I. Act. canoniz
2. Attentif à nous transmettre les confidences de sa pénitente, Bevegnati se préoccupe peu des dates. De à l'extrême difficulté, pour les historiens de la Sainte, de dresser une chronologie d’une rigoureuse exactitude. Comprenant toute l'importance de ce côté de l'histoire, nous avons estimé que le mieux, dans le cas, était d'adopter, conformément aux règles de la saine critique, les dates qui cadrent avec les événements et dont voici les principales : rapt de Marguerite, 1264; sa conversion, 1273; son entrée dans le Tiers-Ordre, 1276. Nul doute sur le jour et l’année de sa mort, le 22 février 1297, après vingt-trois ans d'héroïque pénitence. |
jeunes filles de son âge et les bruyantes réuions, le bonheur que lui refusait le foyer pater- 2el. Elle s’y lança avec d'autant plus d’ardeur qu'à part la fortune, la nature l'avait dotée de tout ce qui plait dans le monde ; une taille élégante, des traits réguliers s’accusant sous une chevelure d’ébène, une intelligence vive,un cœur ardent. Au rapport de tous ses historiens, elle était belle comme un camée antique, unissant à ka finesse du profil italien cette fraicheur et cet éclat qui ont le pouvoir de séduire le cœur de l'homme. A voir sa démarche et son air distingué, on l'eût prise pour une fille de roi plutôt que pour la fille d'un paysan. Ces avantages extérieurs devaient provoquer des convoitises et lui créer des périls que la candeur de son âge nesoupçonnait pas. Insoucianteet rieuse comme on l'est à cet âge, elle ne songeait qu'à s'amuser età plaire. Il eût fallu, dans ce moment redoutable, la direction de l'expérience et de l’affection maternelles ; mais la mère de Marguerite n'était plus là, et la marâtre qui tenait sa place 'avait rien de ce qui est nécessaire, en pareille circonstance, pour faire accepter les conseils austères. Ainsi abandonnée à elle-même, la fille de Tancrède ouvrait sa voile à tous les vents et la laissait courir sans défiance à travers les flots d’un océan fécond en naufrages. Elle venait d'entrer, pensons-nous, dans son dix-septième printemps, lorsqu'elle rencontra sur son chemin un gentilhomme de Montepulciano, seigneur de Valiamo et de la villa Pa-
lazzi (1). Ce gentilhomme, ébloui, fasciné par la beauté de son visage, s’éprit d'elle, lui assigna un rendez-vous et, lui offrant des joyaux (sans doute un collier de perles fines, parure préférée encore aujourd'hui des femmes de la Toscane), la pressa de le suivre. Elle s’y refusa tout d'abord, prétextant la différence des rangs et de la fortune. Le chevalier répliqua que sa beauté lui tenait lieu de dot, et lui promit de l'épouser. Elle crut à une promesse qui n'était qu'un piège, et, sans réfléchir aux conséquences de l’acte qu’elle posait, se félicitant peut-être d'échapper par là à l’odieuse tutelle d'une marûtre, elle suivit le gentilhomme jusqu’à la villa Palazzi (2).
Le ravisseur, de son côté, avisait au moyen de franchir le plus secrètement et le plus tôt possible, avec celle dont il voulait faire sa victime, les douze milles qui le séparaient de Montepulciano, place forte dont les hautes murailles et les tours crénelées le mettraient à l'abri d'un coup de main et des poursuites de la famille. Les marécages de la Chiana, qui n'était pas endiguée comme aujourd'hui, opposaient un obstacle presque insurmontable à ce voyage nocturne. Mais la passion ne réfléchit pas. « Le jeune homme, écrit un des historiens de la
I. La villa Palazzi est située à un mille de Pozzuolo : Valiano est une grosse bourgade qu'on rencontre à une lieue environ de cette ville, en remontant le cours de la Chiana.