'élèvent seront abaissés et que ceux qui s'abaissent seront élevés. Dieu accorda aux prières d'Elisabeth une eflicacité qui la fit considérer comme une sainte dont l'intercession était toutepuissante auprès du Seigneur.

Un jour qu'elle allait pénétrer dans l'hôpital, elle vit sur le seuil un pauvre être que la nature semblait avoir pris à tâche de maltraiter. Sourdmuet, les membres tordus, cette épave humaine se traînait sur le sol; sa mère l'avait amené là pour le présenter à la pitié de la duchesse, mais honteuse d'avoir un tel fils, elle s'était retirée. Elisabeth se baissa vers l'enfant et lui parla, elle n'obtint aucune réponse; après avoir insisté, elle comprit au regard que l'infirme avait levé vers elle qu'il ne pouvait pas parler, obéissant alors à une inspiration que lui suggérait sa compassion pour le pauvre être, elle dit : « Par la puissance de Notre Seigneur Jésus, je t'ordonne, et à celui qui est en toi, de rompre ce silence et de me dire qui tu es et d'où tu viens. » A ces paroles, l'enfant

fut délivré de ses souffrances, il se redressa et parla, il raconta que, depuis sa naissance, il était sourd et muet, paralysé de tous ses membres, ignorant de toutes choses, ne connaissant pas Dieu et que sa mère l'avait apporté à l'hôpital pour que la bonne dame le guérît. Sans y être incité, il se mit à remercier Dieu, et Elisabeth joignit ses prières pour rendre grâce au Maître tout-puissant. Si la moindre étincelle de vanité eût animé l'âme d'Elisabeth, elle n'eût pas manqué de s'enorgueillir de la puissance de sa prière, mais, au contraire, elle en fut troublée et ne voulant pas que le bruit de son intervention se répandît, elle recommanda à l'enfant, après lui avoir donné de l'argent pour retourner auprès de sa mère, de ne pas parler d'elle. « Raconte à tes parents, lui dit-elle, que Dieu t'a secouru et pour reconnaître sa bonté, garde-toi jour et nuit du péché. Pense toujours à ce que tu as souffert jusqu'à présent. Prie pour moi comme je prierai pour toi. » Sur ces paroles, Elisabeth s'éloigna rapidement.

Mais la mère s'était rapprochée ; en voyant son fils debout, elle lui demanda ce qui s'était passé et l'enfant le raconta en désignant la bonne duchesse. La mère, à qui le silence n'avait pas été recommandé, publia partout la grâce accordée à son fils par l'intercession de la « bonne dame. »

Un homme, paralysé des jambes et des bras,

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s'estait fait placer un jour sur le chemin que devait suivre Klisabclh; quand il la vit il l'appela et, lui disant quil était de Ueinhardsbrunn, la supplia, pour l'amour de l'âme de son mari qui reposait là-bas, de le guérir. L'estropié, comme beaucoup de personnes, savait quel tendre sodvonir la veuve gardait au langrave, et de toutes les choses terrestres, c'était peut-ôtre celle qui pouvait le plus l'émouvoir. Aussi, touchée par cet appel, Elisabeth regarda le malheureux avec une tendre émotion et, à Marbourg, comme autrefois devant le peuple, à la parole de saint Pierre, le paralytique fut guéri. Elisabeth se mit à genoux pour remercier Celui qui là, comme à Jérusalem, avait fait éclater sa toute-puissance.

Une autre fois, ce fut au nom de saint Jean qu'un malade lui demanda de le guérir. Dès son enfance, elle avait eu pour cet apôtre une dévotion toute particulière, aussi s'adressa-t-elle à lui avec confiance et à peine avait-elle prié que le malade se trouva guéri. Encore à genoux, il voulait la remercier, mais elle s'agenouilla à côté de lui et remercia Dieu d'avoir accordé la guérison demandée par l'intercession de son apôtre.

Un jour qu'elle se rendait au couvent d'Aldenberg pour y voir sa fille Gertrude, ce fut un homme qui l'appela et lui dit : « Depuis longtemps, un esprit malin me possède, laissez-moi toucher le bord de votre robe et il faudra qu'il me quitte. »

Elisabeth, qui ne savait rien refuser, s'approclia du pauvre homme et pria à côté de lui. Bientôt le possédé se déclara délivré.

