‹ Sainte IrénéeChapitre 52 sur 174 · IRÉNÉE ET PAPIAS · texte numérisé non relu

IRÉNÉE ET PAPIAS

crédulité était sans bornes : d'après lui, Judas Barsabba avalait du poison comme un breuvage ordinaire ; Judas Iscariote, au lieu de se pendre comme il est dit dans l'Évangile, aurait vu son corps enfler tellement, qu'il ne pouvait plus passer dans les rues ; le Christ devait, à la consommation des siècles, régner mille ans sur la terre : à cette époque bienheureuse, les vignes auraient loooo branches, chaque branche loooo rameaux, chaque rameau loooo grappes, chaque grappe i o ooo grains et, de chaque grain, on tirerait 25 métrètes de vin, etc. Le tout était présenté par Papias comme tradition des propres disciples du Sauveur, soit des douze Apôtres, comme Philippe, Jean ou Thomas, soit de ses simples auditeurs, tels Aristion ou Jean le Presbytre. — C'est ce livre où puisa Irénée* afin d'enrichir, s'il le pouvait, sa connaissance de la doctrine et des miracles de Jésus. Il est à croire qu'il sut choisir, mieux que Papias lui-même : c'est tout au plus si nous trouvons chez lui deux ou trois histoires* qui rappellent, par leur couleur, la légende de Judas Iscariote.

1. Il ne le cite, du reste, qu'une seule fois (V, 33, 4- — I2i4). — Les fragments de Papias ont été réunis par Preuschen, op, cit., 54-63.

2. L'histoire des vignes à loooo branches (V, 33, 3. — I2i3); l'assurance que le Christ aurait atteint 5o ans (II, aa, 5. 785); l'histoire de la statue de sel de Sodome {IV, 3i. 1068-70), n'était peut-être pas dans Papias.

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Mais Irénée n^était pas seulement soucieux d'apprendre les traditions orales qui se rattachaient aux Apôtres et 9i\x\presbjrtres : moins exclusif que Papias, pour qui on ne peut a tirer des livres autant de profit que de la parole vivante », il demandait aux Iwres de vérifier, de compléter, d'éclairer ces traditions parfois éti^anges. Il n'y a pas à en douter : Irénée fut un grand liseur; sa culture intellectuelle fut aussi étendue* qu'elle était forte. Et c'est une nouvelle raison de voir en lui le représentant le plus autorisé du Christianisme au lendemain de la mort des Apôtres.

La littérature biblique et la littérature grecque ont formé son esprit. Avec lui commence cette chaîne de penseurs illustres qui se sont assimilé la Bible au point qu'on peut dire en toute vérité qu'ils se la sont « convertie en sang et nourriture ». Irénée connaît les deux Testaments, comme saint Paul connaît l'Ancien; c'est par la Bible qu'il pense, à travers la Bible qu'il sent: toute idée, toute image qui naît en lui semble d'abord éveiller tout un monde de souvenirs qui viennent directement de la Bible. Le nombre des citations bibliques qui se rencontrent dans ses œuvres est très considérable ; et l'on s'aperçoit que les écrits de saint Paul et de saint Jean lui

I. Tertullien Tappelle « explorateur très curieux de toutes les doctrines». (Adv. Valentin. 5. — P. L. a, 548).

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