‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 124 sur 142 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Pour celui qui a renfermé itout son bonheur dans l'étroit horizon de ce:monde, .la:mort n'est pas seulement un malheur; c'est une catastrophe irréparable où puissance, honneurs, plaisirs, tout s'effondre, tout s'engloutit dans lanuit du tombeau. Horrible nuit! L'au-délà est pire encore : car c'est l'inconnu, l'infini, un mystère plein de visions effrayantes,.en face desquelles il ne reste à l’impie quele blasphème etile désespoir.

Tout autres:sont.les destinées du juste et-de tous ceux quiiplacent résolument ileurs espérances;par delèles rivages terrestres.:Pour eux, laimort est une aurore; elle ouvre à leur âme affranchie.les partes d'une région où s’épanoui, aux clartés d’un soleil:sans dédclin:et dansil’opulence de la paix, ce qui n'était qu'en germe icibas. Leur chair refleurira ; souvent leurs assements ‘prophétisent ‘et deviennent run foyer d'action surnaturélle, un centre de grâces et de prodiges ‘qui :nous sont garants que leur âme S'abreuve aux sources mêmes deila vie.’C'est ve que nous observons dans l'histoire posfhume de:la pénitente de Cortone (1).

1. Nous :n'avons pas à prouver,icila possihilité .des miracles. Que le souverain Maître :de l’univers puisse

À peine a-t-elle rendu le dernier soupir, que les, prodiges éclatent.sur sa tombe: résurrection des morts, guérisons .nmstantanées, délivrance des captifs .ou des matelots en péril de ,mer, .#t autres. faveurs spirituelles dont l'œilkpeut.percevoir les-effets et qui, toutes, dépassent: évidemment:les forces de la nature. Îl-appartenait aux Contemporains,.aux témoins oculaires, de:soumettre ces faits à l'investigation:scientifique :et d'en certifier l'existence pour l'édification de :la postérité, .et c'est ce qu'ont fait successivement kP.-Revegnati, le cardinal Orsini, légat apostolique (1308), les: évêques et les.médecins chargés :de l'enquête juridique (1). Mais il était réservé au Saint-Siège de prononcer :sur ‘la nature: de la cause, c'est-à-dire sur la réalité du surnaturel divin; et il a, en:effet, dans:le procès decanonisation, porté son jugement sur .quelues-unes .des ‘opérations transcendantes soumises à son examen. Relater toutes ‘ces :interventions de la puissance divine serait long et monotone; nous préférons choisir les plus frap- Pantes, pour:en composer un bouquet mystique

intervenir dans son empire, n'est-ce pas là, après tout, Une ‘question de bon sens ? Et le philosophe de Genève Akrttil pas mille fois raison de:dire : «: Dieu .peut:il faire des miracles, c'est-à-dire peut-il déroger aux lois qu'il. a étäblies ? Cette question sérieusement faite serait impie, Si elle n'était absurde.-Ge serait faire ‘trop d'honneur'à Celui qui la résoudrait. négativement que.de:le ;punir sil faudrait l'enfermer. Mais aussi quel homme a jamais douté que Dieu püt faire des miracles ?» (J.-J. Rousseau, J lettre de la Montagne.) 1. BEVEGNATI, c. XII. — Act. canoniz.

que nous déposerons sur l'autel de la Sainte. Les habitants de Cortone avaient adopté pour concitoyenne l’exilée de Laviano; après sa mort, ils l’honorèrent d’un culte spécial de confiance et d'invocation : ils eurent la première part, et aussi la plus considérable, à ses bienfaits, et l’un de ses historiens affirme que la bienheureuse Marguerite manifesta encore plus d'empressement à les protéger et à les secourir, qu'ils n’en déployaient à l’invoquer dans leurs besoins, « semblable à une mère pleine de tendresse qui rend à ses enfants beaucoup plus de caresses qu'elle n’en reçoit (1) ». Ici, c'est un enfant de cinq ans, nommé Barthélemy, qui est saisi et broyé par la roue d'un moulin ; la mère éplorée, mais pleine de cette foi qui transporte les montagnes, fait vœu de se rendre en pèlerinage au tombeau de la Sainte, et l'enfant se relève aussitôt, parfaitement guéri et ne portant aucune trace de fracture (2). Là, c’est unrobustemontagnard qu'emporte en peu dejours un mal implacable et qu'on a déjà déposé sur le brancard funéraire, lorsque sa mère, se rappelant la résurrection du fils dela veuve de Naïm, implore le même miracle par l’intercession de la vénérable pénitente. Sa prière est exaucée sur-le-champ, et le jeune homme, rendu à la vie, déclare hautement qu’il doit sa guérison au crédit dont la Bienheureuse jouit auprès de Dieu (3).

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