RÉSISTANCES DE L OPINION CHRÉTIENNE AU VERDICT ROUENNAIS
Et Jehanne la bonne Lorraine Qu Anglais brûlèrent à Rouen.
chantera bientôt Villon. Il dira, dans ces deux vers, ce que savait, ce que pensait le commun de l'opinion chrétienne. Ce sont les « barbares Anglais » qui ont fait cela, écrivait de Bruges, au lendemain du verdict, une plume vénitienne : « Dieu, selon son juste pouvoir, en tirera aux yeux de tous un très grand châtiment. » — « Les Anglais, notait le greffier de La Rochelle, firent brûler Jeanne à Rouen sur fausses accusations. » — « Les
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Anglais, consignait le chroniqueur du Mont Saint-Michel, ardi-
rent la Pucelle, qu'ils axaient achetée aux Bourguignons, o — « Les Anglais, reprenait Jean Chartier, chantre de Saint-Denis, rendirent contre elle, sans ombre de droit divin et humain, par pure haine, une sentence calomnieuse et cruelle. »
Et dans les lointains couvents de l'étranger, où d'autres chroniques s'écrivaient, les mêmes échos accusateurs retentissaient contre les Anglais : Hermann Corner, le dominicain allemand de Lubeck, Walter Bower, le moine écossais de Saint-Colomb, s'en faisaient les greffiers l. Martin Le Franc, le prévôt de la cathédrale de Lausanne, interpellant en 1440, dans son Champion des Dames, Y « adversaire au faux visage, » qui calomniait Jeanne, lui rappelait que déjà Jésus et ses « martyrs bénis » étaient « morts honteusement. »
Guère ne font tes arguments Contre la pucelle innocente Ou que, des secrets jugements De Dieu sur elle, pis on sente.
Même à Baie, où régnait durant le concile l'influence des universitaires parisiens, il ne semble pas que le jugement de Rouen ait obtenu l'ascendant d'un verdict d'Église ; voyez la page qu'écrit sur la Pucelle, dans ce couvent bâlois dont il était le supérieur, l'inquisiteur Jean Nider. Il avait lu la lettre du roi