‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 21 sur 142 · BEVEGNATI, C. 1, p · texte numérisé non relu

BEVEGNATI, C. 1, p

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rir à pied, elle s'engage à l'instant même dans la route montueuse qui mène à Cortone.

Cette scène du jardin, avec les immprécations de à belle-mère, la douleur morne du père, les sanglots de la pauvre expulsée, les perfides suggestions de l'esprit de ténèbres et la généreuse détermination de Marguerite, cette scène, unique dans l'histoire, est en même temps une des plus nstructives que présentent les fastes hagiographiques. Il ne s’en dégage pas seulement une grande leçon démontrant, par une douloureuse expérience, comment l'entraînement des passions conduit au crime, et le crime au malheur; H en jaïllit aussi une vive lumière pour lescœurs déchus, devant qui elle fait luire une suprême espérance, celle des divins pardons.

La voix avait désigné Cortone. Pourquoi le choix de cœtte ville ? Les chroniques du temps nous aideront à répondre à cette question.

Cortone est une antique et très pittoresque cité qui s'étage à mi-côte sur les flancs du mont Saint-Gilles, un des contreforts de l’Apennin toscan. Dans l'antiquité, elle avait tenu une place importante dans l'histoire de la Péninsule ; après la conquête des Romains, elle était devenue plus d’une fois le siège du gouvernement de l’Etrurie. À l’époque qui nous occupe, république oligarchique indépendante, elle avait une administration autonome: un podestat

électif, ministre de la justice, un prieur, ministre des grâces, une chambre haute, composée de vingt gentilshommes, et un grand conseil, formé de cent citoyens (1). Son académie, l’aca- . démie étrusque, lui donnait un certain relief.

Quoiqu'elle ne renfermât dans l'enceinte de ses remparts que de six à sept mille habitants, elle se montrait fière d’une liberté qui lui était sans cesse disputée, non par l'Empereur, dont la suzeraineté, fondée sur la force, était plus nominale que réelle, mais par Arezzo, sa voisine. En 1258, les Arétins, ayant des intelligences dans la ville, s’en emparèrent par surprise, saccagèrent ses édifices et démolirent ses remparts. Sept cents habitants, proscrits par les vainqueurs, durent abandonner leur patrie et allèrent sous la conduite d’un de leurs chefs, Hugues Casali, se réfugier à Castiglione del Lago, dans le comté de Pérouse. Caractère chevaleresque, cœur loyal égaré dans les rangs de la ligue antipatriotique, Casali était un des plus habiles capitaines du parti gibelin. Son épée ne resta pas longtemps au fourreau ; comme le sang coulait constamment sur un point ou sur l’autre de la Péninsule, les événements ne tardèrent pas à lui fournir l’occasion de prendre sa revanche.

Manfred, un des bâtards de Frédéric IL, venait

1. Ludovic DE PELAGO, manuscrit du couvent de Sainte-Marguerite de Cortone, fol. 222; et C. CANTU, Hist. univ., t. XI, p. 240. — En 1249, Frédéric II avait réussi à installer à Cortone un podestat de son choix.

de monter sur le trône de Sicile et faisait appel à tous les partisans de l'Empire pour conserver une couronne acquise au prix du crime et de l'injustice. Les imputations les plus graves pesaient sur lui : on l’accusait publiquement de s'être frayé le chemin du pouvoir par l'assassinat, d'avoir étouffé son père, empoisonné Conrad, son frère, et dépouillé de ses droits Conraradin, le fils unique du dernier roi. Ces rumeurs parvinrent jusqu'aux oreilles de Casali; mais peut-être refusa-t-il, comme il arrive facilement aux âmes honnêtes, de croire à une si révoltante perversité, ou se laissa-t-il circonvenir par les fallacieuses promesses de l’usurpateur. Quoi qu'il en soit, il se rendit à la cour du prince allemand, qui n'eut garde de refuser les services d'un si vaillant capitaine (1).

Dans le même temps, les Guelfes de Florence faisaient une levée de boucliers, dans le but d'abattre la puissance des Gibelins, et dirigeaient tous leurs efforts contre Sienne, centre du parti impérial dans la Toscane. Les Siennois, sentant leur infériorité, implorèrent en toute hâte le secours du roi de Sicile. Environné d'ennemis de toutes parts, Manfred se contenta de leur envoyer quelques bataillons d'infanterie, soutenus par huit cents chevaux. C'était peu; mais ils étaient commandés par un de ces héros dont le nom seul vaut une armée. Nous venons de prononcer le nom de ce héros : c'est Hugues

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