‹ Sainte IrénéeChapitre 7 sur 174 · LES ESCLAVES · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES

ses affaires, il s'y sentait vivre, et, quand venait la nuit, il ne regagnait qu'à regret sa maison. Les gladiateurs qui s^égorgaient, les courtisanes qui s'exhibaient ne lui procuraient-elles pas tout un jeu de sensations très vives ?

Au-dessous de ces citoyens, un peuple d'esclaves et de travailleurs : ce sont les fondements de l'édifice social. Leur labeur supporte les privilèges de ceux qui jouissent. A la campagne, les esclaves exploitent les grands domaines; chaque domaine [fundus) est un monde complet, peuplé non seulement de laboureurs, de vignerons et de bergers, mais aussi de charrons, de menuisiers, de bouchers, de meuniers, etc.; les petits propriétaires conservent encore leur autonomie. A la ville, les artisans sont groupés en corporations (collegia) afin de se soutenir dans les difficultés de la vie et, tout particulièrement, afin de se procurer une sépulture décente: l'État les tolère, parfois les favorise. Les marchands et les industriels qui dirigent tout ce peuple travailleur, s'associent à leur tour, quelquefois du moins. Les relations sont très actives entre les diverses parties de l'empire rapprochées par la mer et par les grandes vallées fluviales et par les routes.

Pour comble de bonheur, de Vespasien (f 79) à Marc-Aurèle (-j- 180), à une seule exception près, les empereurs sont tous d'honnêtes gens, et qui se font une idée très haute de leurs devoirs. Tour à tour apparaissent Titus ("f 81) qui fait les délices du genre

dbyGoogk

humain, et Trajan (98-117), et Hadrien (117-138) sous lesquels l'empire atteint l'apogée de sa prospérité, et Antonin (i38-i6ï), et Marc-Aurèle (161- 180) qui laissent les noms les plus vénérés que connaisse l'histoire de Rome : ils adoucissent la législation, ils obéissent aux inspirations les plus généreuses; ils jettent sur les splendeurs de Rome et sur le bonheur du monde l'auréole de leur sagesse et de leur vertu.

Ce monde, pourtant, va périr. Et voici son humble vainqueur.

Dans une bourgade perdue de la Judée, au pays de ces hommes bizarres et méprisés que sont les Juifs, un enfant naît dans une crèche au moment oà Auguste organise l'empire. Jésus se présente à ses compatriotes comme le Messie annoncé par les Prophètes : il est venu, le temps où Dieu va venger l'opprobre de son peuple et faire régner Israël sur les nations qui depuis si longtemps l'oppriment*, tt Le temps est accompli, le règne de Dieu est proche ; convertissez-vous et croyez à la bonne nou-

I, Le royauDie d'Israël a été détruit par Sargoun II (prise de Samarie, 721), le royaume de Juda par Nabuchodonosor (6o5-588, bat. de Karkémisch; prise de Jérusalem). Dispersés dans les empires vainqueurs, les Juifs n'ont pas réussi à recouvrer leur indépendance nationale : l'œuvre des Macchabées (i66-i35) est compromise par Hyrcan II (140) et ruinée par Antipater.

dbyGoogk

Page 1