Nu wolten dy groben boesen leute
Aile ding uf das boeste deuten
Sy sprachcn das ist Meister Conrat
Dy frawen Elisabet entfurt hat
Das dieweil ir lierre ist gestorben
So hat er das gut ir erworbcnn
Das wolien sy mit einander verzeren
Wer mag Inc das erwerena
In einem gleichnis grosser heyligkeit
Dy teudinge wurden ir vorgeleyt
Von leuten dy sy hatten gehoert.
{Vita s. Elisabeth, Mencken, II, 2084, cité par Kaltner, 120.'
regard levé avec sérénité, vers le ciol, elle dit au sire de Varilla : « Béni soit en tout Notre Seigneur Jésus-Christ qui me trouve digne de lui offrir cet hommage. J'ai abdiqué la noblesse de ma naissance par amour pour lui ; pour me faire sa servante, j'ai renoncé à mes richesses, à ma beauté, à ma jeunesse, à mon pays, à mes enfants. Cependant je voulais garder pour tout bien mon honneur d'honnête femme ; si Dieu exige ce sacrifice, je le ferai et je consentirai à vivre en femme déshonorée, pourvu, ô mon Sauveur! que mes pauvres petits enfants demeurent préservés de toute honte qui pourrait leur venir par moi! » Malgré ce sacrifice offert à Dieu, Elisabeth ne voulait pas que son vieil ami pût conserver le moindre soupçon et, lui montrant ses épaules où les coups de discipline appliquée par magister Conrad avaient laissé des traces, elle lui dit : « Voyez l'amour que ce saint prêtre a pour moi, ou mieux, comme il me conduit à l'amour de Dieu*. »
Ce fut sous la sévère égide de ce prêtre qu'Elisabeth atteignit le sommet de la perfection humaine. Elle y arriva comme y était parvenue sainte Paule et comme devait y parvenir sainte Jeanne de Chantai, mais quelle différence entre
1. « Hic enim amor inquit quo circa me sacerdos sanctus affîcitur vel potius quo me afûcit amor Dei. »
les chemins parcourus. Entourée de la triple auréole de la royauté, de la beauté et de la bonté, d'une naissance incontestablement plus haute que sainte Paule et que sainte Jeanne de Chantai, Elisabeth parvint à la sainteté par les chemins les plus humbles et les plus âpres. Tandis que sainte Paule avait pour conseiller et pour guide un saint dont la science était à la hauteur de ses aspirations intellectuelles, et que sainte Chantai avait pour directeurs saint François de Sales et saint Vincent de Paul, la bonté et la douceur personnifiées, la fille du roi de Hongrie avait pour confesseur celui que ses compatriotes euxmêmes nommèrent le fléau de V Allemagne.
Quel eût été l'épanouissement de l'âme de sainte Elisabeth sous la direction du doux évêque de Genève, il était si bien fait pour apprécier la délicatesse et aussi la grandeur des sentiments qui animaient la noble Magyare, non seulement il la comprit, mais il dut éprouver pour elle une admiration sincère ; car, en maints endroits de son Introduction à la vie dévote^ dans les conseils qu'il donne à « sa chère Philotée », on croirait que l'image d(î sainte Elisabeth est présente à son esprit et que c'est en méditant sur ses vertus qu'il voit ce qu'il peut et ce qu'il doit prescrire à saillie spirituelle. Dans ses avis sur l'obéissance, sur le soin des malades, sur la bonne renommée et sur la calomnie, sur le service des pauvre», sur les plaisirs,
l'exemple de sainte Elisabeth s'impose à sa pensée et à sa plume, et, dans son tableau des vertus que la « veuve qui est vraiment veuve » doit pratiquer, ne trouve-t-on pas retracée, en quelques lignes, toute la vie de la veuve du landgrave de Thuringe. « L'exercice des vertus propres à la sainte veuve sont la parfaite modestie, le renoncement aux honneurs, aux rangs, aux assemblées, aux titres, et telles sortes de vanités ; le service des pauvres et des malades, la consolation des affligés ; l'introduction des filles à la vie dévote, et de se rendre un parfait exemplaire de toutes vertus aux jeunes femmes. La nécessité et la simplicité sont les deux ornements de leurs habits ; l'humilité et la charité, les deux ornements de leurs actions ; l'honnêteté et débonnaireté, les deux ornements de leur langage ; la modestie et la pudicité, l'ornement de leurs yeux; et Jésus-Christ crucifié, l'unique amour de leur cœur^. »
Que l'exercice de la charité et la pratique de cet amour qui enflammait son cœur pour tout ce qui souffrait eussent été faciles pour Elisabeth sous la direction de saint François de Sales ! Elle ne fût pas devenue plus sainte, mais ses qualités et ses vertus eussent pu acquérir un plus grand développement et peut-être eût-elle évité quelques-unes
1. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, m* partie, chap. xl.
