‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 139 sur 142 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

C'est d'un vœu émis par une population ternifiée, qu'est née l'église actuelle de Sainte-Marguerite de Cortone.

En 1855, le choléra, cette peste noire des temps modernes, s'était abattu sur les grandes villes de la Péninsule, promenant partout la désolation et la mort. Il gagna Cortone, et, dans l'espace de quelques mois, y moissonna mille victimes, c'est-à-dire le tiers des habitants, sans que la science, déroutée, pût conjurer le mal. Devant les tombes entr'ouvertes, la foi des Cortonais se réveilla. Ils se ressouvinrent qu'ils étaient au pied de la colline d'où étart descendu tant de fois sur leurs aïeux, dans les jours de détresse, le secours imploré. Ils y montéèrent . donc, magistrats en tête, dans l'attitude qui convient aux suppliants. Il n'y avait pas de larmes dans leurs yeux ; leur douleur était trop profonde! Mais leur prière était fervente, et leur cœur plem de confiance. Prosternés sur les dalles de l'oratoire, nu et délabré, de leur patronne séculaire, ils la conjuraient d'écarter le terrible fléau, et prenaient l'engagement, s'ils étaient exaucés, de lui élever un autre temple,

plus riche et plus vaste, qui perpétuerait le souvenir de cette insigne faveur. Il y a, dans la prière de tout un peuple, une puissance qui ébranle les fondements des montagnes et qui retient la foudre dans les mains de Dieu. Le cri d’affliction et d'espérance parti du mont Saint- Gilles fut entendu; car, au même moment, l'ange de la destruction s’arrétait, remettant le glaive au fourreau sans plus frapper personne.

Fallait-il donc ne voir dans cette coïncidence, si précise, entre les ardentes supplications d’une cité en deuil et la subite disparition de l’épidémie, qu'un des jeux du hasard? Les Cortonais ne le crurent pas, et remontant à une cause intelligente, à une cause supérieure, ils attribuèrent, sans hésitation ni respect humain, à la bonté de Dieu et à la médiation de sainte Marguerite, une délivrance où l'art, la science et le génie de l'homme n'entraient absolument pour rien.

Ils ne se montrèrent point ingrats. Une commission composée des noms les plus illustres, les Bourbon di Petrella, les Pancrazzi, les Corrazzi, se forma immédiatement sous la présidence de l'évêque de Cortone, et, chaudement soutenue par les supérieurs généraux de l'Ordre, elle se mit en demeure d'accomplir le vœu de la reconnaissance. Par malheur, le zèle des nobles patriciens fut contrarié par des événements plus douloureux les uns que les autres, tremblements de terre, invasion des bandes de Garibaldi, effondrement des anciens duchés et

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royaumes de la Péninsule, et prise de Rome.

Ce n'est qu’en 1873, sur l'initiative de l’évêque actuel de Cortone, Mgr Laparelli Piti, qu’on put reprendre les travaux. Deux vaillants serviteurs de sainte Marguerite, deux infatigables propagateurs de son culte, le P. Marie de Brest (Mgr Potron, évêque de Jéricho), de l'Ordre des Franciscains, et le P. Antonin Fioresi, des Ecoles Pies de Florence, se firent les apôtres de cette entreprise. Encouragés et bénis parPieIX, ils eurent enfin le bonheur de voir leurs efforts couronnés d’un plein succès ; le 13 octobre 1877, l’édifice construit avec l'or de l'Italie, de la France et de la Belgique, était livré au culte; et le 8 septembre de l’année suivante, Mgr Laparelli en faisait la consécration solennelle.

A vec le nouveau sanctuaire, le pèlerinage reprenait une vie nouvelle. D'illustres visiteurs accouraient de Rome, de Florence et de Paris, mûs par le même sentiment de dévotion envers la Madeleine de l'Ordre séraphique. En 1885, toute la cité cortonaise était à genoux sur la montagne, se répandant en actions de grâces et se reconnaissant redevable à sainte Marguerite d’avoir été épargnée par le fléau qui dépeuplait de nouveau les côtes de l’Adriatique.

Le mont Saint-Gilles et le val de la Chiana sont le terroir propre du culte de sainte Marguerite. C'est là qu'il est né; là que, semblable au palmier planté au bord des eaux, il donnases premiers fruits et versa l'arome de ses premiers parfums ; c'est de là qu'il étendit au loin,

sur tout l'Ordre de Saint-François, sesrameaux et son ombrage protecteur. Aujourd'hui, après avoir longtemps fleuri dans la Toscane et dans la solitude des cloîtres franciscains, 1l commence à s'épanouir dans les deux hémisphères. Déjà des milliers de voix en France, en Belgique, en Hollande, au Canada, chantent les louanges de la Bienheureuse ou réclament le secours de sa protection ; et à ces hommages ou à ces invocations suppliantes correspondent d'innombrables bienfaits, qui attestent que les richesses dont elle est la dispensatrice ne sont point épuisées.

Ainsi se réalise la promesse que le Dieu des miséricordes avait faite à sa servante : « Je bénirai tout spécialement tous ceux qui t’aimeront, tous ceux qui t'invoqueront (1), et dans beaucoup de contrées tu seras la lumière des . pécheurs (2). » |

Chacun des élus a son don particulier. On s'adresse à saint François d'Assise pour obteair l'esprit de pénitence et la ferveur ; à saint Antoine de Padoue, pour retrouver les objets perdus. Il semble que le privilège accordé à la pénitente de Cortone soit d'exercer toujours son empire sur les maladies du corps ou de l'âme qu'elle aimait à soigner durant les jours de son pèlerinage terrestre : les pécheurs etles Jeunes mères ont évidemment ses prédilections.

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