JEUNESSE DOULOUREUSE II
Jombre la jeune fille de Laviano et ces mille détails dont notre siècle est avide, pour ne s'attacher qu’à pemdre la pénitente, l'extatique, k thaumaturge de Cortone. Nous n'avons, pour suppléer à son silence, que les traditions locales, quelques paroles échappées à la Sainte et les actes de sa canonisation. C’est à ces trois sources que nous irons puiser nos renseigrmerments, trop rares, il est vrai, mais qui ne seront pourtant pas sans jeter un peu de jour sur l’enfance et la jeunesse de Marguerite.
Les archives de Pozzuolo nous apprennent qu'elle fut baptisée dans l’église paroissiale de tte bourgade, et l’on montre encore aujourd'hui les fonts où elle fut régénérée et que l’on conserva soigneusement, en souvenir de la Sainte, lors de la restauration de ce temple, vers la moitié du xvin siècle (x).
D'après Ludovic de Pelago et Mgr Liverani (2), son père, originaire d'Acquaviva, était tenancier du municipe de Pérouse et s'appelait Fancrède Barthélemy. Sa mère était une femme d’une piété sincère et d'une religion éclairée (3). On peut croire qu'à une époque où
1. Archives paroissiales de Pozzuolo. — Pozzuolo redevait alors, au temporel, du municipe de Pérouse, et au spirituel, de l'évêché de Chiusi. Lors de l'érection du siège épiscopal de Città della Pieve, il fut rattaché au Touveau diocèse. (Bulle Super universas, 7 nov. 1601.)
" 2. BEVEGNATL Dissert., 1, p. & ; et Mgr LivERANI, Déssertations sur sainte Marguerite. (Arezzo, 1878.)
3. GIUNTA BEVEGNATI, Vie de sainte Marguerite de Cortone, c. v, p. 22.
la foi régnait encore en souveraine dans une contrée que n'avaient probablement point infectée les doctrines des Fraticelles, elle ne négligea rien pour remplir les devoirs qu'imposent à toute mère digne de ce nom le cri de la nature et la voix de la religion. Former le cœur de sa fille, tremper son caractère dans les eaux vivifiantes du christianisme, et la conduire au bien en le lui faisant aimer, telle fut donc sa constante préoccupation. De bonne heure, elle habitua ses lèvres à prononcer l’adorable nom du Rédempteur, et, s’agenouillant avec elle devant un crucifix, elle lui apprit à réciter une prière où se peint la naïveté de sa foi : « Seigneur Jésus, je vous prie pour le salut de tous ceux pour qui vous désirez être prie (1).» Nature docile, vive, ardente, l'enfant buvait avec avidité la douce rosée des enseignements maternels, et, reconnaissante, elle rendait en amour ce que sa mère lui donnait en dévouement.
Années de paix, d'innocence et de joyeuse expansion qui durèrent trop peu! A sept ans, en effet, Marguerite perdit celle qui avait été l'ange tutélaire de son enfance : à sept ans, c'est-à-dire à l'âge où rien ne peut remplacer la mère, à l’âge où la raison s’éveille et où le cœur reçoit ces premières semences de vérité, ces ‘premières impressions qui décident du reste de la vie. L'orpheline était trop {jeune pour mesurer toute l'étendue de la perte qu'elle faisait ;