SAINTE ELISABETH A MARBODRG 215
de ces exagérations sublimes que lui reprochent, comme des actes de folie, ceux qui ne comprennent pas à quelle hauteur l'âme peut s'élever quand elle ne vit plus que pour Dieu. Elisabeth de Hongrie appartient à cette phalange des grandes veuves qui, comme sainte Monique, sainte Paule, sainte Hedvvige, sainte Chantai goûtèrent les joies du mariage pour apprendre au monde aies goûter saintement.
Bientôt, Elisabeth allait recevoir la récompense d'une vie bien remplie ; elle avait passé en faisant le bien et, quoique fort jeune encore, elle était prête pour une vie supérieure et immortelle.
La duchesse de Thuringe, disent ses biographes, vit le Seigneur face à face et reçut ainsi directement d'ineffables consolations qui la fortifiaient et la ravissaient. Ces témoignages de l'amour divin devaient être, pour Elisabeth, le bonheur suprême , elle y trouvait un avant-goût de la béatitude qui l'attendait au ciel et il serait aussi délicat que téméraire de décrire ces scènes intimes, sublimes autant que grandioses, dans lesquelles une âme, malgré les liens qui la rattachent au corps, semble entrer en communication directe avec son Créateur.
Dans cette contemplation, des pensées surhumaines peuvent jaillir de l'intelligence, se fixer dans l'esprit avec des visions ineffables des choses du ciel, et produire ces phénomènes qui semblent
dépasser les limites de la raison humaine, trop étroites pour les comprendre.
Depuis de longues semaines déjà, l'automne, presque l'hiver, rude et précoce, comme il l'est dans les contrées montagneuses de la Thuringe et de la Hesse avait fait sentir toutes ses rigueurs, sans arrêter Elisabeth dans ses courses et dans ses visites aux pauvres, ou encore dans ses longues stations à l'église. Au retour d'une de ces fatigantes excursions, elle rentra fort lasse et la nuit, dans cet état qui n'est ni la veille ni le sommeil, elle eut une vision. Jésus-Christ lui apparut et lui dit : « Le temps est arrivé, viens ma fiancée, viens auprès du trône de l'Eternel occuper la place que mon Père t'y a préparée de toute éternité. »
Elisabeth comprit que cette apparition n'était pas un effet de son imagination, mais bien un appel de Dieu, et elle pensa que bientôt, elle devrait quitter le monde. Sans la moindre hésitation et avec une touchante décision, elle prit les dispositions nécessaires. Les pauvres ne furent , pas oubliés, elle leur fit une dernière visite, les bénit et leur laissa un souvenir, distribuant ainsi quelques-uns des objets qu'elle possédait. Elle voulut aussi revoir ses malades ; et, pour la dernière fois, leur donner ses soins, leur dire de douces paroles de consolation.
Un nouveau venu se trouvait parmi eux, c'était
tnagister Conrad qui avait fait prier Elisabeth do venir le voir. Il souffrait beaucoup et croyait son dernier jour venu ; aussi, lorsqu'il vit Elisabeth qui s'était empressée de se rendre à son appel, coramença-t-il par se lamenter et par se plaindre de ses soulTrances, puis il lui demanda ce (ju'elle pensait faire lorsqu'il serait mort; sa pénitente le rassura, lui dit qu'elle mourrait bientôt, certainement avant lui, et qu'elle ne voulait aucun autre » tuteur » que celui donné par Dieu^ Effectivement Conrad se rétablit; mais, quatre jours après cet entretien, Elisabeth tomba malade et dut s'aliter, en proie à une fièvre violente ; pendant les douze jours que dura sa maladie, la douce Elisabeth continua à donner l'exemple de la patience et de la sérénité que rien n'avait pu altérer pendant toute sa vie. Soumise à la volonté de Dieu, la duchesse déclarait que les souffrances physiques lui étaient à peine sensibles. Elle ne cessait de prier, et, recueillie, soutenue par les