LE GNOSTICISME CHRÉTIEN
Mais ni la Gnose juive, ni la Gnose judéo-chrétienne ne se sont épanouies avec autant de puissance que la gnose chrétienne. Son plus ancien docteur est un contemporain du Christ et des Apôtres, Simon le Magicien, originaire de Giddon, en Samarie*. Il veut acheter (Actes, VIII, 9 sq) à saint Pierre le pouvoir de conférer le Saint-Esprit et de faire les mêmes miracles que le diacre Philippe ; rejeté avec dédain, il imagine alors d'imiter Jésus et de se présenter au monde comme Dieu, le Dieu suprême : Hélène sa compagne, ses disciples Cleobios et Dosithée, son successeur Ménandre d'Antioche répandent la même fable. De Dieu est émanée la Pensée (Ennoia) et de celle-ci d'autres esprits, les Anges, qui gouvernent le monde. Mais les Anges ne savent pas diriger la création ; poussés par Forgueil, ils exilent la Pensée, mère de toutes choses, et la Pensée devient tour à tour la brebis perdue de TEvangiie (Mt. XVIII, 12), Hélène la femme de Ménélas, Hélène la femme de Simon. Dieu doit donc s'incarner pour punir les Anges, sauver le monde et la Pensée ; et il s'incarne, en eflfet : comme Fils, c'est Jésus qui a souffert chez les Juifs une mort apparente ; comme Père, c'est Simon qui a évangélisé la Samarie ; comme Saintautres groupes de gnostiques judëo-chrétiens, il yen eut sans doute qui mirent en relief le rôle de Jean-Baptiste et Timportance d'un ëon Sophia (cf. la Sophia de Basilide, TEunoîa de Simon; le mot sophia ne se lit pas dans le 4' évangile).