‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 104 sur 142 · Ibid., c. VI, p · texte numérisé non relu

Ibid., c. VI, p

pourtant à cette époque vivait une pléiade de belles âmes, les A gnès de Bohême, les Marguerite Colonna, les Cunégonde, les Yolande, les Mathia Nazzarei. Quelle pouvait être la cause de cette prédilection, sinon l'intensité de la chanté divine qui consumait le cœur de la recluse ?

L'amour n'est pas seulement, en effet, un feu qui dévore les iniquités, c'est aussi un océan qui envahit le cœur pour en dilater les rivages à l'infini, sans lui laisser de repos. Marguerite se donne sans compter avec la fatigue; elle se donne à tous. C'est ce que nous avons admiré dans la Tertiaire de Cortone, dans la fondatrice de l'hôpital de la Miséricorde. Mais l’action n’apaise pas sa soif de dévouement ; il lui faut une autre marque d'amour, il lui faut la croix ! Car la plus haute expression de l'amour n'est pas d'agir, mais de souffrir pour l’objet aimé. Marguerite endure avec résignation, avec joie même, ce martyre à petit feu qui se compose de tous les déchirements de la vie. On ne surprend jamais chez elle ni les murmures de ces âmes qui, dans l'affliction, blasphèment contre la Providence,

ni le dégoût de ces voluptueux qui, blasés sur

tout, sans courage en face du devoir, sans espérance en face de l’avenir, laissent échapper de leurs lèvres ce cri de désespoir : « À quoi bon la vie! (1). » Chez elle, l'amour est plus fort que la douleur et lui en allège le poids. Loin de se

1. « Qu'est-ce donc que la vie, et qu'y venons-nous faire ? » (Alfred de Musset.)

plaindre, elle éprouve ces deux sentiments communs à toutesles âmes saintementpassionnées, le regret de n’avair-encore rien fait pour Celui qu'elle adore, et le vif désir de le servir d'une manière plus digne de lui.

L'Epoux immortel daigne la consoler et lui indiquer comment les signes du pur amour éclatent au milieu de ses souffrances : « N'estu pas prête à mourir pour moi? Ne mets-tu pas tes délices à :mortifier tes sens pour l'amour de moi? N'observes-tu pas la plus étroite pauvreté par amour pour Celui qui s'est fait pauvre pour toi? Ne fuis-tu pas le commerce du monde, pour m'être plus intimement unie? Quel est le supplice que tu ne subiraïis volontiers pour tan Dieu? — C'est vrai, Seigneur, reprend l'humble recluse ; mais vous me laissez dans une si grande crainte de vous offenser, que je me crois dépourvue des qualités du pur amour. — Cette crainte t'est salutaire, reprend le divin Maître : elle achève -de purifier ton âme. Souffre donc'avec courage, et mes promesses s'accompliront : tu seras couronnée de gloire là-haut (1). »

Ces protestations d'amour somt -émaillées d'une faute qui-est plus instructive pour nous que le tableau de ses vertus, parce qu'elle peint au vifila servante de Dieu, ardente, maisfragile, tombant, mais rachetant par la générosité de l'expration un moment d'oubli. Elle avait fait

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