‹ Sainte IrénéeChapitre 12 sur 174 · SAINT POLYCARPE · texte numérisé non relu

SAINT POLYCARPE

quelles légendes courent sur l'Église, et combien le monde ignore ce qui fait sa vie.

Au vrai, on n'entend parler des chrétiens que lorsqu'on les massacre. Si l'empire ignore et veut ignorer cette poignée d'hallucinés qui se réclament de Jésus-Christ, la foule les hait, les épie, et, lorsque faire se peut, les égorge : pourquoi ne veulent-ils pas faire comme tout le monde ? pourquoi s'isoler, comme ils ont coutume, condamner l'amphithéâtre, et le cirque, et les fêtes? A Smyme, en i55, sous le proconsulat de Titus Statius Quadratus, on arrête plusieurs d'entre eux au moment des grandes fêtes que va donner l'asiarque, Philippe de Tralles. Un seul faiblit; tous les autres confessent la foi jusqu'à la fin ; le jeune Germanicus, voyant que la bêle tarde à le tuer, marche au devant d'elle, l'appelle, la frappe, la contraint à le dévorer : tant il a hâte d'entrer dans un monde meilleur! Exaspérée par ce spectacle, la^ foule crie : « A mort les athées ! Qu'on cherche Polycarpe! » C'était l'évêque, un disciple de saint Jean et des autres qui avaient vu le Seigneur : la sainteté de sa vie et l'excellence de sa doctrine le faisaient connaître et révérer jusqu'à Rome. « Jure par le génie de César, repens-toi; crie : plus d'athées », lui dit le proconsul. Polycarpe alors, promenant un regard sévère sur la foule qui couvre les gradins, la montre de la main : « Oui, certes, dit-il, plus d'athées ! » Et il lève les yeux au ciel, il pousse un profond soupir. — Statius

Page 1