LES PROPHÉTIES BIBLIQUES
sur qui la pensée de saint Paul exerce une influence décisive, tendent à toujours rabaisser la valeur de l'Ancien Testament : Tépitre du pseudo-Bamabéi les Antithèses de Marcion marquent les étapes progressives de sa déchéance. Les autres réagissent contre ce mouvement qui menace de ruiner l'originalité du Christianisme ; mais il le font sans vigueur : saint Justin se contente de vaguement assimiler les livres de l'ancienne Alliance aux livres de la nouvelle. Saint Irénée résoud le problème capital dont l'obscurité tourmente ia conscience chrétienne ; et la double solution qu'il propose, à la suite de saint Paul, est celle dont nous vivons encore.
Irénée enseigne d'abord que V Ancien Testament est une ample prophétie annonçant d'avance l'œuvre du Christ, a C'est le même Esprit de Dieu, dit-il, et lui seul, qui a annoncé par les prophètes ce que serait la venue du Seigneur, et qui, ensuite, a exactement vérifié par les Anciens (les écrivains du Nouveau Testament) ce qu'il avait exactement prophétisé* » ; et encore : « Lisez attentivement les Ecritures : vous verrez qu'elles traitent du Christ et qu'elles préfigurent la vocation nouvelle. C'est le trésor caché dans le champ, je veux dire dans le monde...; le Christ est le trésor caché dans les Ecritures qu'annonçaient obscurément les types et
nîens, cherchant à justifier leur théorie des pneumatiques. L'intérêt que présentent les citations bibliques d 'Irénée s'est grandement accru depuis que le manuscrit du Sinaï nouYellement découvert nous a donné un autre texte du second siècle. I. III, II, 4 (950).
les paraboles. On ne pouvait les comprendre avant la réalisation des prophéties, c'est-à-dire avant la venue du Seigneur.... Lorsque les Juifs, aujourd'hui encore, lisent la Loi, ils y voient une fable, parcequ'ils n'ont Texplication de rien, ils n'admettent pas la venue du Fils de Dieu ; lorsque ce sont les Chrétiens, la Loi est le trésor enseveli dans le champ qui est révélé par la croix du Christ*. » L'histoire d'Abraham et des patriarches ne s'éclaire que par l'incarnation de Dieu : ils ont connu l'incarnation et ils en ont frémi de joie*. De même pour l'histoire de Moïse, qui a marqué le jour de la Passion du Christ et qui en a décrit le théâtre'. De même, enfin, pour les Prophètes* : lorsque Isaïe racontait les souffrances du Serviteur de Jahvé, il pensait à Jésus-Christ ainsi que l'expliquait le diacre Philippe à l'eunuque de la reine d'Ethiopie*. Irénée va jusqu'à prétendre que les actions et les regards des justes de l'ancienne Alliance sont aussi chargés de signification et révélateurs de l'avenir que leurs propres discours^. On sait comment il procède afin de justifier sa théorie : l'exégèse allégorique', qui