‹ Sainte Jeanne d'ArcChapitre 42 sur 53 · Voltaire, édit. Moland, XII, p · texte numérisé non relu

Voltaire, édit. Moland, XII, p

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humain, aidait la chaire d'Orléans à humilier le déisme. De Marolles s'écriait :

a Eh quoi! nous hommes éclairés par le flambeau des sciences nouvelles, qui dans la balance du grand Newton pesons les astres mêmes ,' et sur les pas du sage Locke apercevons la pensée au sein de la nature, qui réduisons tous les dogmes aux oracles de la raison et ramenons presque tous les devoirs aux penchants de la nature, nous eussions, en conséquence de nos brillants principes, embrassé avec confiance tous les moyens qui devaient perdre la patrie et rejeté, sans balancer, la voie unique du salut que le ciel offrit à nos pères. »

On relève aussi chez plusieurs de ces orateurs, et chez de Marolles tout le premier, un curieux penchant à poursuivre sur les idées anglaises, implantées en France par la philosophie de l'époque, la victoire remportée par Jeanne sur les armées anglaises. Il leur déplaît que l'Anglais, ce vaincu du quinzième siècle, rentre chez nous par ses penseurs, par ses théoriciens politiques. Au demeurant, la chaire est à l'aise pour parler, puisque durant cette époque Londres et Paris, politiquement parlant, sont en conflit. L'abbé de Géry se réjouit que la victoire de Jeanne ait dérobé la France à « cette puissance étrange où les sujets sont indociles, où les maîtres sont impérieux, où le schisme règne. » Le prieur Soret, l'orateur de 1781, qui devait douze ans plus tard coiffer le bonnet rouge, contemple avec affectation, au delà de l'Atlantique, le nouvel « Etat républicain » que vient de fonder « le génie, la

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patience, la fermeté et le courage d'un homme aussi étonnant par

ses connaissances que par sa politique; » et la prière de Soret s'élève, à demi ironique peut-être, pour demander à Dieu d* « accorder à la nation anglaise des yeux plus clairvoyants sur ses propres intérêts, et qui la portent à ne plus fatiguer ses colons à force d'iniquités. »

La chaire orléanaise devenait une tribune d'où l'on attaquait l'Angleterre, et, aussi, les anglicisants de France. De Gérv stigmatisait la « manie avilissante » qui portait un grand nombre de Français à « copier les manières et les usages de cette nation ennemie. » Il voulait bien pardonner à l'Angleterre la « sombre mélancolie » qu'elle introduisait dans notre littérature, et concédait, même, qu'elle nous eût peut-être procuré « des lumières relatives aux sciences humaines. » Mais il ne permettait pas qu'elle « ébranlât, par les principes insensés de quelques-uns de ses écrivains, les fondements de la religion et des moeurs. » Les auditoires catholiques sur lesquels planaient ces harangues devaient garder cette impression, qu'ils avaient à continuer l'œuvre de Jeanne, en « boutant, » à leur tour, l'esprit anglais hors du sol français. Dans les luttes contre le « philpsophisme, » le souvenir de Jeanne, évoqué par la chaire orléanaise,. faisait front à ces courants d'idées auxquels les Lettres philosophiques de Voltaire avaient jadis ouvert la France.

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