‹ Sainte Jeanne d'ArcChapitre 32 sur 53 · Quicherat. Procès. Y, p · texte numérisé non relu

Quicherat. Procès. Y, p

miers à s'en réjouir, et bientôt ils allaient eux-mêmes cogner aux portes de ce trésor spirituel dont l'Église disposait. Car il ne leur suffisait plus qu'en 1474 l'évêque François de Brilhac eût renouvelé les générosités naguère accordées par Thibault d'Aussigni : ils faisaient une démarche officielle auprès de Jean Rolin, cardinal-évêque d'Autun, et ils obtenaient de lui, en 1482, cent autres jours d'indulgence1. C'était décidément une grande fête dans le calendrier diocésain, que celle de la délivrance d'Orléans.

Oraisons et chants liturgiques n'y faisaient pas mention de Jeanne. Quelque mémoire que l'on gardât d'elle, on avait la discrétion de ne pas lui vouer, officiellement, un culte public ; et c'était saint Aignan, surtout, qui, dans l'office, était l'objet des actions de grâces sacerdotales. Mais si l'on ne parlait pas de Jeanne, tous pensaient à elle, et l'on vit en 1483 des strophes françaises s'entremêler à la liturgie d'Eglise, pour fêter Jeanne, nommément. De temps à autre, en son long parcours, la procession faisait station : à chaque étape, des enfants de choeur, des chanoines postés sur des estrades, entonnaient l'une ou l'autre de ces strophes, que la foule reprenait. Pour les avoir versifiées, Eloi d' Amerval, qui dirigeait à Sainte-Croix la maîtrise de chant, toucha quatre écus d'or. Ces façons de liturgie populaire marquaient une grande nouveauté; c'est à Jeanne elle-même que ces strophes rendaient un hommage.

i. Quicherat, Procès, V. p. 307.

SAINTE JEANNE D'ARC 7o

Commune <VOrléansy éleve\ votre voix

En remerciant Dieu et la Vierge sacri Quand jadis, à tel jour, huitième de ce mois Regarda en pitié le peuple Orléanais Et d'elle-même chassa nos ennemis Anglais Que le duché en fut en joie délivré.

Les motets se poursuivaient, célébrant « Pucelle bergère qui pour nous guerroya par divine conduite. » Et de strophe en strophe, Eloi d'Amerval devenait si violent contre les Anglais, que lorsque Louis XII eut épousé Marie d'Angleterre, ordre fut donné, en 15 14, d'oublier ce cantique.

Mais sous ce même règne de Louis XII où les susceptibilités gouvernementales exilaient des lèvres orléanaises ces dévots couplets, l'hôtel de ville d'Orléans s'ornait d'une image de Jeanne, dressée sur l'un des piliers de la façade ' ; et la simple croix qui depuis 1456 rappelait, à l'entrée du pont, le souvenir de la Pucelle, faisait place, entre 1502 et 1508, à un monument plus imposant, représentant Jésus crucifié, et sa mère debout au pied de la croix, et de part et d'autre, prosternés et priant, Charles VII et Jeanne d'Arc2. Il paraît, si nous en croyons une légende que

1. Jarry. Un monument inconnu èlevè à Jeanne d'Arc par la ville d Orléans. (Orléans, 1893.) Lorsqu'en 1542 il fallut « remastiquer » cette statue, la municipalité convoqua, pour ce soin, François Marchand, sculpteur réputé, qui travaillait, cette année même, pour le tour du chœur de Notre-Dame de Chartres.

2. La date de la construction a été définitivement établie par M. Jarry. Mémoires de la Société archéologique et historique de V Orléanais, XXXIII, 191 1, p. 501- 5*4-

Bo SAINTE JEANNE l> AR(

recueillait en 1360 le touriste Pons Héviter, prévôt d'Arnhem, que ce monument fut érigé par les soins et aux frais des dames et jeunes filles d'Orléans1.

Savaient-elles, en l'érigeant, qu'elles ne travaillaient pas seulement pour leur ville ? Lorsque sous Henri IV le chanoine Hordal, arriére-petit-neveu de la Pucelle, voudra lui faire élever des statues dans la cathédrale de Tout, et puis à Domrémy, près du Bois-Chenu, dans la chapelle ressuscitée de l'ermitage Sainte- Marie, c'est la Jeanne d'Arc du pont d'Orléans, gravement endommagée par les calvinistes, mais soigneusement restaurée en 1570, qui servira de modèle aux « ymagiers » des Marches de l'Est2. Pour revoir la Pucelle, pour remettre ses traits sous les yeux du peuple chrétien, c'est vers Orléans que la piété lorraine regardera, et dans Orléans qu'elle s'inspirera.

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