Auprès de son hôpital, Elisabeth avait fait construire une église où elle aimait à aller prier quand elle pensait n'y rencontrer personne. Ce fut ainsi qu'elle y entra un jour, vers midi, et y trouva un pauvre aveugle qui marchait à tâtons, les bras étendus. Elle s'approcha et lui demanda ce qu'il faisait seul et ce qu'il cherchait, l'aveugle lui dit : «Je voudrais aller auprès de celte bonne dame, la consolatrice des malheureux, pour lui demander de me donner quelque chose. Je suis entré dans cette église et j'y ai fait mes prières, maintenant j'en fais le tour pour savoir combien elle est grande et large, car je ne puis la voir ayant le malheur d être aveugle.» Elisabeth lui dit : «Tu voudrais bien lavoir, cette église? » — « Si c'était la volonté de Dieu, répondit l'aveugle, je voudrais bien la voir, mais je n'ai jamais vu la lumière du soleil. » Et, mis en confiance par la compassion qu'il sentait chez son interlocutrice, il continua : «Je ne sais que faire, je ne puis toujours prier et quand je suis parmi les hommes, je les envie parce qu'il voient. Il faut que j'erre et que je mendie, alors que j'aimerais mieux travailler, mais je ne suis utile à personne sur la terre, je suis le prisonnier de Dieu. Les heures, si brèves pour tous les hommes, sont longues pour moi;

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quand je suis seul, je pleure sur mon malheur et mi^me dans la prière, cette penst^e me poursuit. » Élisabetli essaya de le consoler et lui dit : « C'est pour ton bien que Dieu l'a voulu, peut-être aurais-tu, sans ce malheur, commis plus de poche's qu'à présent. » L'aveugle protesta. « Si la vue m'avait été donnée, dit-il, je me serais gardé du péché et j'aurais fait les plus durs travaux pour gagner mon pain. »

La prière que l'aveugle ne demandait pas, Elisabeth la lui olFrit, en disaut : « Prie, pour que Dieu te guérisse et moi je prierai avec toi. » Le malheureux comprit, en entendant ces paroles, que seule la bonne duchesse avait pu les prononcer, il se jeta à genoux devant elle, la suppliant d'avoir pitié de lui. Elisabeth lui dit de prier avec confiance ce Dieu qui fait de si grandes choses et, s'agenouillant à coté de lui, elle pria de tout son cœur. Dieu exauça son ardente prière et bientôt elle vit celui qui n'était plus aveugle se lever et se diriger vers elle en disant : « Dieu soit loué, il m'a accordé une grande grâce, je vois clair. Vos paroles, bonne dame, se sont réalisées. » Aussi heureuse peut-être que son protégé, Elisabeth lui dit : « La lumière t'est rendue, songe maintenant à bien servir Dieu et à ne plus pécher. Travaille et sois toujours un honnête homme, pieux et humble. »

On pourrait citer d'innombrables faits analogues

prouvant que Dieu se servait de l'intermédiaire de l'humble duchesse pour faire éclater sa puissance par de ces miracles qu'un auteur a spirituellement appelés « les coups d'Etat du bon Dieu ». Néanmoins, les sentiments de profonde humilité d'Elisabeth n'en ressentaient nulle atteinte; continuant à s'épanouir sous l'action mystérieuse de la grâce, elle comprenait qu'elle était un instrument choisi par Dieu et s'efforçait de justifier ce choix par un redoublement de ferveur et de mortifications. En avançant dans la vie, elle avait pris au contact du monde et surtout à la lumière de l'Evangile, une expérience des choses temporelles et spirituelles qui amenait bon nombre de personnes à recourir à ses conseils, sinon toujours pour les suivre, mais toujours pour s'éclairer, et bien des âmes désemparées venaient chercher auprès d'elle le réconfort moral.

Il est un de ces traits que tous les chroniqueurs rapportent et qui montre Elisabeth ne se bornant pas à exhorter les pauvres gens pouvant | lui obéir, autant par crainte que par intérêt, mais s'adressant aux nobles et aux puissants avec la même franchise et avec la même fermeté.

