‹ Sainte GenevièveChapitre 21 sur 36 · I. Éphésiens, ii, a · texte numérisé non relu

I. Éphésiens, ii, a

sa cellule. Sous rinspiration de la fol, les malades détachaient des parcelles de ces cierges miraculeux et s'en servaient pour recouvrer la santc.

Sainte Geneviève rendait la vue aux aveugles. Sa mère fut la première à lui devoir sa guérison. A Paris, une femme qui lui avait dérobé sa chaussure, soit par cupidité, soit par dévotion indiscrète, fut frappée de cécité à son retour dans sa maison. La cause de son malheur n'était pas à chercher bien toin. L'aveugle se fit reconduire auprès de Geneviève, restitua les objets volés et implora son pardon. Avec sa bonté accoutumée, la sainte la releva en souriant, lui fit un signe de croix sur les yeux et lui rendit la lumière. Une autre femme se permit à son égard une indélicatesse d'un genre différent. Curieuse de savoir ce que Geneviève faisait dans sa cellule pendant sa longue réclusion annuelle, de l'Epiphanie au jeudi saint, elle voulut s'en rendre compte, mais perdit subitement la vue au seuil même de la demeure qu'elle allait troubler. Elle dut attendre jusqu'à la fin du carême pour obtenir june guérison que la sainte lui procura par ses moyens habituels.

On amena un jour à Geneviève un pauvre petit être appelé Marovée. Ses parents le portaient entre leurs bras, car il était à la fois aveugle, sourd, muet et paralysé des jambes. Ce spectacle émut douloureusement la sainte. Elle oignit l'en Faut

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d'huile bénite et fit sur lui le signe de la croix. Le malade sentit aussitôt ses jambes se raffermir^ recouvra Tusage de ses sens et obtint une santé parfaite.

Sainte Geneviève soulageait miraculeusement d'autres infortunes. A Laon, on la pria de venir voir une petite fille de neuf ans complètement paralysée. Elle y alla, commença par prier, toucha les membres inertes de la malade et lui commanda de s'habiller et de se chausser. L'enfant obéit et put aussitôt se rendre à l'église avec un grand concours de peuple. A Meaux, la sainte guérit un homme dont le bras était desséché du coude jusqu'à la main; pour obtenir ce résultat, elle n'eut qu'à toucher le membre malade et à faire le signe de la croix. Fruminius, défenseur de la même ville*, était totalement sourd depuis quatre ans. Il vint à Paris trouver Geneviève qui lui toucha les oreilles et lui en rendit l'usage par le signe de la croix.

En opérant ces guérisons, sainte Geneviève n'entendait nullement exercer un ministère opposé, ou même simplement étranger à Faction de l'Église, dont elle fut toujours la fille très respectueuse. Elle cherchait au contraire à subordonner en quelque

I. Le défenseur de la cite ëtait au v* siècle un magistrat investi du pouvoir administratif et judiciaire. Son principal soin consistait à défendre ses concitoyens contre les exigences du fisc impérial.

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manière à l'autorité des pasteurs l'usage de ses dons surnaturels. C'est ainsi que pour guérir certains malades elle se servait d'huile bénite. Les onctions qu'elle faisait n'avaient rien de sacramentel, puisqu'elle même n'était pas revêtue du sacerdoce. Mais l'huile qu'elle employait avait reçu la bénédiction de l'évêque, et tout au moins associait-elle la vertu de cette bénédiction épiscopale à celle de sa propre prière.

Un jour qu'elle voulait faire des onctions sur un possédé, elle se fit apporter sa fiole d'huile bénite et la trouva vide. Vivement troublée de cette constatation, elle ne savait que faire, parce que l'évêque qui bénissait son huile était absent. Se prosternant alors, elle s'adressa à Dieu avec ferveur afin qu'il lui accordât la délivrance du possédé. Sa prière faite, la fiole se remplit d'elle-même entre ses mains et elle se servit de l'huile à son ordinaire. Le biographe atteste avoir vu encore de cette huile dix-huit ans après la mort de la sainte, quand il entreprit d'écrire sa vie.

Aucun miracle ne frappe les esprits comme la résurrection d'un mort. C'est là par excellence le triomphe populaire du surnaturel. Une fut pas refusé à Geneviève. Un enfant de quatre ans, tombé dans un puits, y resta plongé durant trois heures. Sa mère avait déjà été délivrée des assauts du démon par la sainte et elle vivait auprès de sa libératrice.

Ayant réussi a tirer du puits le petit cadavre tout meurtri, elle le porta en pleurs aux pieds de Geneviève. Celle-ci le couvrit de son manteau et se mit à prier. Elle ne cessa que quand la mort eut rendu sa proie. On était alors en carême et l'enfant n'avait pas encore reçu le baptême. On le fit catéchumène, on lui enseigna ce qu'il pouvait apprendre de la foi catholique et il fut baptisé la veille de Pâques sous le nom de Cellomère, parce qu'il avait recouvré la vie dans la cellule de sainte Geneviève.

