BEVEGNATI, C. I, p
rues : « La voilà, cette infâme pécheresse qui, par sa vanité, son orgueil et ses scandales, a perdu tant d’âmes dans cette ville! >» — « Alors, ajoutait l'humble pénitente, je passerai pour une insensée aux yeux de ceux dont je mendiais autrefois les applaudissements, et je serai justement saturée d'opprobres pour l’amour du Christ, moi qui suis la plus indigne de ses créatures. » Le P. Giunta, à qui elle s'ouvrit de ce projet, ne put s'empêcher d'admirer son courage; mais sachant que la ferveur des commençants a besoin d'être tempérée par la discrétion, autant que d'être protégée contre le retour des penchants mauvais, il lui interdit ce voyage. « Dieu vous tiendra compte de votre bonne volonté, lui dit-il, et vous aurez, en restant, le mérite de l’obéissance (1). »
Toujours prête à sacrifier ses désirs à la volonté de Dieu manifestée par la voix de son directeur, Marguerite se soumit; mais elle demanda au moins l'autorisation de faire amende honorable de ses égarements en présence de ses compatriotes : faveur qui, cette fois, lui fut accordée. Le dimanche suivant, elle descendit à Laviano et se dirigea immédiatement vers l'église, où les fidèles étaient assemblés. Après la messe, elle se jeta, la corde au cou, en présence de la foule étonnée, aux genoux d’une noble dame, nommée Manentessa, dont elle avait autrefois méprisé les sages conseils, et