‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 9 sur 58 · E. Lainy, la Femme de demain, i vol., Perrin · texte numérisé non relu

E. Lainy, la Femme de demain, i vol., Perrin

mit en honneur la Renaissance. Si, pour toutes, elle ne comportait pas le triviiim et le quadrivium, il est bon nombre d'entre elles qui possédaient plus que les sept arts libéraux et dont les connaissances s'élevaient jusqu'à la science. C'est à celte époque que l'on trouve ces supérieures de monastères, ces grandes abbesses, dont l'autorité était incontestée, bien au-delà de leurs couvents, grâce k leur réelle valeur intellectuelle et à leur grand cœur. N'est-ce pas au xu' siècle qu'appartient sainte Hildegarde, cette moniale presque géniale, que les papes et les empereurs consultaient et qui, lans les nombreux volumes qu'elle laissa, émit, sur quelques questions scientifiques, des opinions si avancées que des siècles furent nécessaires pour les faire prévaloir*. Le cloître, avec sa vie calme et austère, était l'asile tout indiqué pour les études, et les moniales, à qui la récitation des offices en latin était imposée, cultivèrent de bonne heure les lettres. L'étude du latin les avait conduites à la

1. Sainte Hildegarde était d'avis que les étoiles sont retenues dans leur cours par un astre supérieur. Elle avait ibordé la médecine, comme du reste beaucoup de religieuses de ce siècle, et avait entrevu la circulation du sang; ses connaissances sur l'anatomie et la physiologie étaient très nettes. Elle pensait que les substances agissent de deux façons sur le corps humain, l'une chimique et l'autre mys. tique ou plutôt magnétique, ce mode d'action appliqué récemment ne constilue-t-il pas lamétallothérapie? Sainte Hildegarde a laissé des ouvrages remarquables; notamment : la Médecine et les Subtilités de la nature.

méditation des livres saints, à, la lecture des écrivains religieux et môme des poètes. La science ainsi acquise, les religieuses ne la gardaient pas pour leur seule édification, elles la répandaient sur les jeunes filles confiées à leurs soins et qui plus tard devaient rentrer dans le monde.

En Hongrie, il en était de même et les religieuses rendirent de grands services, non seulement en instruisant les filles nobles, mais aussi en conservant et en reproduisant les manuscrits les plus précieux du moyen âge. Elles copiaient les manuscrits employés dans leurs monastères, puis, quand elles en avaient un nombre suffisant, elles continuaient leur travail et envoyaient les copies, souvent ornées de remarquables miniatures, à d'autres monastères. Lorsqu'un danger menaçait le couvent, les manuscrits étaient toujours au nombre des objets les plus précieux que les moniales songeaient tout d'abord à sauvera

Elles consignaient, au jour le jour, les menus faits de leur existence, travaux ou distractions, elles n'omettaient pas les pensées et les réflexions que leur inspiraient leurs lectures ou que leur suggéraient les événements; ces recueils ont fourni d'inappréciables documents sur la vie religieuse durant cette période médiévale et c'est dans l'un de ces manuscrits que l'on trouve racontée,

i. D"" Horvâth Ct A magyar irtdalom iôrte'nete, Budapest, 1899.

par dos ti^moins oculaires, la vie de la bionhcureuse Marguerite; ses compagnes, presque toutes dos filles de noble famille, aiment à raconter ce qu'elles ont vu et c'est ainsi, qu'à notre tour, nous voyons la petite Marguerite au couvent de Veszpr«5m, entourée de fillettes vêtues de blanc, apprenant à chanter Y Ave Maria; plus tard, c'est dans le couvent de Notre-Dame, édifié par le roi Bêla IV pour sa fille, sur une île, en face de Buda, que ses compagnes transcrivent tous ses actes de piété et de charité qui en font la digne nièce de sainte Elisabeth, et aussi le modèle idéal de la ■religieuse hongroise. Elle aimait à entendre les sermons et s'entretenait volontiers avec les prédicateurs ; ses sujets de conversation portaient souvent sur la vie et la saintLlo de ses ancêtres, saint Etienne, saint Imre, saint Ladislas « qui avaient protégé et servi le glorieux royaume de Hongrie * ».

L'instruction que la petite Elisabeth reçut à la Wartbourg ne fut peut-être pas équivalente à celle qu'elle eût acquise à la cour du roi, son père, car celui qui désirait qu'elle fut instruite, le landgrave Herniann, ne put présider longtemps aux leçons qu'il voulait qu'elle reçût.

L'intelligence fort vive de l'enfant et son désir de savoir, la rendaient apte à saisir rapidement ce

i. Horvillh, A magyar irodalom tôrténcte, p. 79,

qu'on lui enseignait ; mais, ce qui pour elle, avait le plus d'attrait, c'était l'explication des vérités de la religion : elle aimait à entendre raconter les traits les plus touchants de la vie des saints. La personne qui lui apprenait une prière était cer- ^ taine de lui faire plus de plaisir qu'en lui offrant un présent.

