I. Sap., C. IV, I
temps plus calamiteux, comme un avertissement solennel pour ce xviri* siècle qui devait successivement acclamer Voltaire et Marat, la débauche de l'esprit et celle du sang, elle ne sortit des ombres qui l’enveloppaient qu'à partir du xvi° siècle. Léon X approuva le culte immémorial rendu à la pénitente de la Toscane, permit d'exposer ses reliques à la vénération des peuples, et autorisa la célébration de sa fête dans tout le diocèse de Cortone(1); Urbain VIII étendit ce privilège àtoutl’Ordre de Saint-François (2), Clément IX inséra le nom de la Bienheureuse au martyrologe romain, enfin il fut donné au pape Benoît XIII de terminer la cause.
Ce fut le 16 mai 1728, à la messe du dimanche de la Pentecôte, qu'il promulgua le décret de canonisation. Il ævait choisi tout exprès cette solennité pour rehausser l'éclat de la cérémonie. La basilique de Saint-Pierre, toute décorée de l'image de la Sainte, de médaillons représentant ses miracles, et des armes de Cortone alternant avec celles du Souverain Pontife, était parée comme une reine. À dix heures du matin, ses vastes nefs étaient envahies par des flots de peuple, et le Pape y pénétrait porté sur la sedia gestatoria, précédé de sa cour, des généraux de l'Ordre de Saint-François, des deux re-
1. Bulle Regimini universalis Ecclesiæ, du 6 février 1515. (BEVEGNATI, Dissert., p. 182.) 2. Bulle Cœlestis aquæ, du 13 décembre 1623. (/bid.,
présentants de Cortone, Nicolas Pancrazzi et Joseph Tomasi, et entouré de sa garde suisse. Après le chant du Veni Creator, il exposa en ” termes émus quelle était la cause présentée au jugement du Saint-Siège. Rien de touchant comme le parallèle qu'il établit entre la Madeleine de l'Évangile et celle de l'Ordre séraphique :
« Notre illustre prédécesseur, le pape saint Grégoire, prêchant sur la conversion de Marie- Madeleine, estimait que c’est un sujet où les larmes conviendraient mieux que les discours. Il n’avait pas de termes pour exalter le courage de la pécheresse venant se prosterner aux genoux de l’'Homme-Dieu, et la miséricorde du Messie accueillant avec une tendresse ineffable celle que repoussaient les Pharisiens. Ce qu'il admirait dans les pages de l'Evangile, nous l'admirons dans des temps plus rapprochés de nous. Marguerite de Cortone est une autre Marie-Madeleine. Même chute et mêmes désordres; mêmes prodiges de la grâce, qui attire l'une et l’autre aux pieds du Sauveur; mêmes larmes d'amour et même sentence de pardon. »
Le Docteur infaillible, debout, mitre en tête, prononça ensuite ces paroles solennelles : « A l'honneur de l’adorable et indivisible Trinité, et pour l’exaltation de la foi catholique, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la nôtre, après mûres délibérations accompagnées de longues prières, de l'avis et du consentement
unanime de nos frèresles Cardinaux de la sainte- Église romaine, des Patnarches, arckievéques et évêques, rassemblés dans la basilique Vaticane, attendu que la sainteté des:mœurs, l'inté-grité de la foi et l'excellence des miracles de la: bienheureuse Marguerite sont. des: faits no—
toires, nousl'inscrivons au cataloguedes Saints.
et fixons sa fête au 22 février (1).»
A. ce moment, les trompettes d'argent reten-
tirent sous les voûtes de:læ basilique ; le‘bour-
don de Saint-Pierre s’ébranla; des salves: d'arttillerie partirent du château de Saint-Ange. En. même:temps, le. Pape, déposant læ mitre,. en-. tonnait le Te Deum, que continuaient les:
cardinaux. et. l'assistance, alternant avec. les chantres de l& chapelle:pontificale.
L'hymne de saint: Ambroise. fini; l'auguste vieillard monta à l'autel pour offrir à Dieu la: Victime: sans. tache. Pendant la: messe, un chœur de voix harmonieuses: chantait : « Dès. que la grâce eut éclairé les profondeurs de son âme, la Madeleine de l'Ordre Séraphique se:
repentit. Beaucoup de péchés lui ont. été pardonnés, parce qu'elle a beaucoup armé.» Ur.
autre chœur répondait : «Je suis: à mon Bienaimé ; iks'est tourné vers moi. J'ai:trouvé: Celui. que j'aime; je le possède, jene le kaisserai point: aller (2).> Après laimesse;.le: Pasteur suprême. ouvrit les: trésors de l'Église: et aecorda l'indul-
1. Bulle Sanctitate et doctrina, du 27 mai 1728, apud BEVEGNATI, Dissert:, p. 186.