BEVEGNATI, C. V, p
qu'on fasse appel aux principes de la vraie philosophie, aux règles de la saine logique et du bon sens, le doute n’est pas possible.
Cette vérité, qu’il y a des esprits malfaisants, acharnés à la perte de l'humanité et se manifestant quelquefois sous des formes tangibles, s'impose depuis soixante siècles aux croyances de l'humanité; et les savants de nos jours sont bien mal venus à la répudier, eux qui se trouvent constamment en face de problèmes analogues, qu'ils s'efforcent en vain de résoudre : tables tournantes, évocation des esprits, seconde vue des médiums!
Quant à la réalité des apparitions dont il s'agit ici, on ne saurait, sans injustice, la révoquer en doute. Car comment suspecter la raison de cette pécheresse transfigurée par l'amour, qui raconte simplement ce qu'elle a vu, sans que rien, dans son récit, sente l’exaltation du fanatisme, ni les incohérences de l’hallucination? Ou comment suspecter la bonne foi de Son historien, moine austère, esprit élevé, critique uniquement soucieux de dire la vérité, ne recherchant jamais la faveur populaire, dont il n'a pas besoin?
L'authenticité des faits une fois admise, le motif et le but providentiel des manifestations Sataniques cessent bientôt, pour quiconque S'illumine des clartés de la foi, d'être une énigme Mmdéchiffrable. On y voit reluire, en traits éclatants, la sagesse infinie qui préside au gouverhèment du monde moral. Quoi de plus digne
78e SAINTE MARGUERITE DE CEORTONE
de Dieu, en effet, que de ménager à ceux quile servent le moyen de s'élever, par de généreux efforts et par des combats magnanimes, de vertu en vertu, d'héroïsme en héroïsme, et, quand il trouve en eux la fidélité à sa” grâce, de les mettre aux prises, non plus seulement avec les forces aveugles de la nature ou aves leurs propres passions, mais avec de pures intelkgences dont toutes les énergies se tournent au mal! Quoi de plus digne de hu que de faire briller aux regards de ceux qui défendent le plus vaillamment sa cause, comme prix d'une victoire plus difficile, un diadème plus glorieux! Quoi de plus avantageux enfin pour eux que cette guerre surhumaine qui, en lesfaisant pas ser par le creuset de l'épreuve, les dégage des scories de l'égoïsme et de l'orgueil, et les dispose à une union plus étroite avec Dieu, foyer mépuisable de l’'éternelle charité!
Combats terribles, th faut l'avouer, et dont l'âme abandonnée à ses propres forces ne saurait soutenir tout le poids! Maïs le Sauveur des hommes ne la délaisse jamais; et il lui remet dans les mams deux armes invincibles : le jene et la prière. C'est avec ces deux armes divinement trempées que Marguerite terrassa le démon. Grand exemple et grande leçon pour nous qui avons ke même ennemi à combattre!
Notre âme est une nacelle qu'il peut agrter, mais non faire sombrer malgré nous. La mortification en éloigne les tempêtes; la prière y rétablit le calme et la paix.