Loin des conseils et des encouragements maternels, la petite Elisabeth continua à se montrer douce et compatissante, pieuse et obéissante ; elle s'était prescrit elle-même un certain nombre de prières à réciter chaque jour et elle ne s'endormait pas avant de les avoir toutes dites. Ses jeux furent ceux qu'elle avait pratiqués en Hongrie; elle prit sur quelques-unes de ses compagnes le doux ascendant qu'elle avait exercé sur les précédentes et les amena peu à peu à partager quelquesunes de ces petites pratiques religieuses qui lui étaient chères. Un usage toujours suivi dans les familles nobles voulait que les jeunes filles prissent, parmi les apôtres, un patron de prédilection. La petite Elisabeth avait une vénération toute particulière pour saint Jean l'Evangéliste et lorsque parmi les douze cierges portant les noms des apôtres et placés sur l'autel, elle dut aller en choisir un au hasard, le sort lui attribua celui qui portait lenomde saint Jean. Heureuse, mais non complètement satisfaite, Elisabeth voulut recommencer l'épreuve. Une seconde fois, sa main choisit le

cierge portant le nom qu'elle préférait; elle vit dans ce fait la manifestation de la volonté de Dieu et dès lors accorda tout ce qu'onlui demandait au nom de son apôtre préféré.

Loin d'être effrayée par la vue d'un cimetière, elle dirigeait quelquefois la promenade de ses compagnes vers cet endroit solitaire et là, leur montrant les tombes, elle disait : « Voyez ces morts ; ils ont été vivants comme nous, un jour nous serons comme eux » ; puis, s'agenouillant, elle priait ses compagnes de répéter avec elle: « Seigneur, par votre mort aruidl^ et par votre chère Mère Marie, déll^zodè^lTaà^^ts, de leur jieine et, à nous vivants, dqimez-nd^^ la grâce d'arriver à la joie étemàUe qtrC n^ ti^^^ i^'

De gai et enjoué qu'il étan^:.;|d <!é^à^^è de la petite exilée prit lentement une teînte mélancolique, la solitude avait pour elle plus de charme que les bruyantes réunions de la cour, et cependant, elle aimait à communiquer à ses compagnes ce qui lui arrivait d'heureux, car alors seulement, disait-elle, sajoie était complète. Mais ces instants de bonheur se firent de plus en plus rares; il manquait à l'enfant la douceur des caresses maternelles et la duchesse Sophie, mère pourtant de plusieurs enfants, ne lui témoigna jamais la moindre tendresse. Son éducation superficielle ne lui avait donné « ni la profondeur des sentiments,

ni l'élévation de l'esprit*» nécessaires pour discerner ce que le caractère de sa future belle-fille avait de délicat et de noble. La piété si touchante de la petite Magyare lui déplaisait comme à toute la cour allemande ; on ne la comprenait pas ; nul ne savait ce qu'est la flamme de Tamour divin et tous traitaient d'exagération les manifestations de cette plante précieuse qu'ils cherchaient à étouffer au lieu de la développer avec de tendres soins.

La bonté, la douceur, la condescendance et aussi la beauté de la candide enfant auraient dû lui assurei* l'affection de tous ceux qui l'entouraient, la générosité du i-ôi, son père, qui avait comblé de cadeaux tous les Allemands faisant partie de l'ambassade envoyée à Presbourg n'avait déterminé nulle reconnaissance, et, lentement, un sentiment particulier, dédain ou jalousie, irritation ou colère, se forma à la coul* et rendit à la petite Elisabeth la vie bien dure.

Mais ce n'étaient là que les premières épines auxquelles sa vie devait se déchirer.

Un bruit se répandit en Thuringe et bientôt parvint jusqu'à Elisabeth: samère venait de mourir, mais de façon si tragique que l'on osait à peine commenter les détails du drame qui s'était déroulé dans la forêt de Pi lis. Une tradition, fort vraisemblable, raconte qu'une nuit la reine Ger-

1. F. V. Wegele, Die heilige Elisabeth von Thûringen, Leipzig, 1898, p. 78.

ENFANCB ET FIANÇAILLES 23

trude apparut en rêve ù la pelilc Elisabeth ot lui dit: « Chère enfant, je suis morte et je soulfre de grandes peines, prie pour moi, Dieu exaucera tes prières. » Effrayée, l'enfant se mit à pleurer; on s'enquit de la cause de ses larmes et on chercha à la calmer, mais elle ne voulut rien entendre et se mit à prier ; elle pria si longtemps qu'elle finit par s'endormir ; sa mère lui apparut alors de nouveau et la remercia de ses prières, en ajoutant qu'elle était délivrée de ses tourments.

La reine qui devait périr si lamentablement avait joint à ses qualités de femme, une fermeté toute virile et, plus d'une fois, elle dut l'employer dans les actes du gouvernement, car l'énergie n'était pas la qualité dominante du roi André. Sur son conseil, il avait appelé de nombreux Allemands qui l'avaient aidé à combattre quelques seigneurs révoltés ; laissant alors à l'écart les nobles magyars, il attribua aux Allemands des dignités et de hauts emplois ; les Hongrois s'indignèrent et, craignant pour l'indépendance de leur pays', cherchèrent le moyen de s'opposer à l'invasion de l'élément étranger. Leur colère se porta sur la reine qui, non contente de favoriser ses compatriotes, avait encore exigé pour son frère Berlhold le titre d'archevêque de Kalocsa. Une conspiration fut ouniio, à sa tète se trouvaient Simon, ispân de Szabolcs,

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