DE COUR
Ainsi veillait Orléans sur la gloire de Jeanne; mais à Paris, après avoir ébauché le travail dont la Pucelle était sortie réhabilitée, la royauté française semblait se reposer. Certaine théorie d'origine bourguignonne, d'après laquelle la mission de Jeanne n'aurait été qu'un stratagème inventé par l'entourage de Charles VII pour réchauffer l'enthousiasme français, était ouvertement soutenue, en 1459, devant le congrès de Mantoue, par l'évêque d'Arras, Jean Jouffroy1. Mais soudainement sa voix s'intimidait, coupait court. « Comme l'on dit, continuait-il, que Charles VII porte aux nues cette Pucelle, et que du temps d'Alexandre, ainsi
1. C'est sans doute pour ménager cette conception bourguignonne que Pie II, dans ses Commentaires, après avoir formellement affirmé la mission divine de Jeanne, employait ensuite certaines formules dubitatives (voir ci-dessus, p. 66, note 1).
8i SAINTE JEANNE D'ARC
que l'écrit Cicéron, Ton ne pouvait écrire que ce qu'agréait Alexandre, je cesserai, selon l'avis de Plaute, de presser l'abcès1. » A la faveur de cette pédantesque pirouette, Jean Jouffroy sautait à d'autres sujets.
Charles VII passait encore pour s'intéresser à la Pucelle, et nous aimons augurer qu'elle ne fut pas indifférente à son petitfils Charles VIII lorsqu'il eut sous les yeux les gracieux quatrains que dans sa chronique rimée : Les Vigiles du roi Charles VII, le procureur Martial d'Auvergne consacrait à la « bergerelle, » « chose de Dieu venue » en une « saison de douleur. »
Pour cette bergerelle, Louis XII eut un regard : à l'instigation de l'amiral Louis Malet de Graville, il fit composer vers 1500, par un clerc, une histoire manuscrite de la Pucelle2.
Mais les rois ses successeurs devinrent insouciants de la gloire de Jeanne; et même, la solidarité entre l'honneur de cette bergerelle et l'honneur de leur trône paraît leur avoir échappé. Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, dans ses Instructions sur le fait de la guerre, publiées en 1 540, rendait quelque fraîcheur aux insinuations bourguignonnes : l'usage qu'avait fait Charles VII de la Pucelle lui rappelait l'histoire de la nymphe Egérie, artificieusement exploitée par Numa Pompilius. François Ier laissait dire. C'était l'époque où dans ses Annales de Flandre un prêtre de