V, I, I (ii2i,B etC
2. V, 36, 3 (1224, B). Cf. m, 18, 7. « Si l'homme n'avait été uni à Dieu (par le Dieu-Homme), il n'aurait pu participer à l'incorruptibilité. Il fallait un intermédiaire entre Dieu et l'humanité qui, avec tous deux fût chez lui, afin de rétablir entre eux l'amitié et la concorde. (937, A. B) ... « Je vous l'ai dit : Vous êtes des dieux, les fils du Très Haut » (III, 19, I, 939)... Voici pourquoi le Verbe s'est incarné, pourquoi le Fils de Dieu s'est fait fils de l'homme : c'est afin que l'homme, mêlé au Verbe de Dieu, reçoive
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l'incarnation et la chute. 127
Peu à peu, on le voit, la théorie d'Irénée s'est infléchie : la faute d^Adam, la chute originelle n^apparait plus comme la seule raison déterminante de rincarnation ; la déification de la créature en est le véritable but et la cause profonde. Parti de la théorie paulinienne du second Adam, saint Irénée tend la main aux théologiens pour qui, même sans la Chute^ le Verbe serait descendu sur terre afin de conduire l'homme à Dieu, en même temps qu'il esquisse un mouvement discret de retour vers les Apologistes et les Gnostiques.
Le fait est indéniable ; il ne faut pas l'exagérer pourtant. La preuve qu'Irénée voit en Jésus le Rédempteur qui eiSace la faute de notre père terrestre, plutôt que le Déificateur qui nous fait participer à la vie du Père céleste, c'est l'explication
l'adoption (divine) et devienne lils de Dieu. Car nous ue pouvions recevoir l'incorruptibilité et l'immortalité qu'en étant unis à l'incorruptibilité et à l'immortalité; et cela n'était possible que si d'abord l'incorruptibilité et l'immortalité se faisaient ce que nous sommes, aGn que la corruption fut absorbée par l'incorruptible, la mort par l'immortalité ; et que nous recevions ainsi l'adoption des fils (de Dieu) » (III, 19, i, 939-940). Cette adoption ne nous est pas seulement procurée par la mort de Dieu incarné ; sa vie tout entière concourt à nous l'assurer : tout y est mystérieusement efficace, depuis la conception jusqu'à l'ascension; toutes les années qui en font le cours, tous les faits qui en composent la trame sont des anneaux de la chaîne qui rattache l'homme à Dieu; ils servent tous à nous mettre à tous les moments de notre existence en communion avec Dieu, à restaurer notre liberté, à nous délivrer de la mort, à nous donner la vie
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128 l'incarnation ET LA CHUTE.
qu'il donne de Féconomie de rincarnalion. Jésus unit l'homme à Dieu, on l'a vu; il est à la fois homme et Dieu, il est l'Homme-Dieu. « C'est que si ce n'avait pas été l'homme qui eût vaincu l'ennemi de l'homme, la défaite de l'ennemi n'eût pas été juste; et d'autre part, si ce n'avait pas été Dieu qui eût donné le salut, notre possession du salut n'eût pas été assurée »*. Ici, on le voit, c'est le souvenir de la Chute qui déborde du texte; et c'est cette même idée qui reparaît lorsqu'on lit ailleurs* : a L'ennemi (Satan) n'aurait pas été justement vaincu, si son vainqueur n'eût été un homme né de la femme; car c'est parla femme qu'il a vaincu l'homme à l'origine : c'est pourquoi le Seigneur confesse qu'il est fils de l'homme et représente toute l'humanité née de la femme ; ainsi comme c'est la défaite d'un homme qui a fait tomber notre espèce dans la mort, c'est par la victoire d'un homme qu'çUe s'élève à la vie* ». — C'est par la chute d'Adam qu'Irénée explique, selon la tradition, l'incarnation du Verbe, tandis que le mouvement de sa pensée propre le pousse à approfondir cette théorie et à dépasser ce point de vue.
Révélation, rédemption, déification, voilà donc les trois idées par lesquelles Irénée définit l'In-