‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 39 sur 142 · Voir notre Vie de saint François d'Assise, p · texte numérisé non relu

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heures délicieuses de Montepulciano et des privations de sa vie présente. Puis, lui représentant les périls du sentier bordé de précipices où elle s’engageait, il ajouta : « Que fais-tu là, dans ce misérable réduit? Crois-moi, n'aspire pas à monter si haut; renonce à ces grâces de choix qu'on n’acquiert qu'avec peine et qu’on ne garde qu'avec crainte. Mieux vaut pour toi suivre la voie commune, à l'exemple des autres Tertiaires. Il suffit que tu sois du monde des élus. Que fais-tu donc ici, et pourquoi y perds-tu ton corps et ton âme? — Tais-toi, répliqua sans se troubler la servante de Dieu. Dis-moi, vil séducteur, que te doit la race humaine? Tu ne l'as pas créée, tu ne l’as pas rachetée; tu n'es acharné qu'à sa perte! Dieu seul a des titres à notre amour : lui seul est notre Créateur et notre Rédempteur, lui gouverne tout, lui seul glorifie et récompense ses fidèles serviteurs. Avec toi l'on se damne; avec mon Jésus on se sauve. Seul il est mon légitime et souverain Maître; il m'a enseigné les lois de la pénitence; ilm'a promis, si je persévère dans cette voie, une gloire impérissable. Mon choix est fait.

Va-t'en. » À ces mots, le tentateur s'enfuit, honteusement battu.

Il ne tarda pas à revenir, cette fois avec un visage triste et abattu. « Malheureux que je suis! soupira-t-il d’un ton désespéré. Comment Pourrai-je soutenir le regard irrité de mon maître, moi qui ai été vaincu par une femme?» Puis, changeant subitement de physionomie.

il se mit à fredonner, en riant et en dansant, des chansons lascives, entremélées de blasphèmes, et pressa la Sainte de les répéter après lui (1).

Le pilote, assailli par la tempête, tient d'une main plus ferme la barre du gouvernail; Marguerite, tourmentée par l'esprit impur, redoubla de vigilance sur les mouvements vagabonds de ses yeux et de son imagination. Voyant que la séduction n'avait plus de prise sur elle, l'ange de ténèbres tourna ses batteries d'un autre côté. Il tenta de l'effrayer. Il prenait tour à tour la forme d’un taureau furieux et celle d’un horrible dragon, vomissant des torrents de flammes, fouillant le sein de la terre pour montrer à Marguerite le trône de feu sur lequel elle serait éternellement assise, et lui répétant sans interruption, avec un ricanement infernal : « Tu es damnée! tu es damnée! tut'es suicidée! » Une nuit, il alla jusqu’à la menacer de la traîner par les cheveux, hors de sa cellule, si elle n’en sortait ; et en même temps le dragon, sifflant, s’agitant, semblait prêt à s’élancer sur elle. Fatiguée de ses obsessions, elle saisit un tison enflammé et voulut le chasser : il ne recula pas. Alors elle invoqua l'adorable Trinité, fit le signe de la croix, et le monstre s’évanouit, comme s’il eût été frappé de la foudre. Mais en partant, il lui lança au visage une telle quantité de venin, qu'elle en eut les yeux malades pendant plus d’une heure (2).

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