‹ Sainte IrénéeChapitre 26 sur 174 · LE GNOSTICISME JUDÉO-CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE GNOSTICISME JUDÉO-CHRÉTIEN

naissent, eux qui les secourent, eux-mêmes, ou Tun d*entre eux, qui créent le monde; on les appelle les « Trônes », les « Dominations », les « Puissances », les « Principes ». — Afin de mériter leur protection, les hommes doivent pratiquer Tascétisme, s'abstenir de certains aliments, parfois même s'abstenir du mariage ; il semble que la matière soit souillure^ et que l'homme doive en éviter l'usage et le contact, à l'exemple de Dieu ; la résurrection de la chair est formellement rejetée. — Enfin les docteurs qui répandent ces enseignements les présentent comme une science supérieure (eTctyvtoo-t;), la seule vraie science (yvwo-iç) qui procure le salut. — Sur un seul point, ils semblent être en grave désaccord : les uns n'accordent aucune valeur aux sacrifices et aux cérémonies prescrites par la Loi (Esséniens) ; les autres maintiennent le sabbat, la circoncision, les observances rituelles (les maîtres de Cérinthe).

De cette Gnose juive sortit la gnose judéo^chrétienne^ en vaèvae temps que du Judaïsme le Christianisme naissait : elle ajoutait simplement à celle-là une théorie du Christ en qui elle montrait un ange descendu du ciel. Son docteur le plus fameux est Cérinthe. Cérinthe (ou Merinthe) rejetait les écrits de saint Paul ; il se servait exclusivement de l'évangile selon saint Matthieu, après en avoir retranché,

I. De cette conception pessimiste de la matière, les Nico* laites et d'autres concluaient à l'indifférence morale de certaines actions, et, pratiquement, à la justification de la débauche (II* Pétri, Jude, Apocalypse) (d'après Duchesne).

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CÉRINTHE. 3L

du reste, le récit de la conception virginale; pour lui, Jésus n'était qu'un homme sur lequel, au moment du baptême, était descendu un être divin, appelé le Christ, qui Tavait abandonné avant la passion; après la résurrection, Jésus-Christ devait établir le royaume de Dieu sur terre et enivrer tous les hommes de voluptés sensuelles. — Les « Ebionites esséniens i> (ou gnostiques) se servaient d'un Evangile des XII Apôtres apparenté à l'Evangile des Cérinthiens ; mais ils condamnaient les sacrifices sanglants et l'usage de la viande ; ils pratiquaient l'ascétisme; ils rejetaient le Pentateuque et les Prophètes et prétendaient restaurer dans sa pureté primitive l'œuvre d'Adam, de Moïse et de Jésus, — trois incarnations d'un même ange — diversement, mais également défigurée par les Patriarches, par Israël et par l'Eglise. Un roman historique racontait les aventures de Clément de Rome en quête de la vérité : il leur servait à propager leur doctrine (les Homélies Clémentines^. — Les Sampséens, ou Elcésaïtes, rejetaient à la fois les Prophètes et les Apôtres ; ils interprétaient deux Apocalypses rédigées par leurs fondateurs, contemporains de Cérinthe et de l'empereur Trajan (98- 1 17), Elxaï et lexeos ; ils accouplaient au Christ un être femelle, le Saint-Esprit* ; ils usaient de formules magiques et de pratiques astrologiques*.

.. I . Dans les langues sémitiques, le mot esprit est du genre féminin.

a. Cf. notre saint Irénée [Bloud], livre I, § 7. Parmi les

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