I. Saint Marc, vu
On a remarqué que plusieurs des faits surnaturels qui lui sont attribués ressemblent singulièrement à des faits analogues déjà racontés à propos de saint Martin ou d'autres thaumaturges. On a même constaté que le biographe se sert volontiers des expressions employées dans des récits de même nature par les écrivains qui Font précédé. L'observation est juste; mais quelle conclusion en tirer? Les miracles des saints ne sont pas des miracles de fantaisie, comme ceux que les pharisiens réclamaient de Notre-Seigneur. Ils visent avant tout l'utilité de l'homme. Les guérisons surnaturelles ne varieront donc pas plus que les maux dont souffre la pauvre humanité. Comme dans l'Evangile, comme dans la vie de saint Martin, on verra se répéter, dans l'histoire de sainte Geneviève, les guérisons de malades, les délivrances de possédés, les résurrections de morts et, de temps à autre, l'action supérieure exercée sur les forces de la nature. Et si l'historien qui raconte ces faits a des raisons pour se servir de préférence d'expressions qui sont déjà dans toutes les mémoires, qu'en conclure raisonnablement sinon qu'il s'est plus appliqué à être compris qu'à être original ?
Sans doute, certains bagiographes ont pu succomber à la tentation de parer leur héros à l'aide de traits empruntés à d'autres. On n'a pas toujours compris aveclamême rigueur qu'aujourd'hui les exigences de la vérité liistorique. Mais encore faut-il, avant d'éli-
y'Googk
84 SAINTB GENEVIÈVE.
miner un récit miraculeux, s'appuyer sur des raisons plus décisives que de simples analogies de fond ou de forme. Or, rien de sérieux ne nous oblige à sacrifier quoi que ce soit des faits contenus dans le travail primitif du biographe. Nous nous en tiendrons donc à ce qu'il raconte*
Sainte Geneviève chassait les démons . Nous l'avons vue opérer à Tours plusieurs miracles de ce genre. Une fois, à Paris, le démon tourmentait en même temps une douzaine de personnes. La sainte voulut chasserparsesprières les malins esprits, maisceux -ci, ainsi qu'il arrive fréquemment, se montrèrent récalcitrants. Ils maintenaient leurs victimes suspendues en l'air et refusaient de les laisser en paix. La sainte ordonna alors aux possédés de se rendre à la basilique de Saint-Denis. Comme ils ne pouvaient marcher, elle leur en restitua le pouvoir et ils s'en allèrent à l'église du saint martyr, en silence et les mains liées derrière le dos. Elle les y rejoignit deux heures après, se prosterna sur le sol et pria jusqu'à ce que les possédés déclarassent qu'ils sentaient venir le secours. Alors elle fit sur eux le signe de la croix et ils furent délivrés, aux yeux d'une assistance transportée d'admiration et de reconnaissance.
Une autre fois, elle vit passer devant sa maison une jeune fille portant une cruche qu'elle venait de faire remplir chez un marchand. La sainte aperçut un démon qui se tenait à l'orifice du vase; elle le
yGoogk
menaça et souffla pour le chasser. Aussitôt la partie supérieure de la cruche se brisa et un signe de croix acheva de mettre en fuite le mauvais esprit.
De tels récits font naître un sourire d'incrédulité sur les lèvres de ceux qui ne sont pas au courant des ruses de Satan et des phénomènes singuliers qui accompagnent souvent les possessions diaboliques. Saint Paul appelle Satan « le prince des puissances de Taîr* », et les relations des missionnaires nous attestent que, dans les pays idolâtres, les démons exercent le même genre d'action qu'autrefois sous l'ancien paganisme. Du temps de sainte Geneviève, la vieille idolâtrie achevait de perdre en Gaule toutes ses positions. Il était donc naturel que le démon cherchât à maintenir sa domination par tous les moyens et que Dieu lui opposât un saint Martin et une sainte Geneviève pour combattre et paralyser son influence.
A l'œuvre diabolique, qui est toujours une œuvre de ténèbres, Geneviève opposa Faction de la grâce divine, qui est par excellence une œuvre de lumière. Cette action de la grâce fut symbolisée par la flamme du cierge qui s'allumait au contact de sa main. Ce miracle, qui est caractéristique de la sainte, fut constaté à plusieurs reprises, soit quand elle priait â l'église, soit quand elle demeurait dans