Recevant un jour la visite de l'épouse d'un noble chevalier, dame Gertrude de Leinbach, Elisabeth s'entretint longuement avec elle, elle aimait ces conversations familières qui reposent l'intelligence, sans la laisser inactive, mais tout en eau-

sant, elle regardait le jeune fils de Gertrude de Leiiibach qui l'accompagnait, le garçonnet, nommé Berthold, pouvait avoir une quinzaine d'années et était vôtu, selon la mode d'alors, avec un grand luxe; il semblait prendre plaisir à regarder les somptueux vêtements qu'il portait. Elisabeth avait remarqué l'attitude et les manières de son jeune visiteur; elle lui dit, tout à coup: « Cher enfant, tu t'habilles avec trop de luxe et tu tires vanité de tes beaux vêtements. ïu sacrifies trop au monde, tu ferais bien d'apprendre à connailre ton Créateur et à le servir, cela vaudrait mieux pour ton corps et pour ton âme. Dis-moi, mon cher enfant, conlinua-t-elle, crois-tu que Notre Seigneur, quand il est venu en toute humilité verser son sang pour nous sauver, portait de pareils vêtements? » Le jeune homme lui répondit avec vivacité : « 0 chère Dame, priez pour moi afin que Dieu me fasse la grâce de le servir. » Avant d'accéder à ce désir, la duchesse demanda encore à Berthold s'il était bien décidé à servir Dieu ; sur sa réponse affirmative, elle lui recommanda de préparer son cœur à recevoir cette grùce et elle l'emmena à l'église. Le jeune garçon se prosterna devant le maître-autel, tandis qu'Elisabeth s'agenouillait un peu plus loin. Tous deux priaient depuis quelque temps déjà quand Borlhold s'écria : « Cessez, je n'en puis ))lus ! » Mais Elisabeth ne cessa pas de prier, alors il la supplia de s'arrêter, car un feu le dévorait,

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disait-il. Ce feu, concluent les chroniqueurs, était un signe de l'amour divin qui avait embrasé le cœur du jeune Berthold et qui, peu de temps après, lui inspira la pensée d'entrer dans l'Ordre des Franciscains. Ce fait se serait passé l'année même de la mort d'Elisabeth.

Beaucoup de personnes avaient recours aux prières de la pieuse veuve, elles leurs attribuaient non seulement la guérison des infirmes et des malades, mais le soulagement de bien des misères et la délivrance des âmes du purgatoire. Toute ù tous, Elisabeth priait, sans se lasser, ne voulant pas plus refuser l'aumône spirituelle qu'elle ne savait refuser l'aumône temporelle; néanmoins plus elle croissait dans le respect des hommes, plus elle restait humble devant Dieu, car elle appartenait bien à la céleste phalange des saints qui peuvent, selon leur vocation, différer à tous les points de vue, mais se ressemblent tous par l'humilité, à l'exemple de Celui qui a dit : « Apprenez de moi que je suis humble de cœur. »

Seulement, l'humilité est de toutes les vertus chrétiennes, celle que le monde comprend le moins. Il admire la charité, il estime la religion, il approuve, en théorie, la pénitence, il admet la chasteté, cette vertu, la fleur et la gloire de l'Eglise catholique, mais il regarde l'humilité avec étonnement, presque avec mépris.

Ainsi s'expliqueraient certains bruits calom-

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nieux^ qui se répandirent dans le pays, cherchant à ternir la réputation de la bienfaitrice de la contrée.

On disait que magister Conrad avait décidé Elisabeth à se fixer h Marbourg pour s'emparer de sa fortune 2, d'aulros personnes incriminaient les rapports du confesseur et de la pénitente. Ces bruits parvinrent jusqu'au sire do Varilia qui s'en inquiéta et alla trouver son ancienne souveraine. Après (juel([iies proamI)ulos et sur l'invitation d'Elisabeth, il lui ht connaître le but de sa visite, en ces termes : « Je prie ma chère dame de veiller à sa bonne réputation, parce que le vulgaire, stupide et lâche, tient des propos inconvenants sur ses rapports avec magister Conrad. »

Cette révélation ne troubla pas Elisabeth qui, (lu reste, depuis son enfance avait maintes fois eu à subir la calomnie et l'ingratitude ; aussi le

i. Quelques auteurs ont mis ce fait en doute, mais il est si conforme à la malignité des hommes, qu'on peut, avec la majorité des biographes, en admettre l'authenticité.

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