Enfin le pouvoir de la sainte s'étendit aussi sur les éléments. Près de Meaux, elle avait détourné l'orage du champ de ses moissonneurs. Un autre jour qu'elle voyageait en bateau sur la Seine, le temps changea à l'improviste, le vent souffla en tempête et la barque fut dangereusement assaillie par les flots. Ce phénomène n'est pas rare sur la Seine, quand le vent du nord ou du nord-ouest soufQe violemment à l' encontre du courant; les vagues deviennent alors assez fortes pour mettre en péril une barque de faible dimension. En face du danger, Geneviève leva les yeux et étendit les mains vers le ciel pour implorer le secours du Seigneur. Le calme se rétablit si parfait et si prompt qu'on se persuada que le Christ lui-même avait commandé aux vents et aux flots.

Ces faits miraculeux racontés de sainte Geneviève supposent nécessairement la puissance de la prière

et la réalité de Tintervention divine dans le monde, double notion qui n'a pu pénétrer dans certains esprits, d'ailleurs insuffisamment initiés aux questions d'ordre philosophique ou religieux. On oppose alors aux miracles une fin de non-recevoir ; on déclare qu'ils embarrassent inutilement la marche de l'historien, et que celui-ci ferait œuvre de haute critique en les passant sous silence, ou du moins en les interprétant comme des amplifications merveilleuses de faits purement naturels. Mais il faudrait des raisons de premier ordre pour éliminer les miracles de l'histoire; or le plus souvent, pour en nier la réalité ou même la possibilité, on s'autorise d'arguments de convention auxquels un esprit sérieux ne saurait s'arrêter. Rares en effet sont les penseurs qui, tout en concluant contre le surnaturel, ont pris le soin de se livrer à une étude loyale, consciencieuse et compétente des droits qu'il revendique. Leur conclusion défavorable, malgré toute la bonne foi avec laquelle ils ont poursuivi leur enquête, n'a rien qui doive étonner un croyant. Elle sert au moins à la démonstration de cette loi fondamentale de l'ordre providentiel que l'action de Dieu, intervenant en dehors des lois naturelles, porte avec elle assez de lumière pour qu'on puisse la reconnaître, et en même temps assez d'ombre pour que la raison humaine garde la liberté de ne pas la voir.

C'est en vertu même des règles les plus sévères

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de la critique historique que nous entendons maintenir le miracle dans la vie de sainte Geneviève ; car, sans le miracle, cette vie devient historiquement inexplicable. Comment, par exemple, Geneviève sait-elle que Paris n'a rien à craindre d'Attila? Comment sa prédiction, formulée en dehors de tout moyen d'information naturelle et radicalement opposée à la persuasion de tout un peuple, se réalise- t-elle de point en point? Comment expliquer, sans le miracle, l'influence prépondérante qu'elle exerce à Paris, elle, simple religieuse dépourvue de toute ressource humaine, la vénération qu'elle inspire au roi païen Childéric, la renommée de sainteté et de puissance surnaturelle qui la précède à Tours, à Meaux, à Laon, partout où elle se rend? Comment rendre raison de la confiance persévérante que l'on a eue de son vivant en son intervention surnaturelle et de la persistance extraordinaire de cette confiance à travers les siècles, si Geneviève n'a été qu'une femme plus ou moins vertueuse, plus ou moins distinguée par ses qualités naturelles ?

Observons d'ailleurs que les miracles de cette sainte ne sont pas des phénomènes disparates, sans précédents dans le passé et sans continuation dans les siècles suivants. Ils font, au contraire, partie intégrante de la sainte religion apportée au monde par le Fils de Dieu. Le Sauveur a opéré de grands et nombreux miracles ; qui oserait en douter, sans nier

sa divinité et sans faire injure aux attributs essentiels de Dieu ? Or, il disait : « Si vous ne me croyez pas, croyez en mes œuvres*. » Il ajoutait en parlant de ses disciples : « Celui qui croit en moi fera les mêmes œuvres que je fais et même en accomplira de plus grandes'. » Et encore : « Voici les miracles dont seront accompagnés ceux qui croiront : en mon nom ils chasseront les démons, ils imposeront les mains sur les malades et ceux-ci seront guéris', » Le Fils de Dieu aurait-il fait des promesses pour qu'elles ne fussent pas réalisées ? Il faut donc s'attendre à rencontrer des disciples du Sauveur qui opèrent des miracles, et quand les historiens nous parlent de Geneviève comme d'une des dépositaires du pouvoir miraculeux, nous n'avons à opposer à leur aflSrmation aucun démenti. Contre des faits historiques, aucun principe ne saurait prévaloir, aucun système ne saurait appuyer logiquement ses négations.

C'est à ses saints que Dieu confie ce pouvoir, bien que tous les saints n'aient pas fait de miracles pendant leur vie, et que le miracle ne constitue nullement la sainteté. Mais il parait raisonnable que le surnaturel n'éclate pas dans le monde comme l'effet d'un pouvoir exorbitant confié capricieusement au

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