‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 13 sur 142 · JEUNESSE DOULOUREUSE · texte numérisé non relu

JEUNESSE DOULOUREUSE

mais l'avenir nous montrera que la vue d’un cercueil avait frappé sa jeune intelligence. I] lui restera de ce deuil une impression ineffaçable, comme il lui restera, des premières années de son enfance, de doux souvenirs que dominera la suave image de sa mère, un idéal qui se dressera constamment devant elle, et ces nobles croyances qui, un instant assoupies, se réveilleront sous le coup des tempêtes et feront sa force contre les entraînements de la chair.

Au bout de deux ans de veuvage, son père convola à de nouvelles noces. Qui ne sait que, dans les familles, ces secondes noces sont toujours une épreuve, souvent même une pierre d'achoppement, et que d'ordinaire elles apportent aux enfants du premier lit plus de froissements et de meurtrissures que de caresses et de consolations ? Pour Marguerite qui gardait à sa mère le culte du cœur, un culte de pieux souvenir et de tendre vénération, elles devinrent une source de chagrins dont le caractère jaloux, acariâätre de sa belle-mère doubla l’amertume. Cette femme, au lieu de sécher les pleurs de la pauvre orpheline, au lieu de l’adopter comme la fille de son cœur, la traita si durement dès le principe et dans la suite, que l'enfant conçut pour elle une profonde aversion.

La fille de Tancrède grandit ainsi dans le deuil du passé et les souffrances de chaque jour. Sous un cielenchanteur qui invite à l’allégresse, à un âge où tout sourit dans la nature, elle conaut la contradiction et la douleur. Il y eut pour-

tant, au milieu des tristesses de son enfance, une aurore sans nuages, une matinée bénie, toute chargée des brises du ciel :ce fut le jour où elle se nourrit pour la première fois du pain des anges et où l'évêque de Chrusi la marqua au front du signe qui la rangeait parmi les soldats du Christ (1). Sur tous ces souvenirs, suaves ou amers, que nous a conservés la tradition, l'humble pénitente se tait ; et ses biographes, imitant sa discrétion, ont hâte, comme elle, d'arriver au point culminant de sa jeunesse, à ce qui fait le sujet continuel de ses larmes : sa chute et ses égarements (2).

Vers l’âge de quinze ans, emportée par ce besoin d'affection qui est naturel au cœur de la jeune fille, Marguerite s'épancha au dehors, et sans manquer aux délicatesses d’une conscience chrétienne, elle chercha, dans la société des

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