BEVEGNATI, C. IX, p. 43; et Dissert., va
resse, d'adresser des reproches à un évêque et de censurer un des oïints du Seigneur? Elle recula donc tout d'abord devant une mission qui alarmait son humilité, et ce ne fut qu'après une nouvelle apparition, qui eut lieu le 11 mai, et une sommation plus pressante, qu'elle se résigna à remplir le ministère délicat qui lui était imposé. Heureusement pour le prélat, il reconnut dans ce message l'accent de la vérité et sut y lire un avertissement du Ciel. Il se désista de ses prétentions, leva, le 17 juillet 1277, l'interdit qu'il avait jeté sur Cortone, et signa un traité de paix qui fut ratifié par la partie adverse le 23 du même mois (1). Cette réconciliation fut si agréable aux Arétins que, deux ans après (1279), ils élurent pour podestat celui qui, avec Marguerite, en avait été le principal négociateur, Hugues Casali.
Dans cette même année 1279, un conflit plus grave fournissait à la Sainte une nouvelle occasion d'exercer l'office de médiatrice, mais cette fois sans paraître ostensiblement sur la scène. Deux prétendants, l'empereur d'Allemagne et le roi de Sicile, réclamaient à la fois le droit de suzeraineté sur la Toscane, la Marche d'Ancône et la Romagne : Rodolphe de Habsbourg, au nom des privilèges afférents à la couronne impériale, et cela au mépris des engagements formels qu’il avait pris à Lausanne devant Grégoire X; et Charles d'Anjou, en vertu du libre
1. BEVEGNATI, C. IV, p. 4; C. LI, p. 17; C. IX, pp. 43 et 4; et Dissert., vil.
see et Le
choix des villes de la Toscane, qui s'étaient rangées d'elles-mêmes sous son protectorat. Vaine-
- ment le Saint-Siège protestait-il contre les pré-
tentions de l'un et de l'autre, en leur rappelant que ces trois provinces faisaient partie du patrimoine de Saint-Pierre. Déjà les chevaliers français étaient réunis à Bologne, et les soldats allemands à Forli, prêts à en venir aux mains. Toute l'Italie avait les yeux fixés sur les deux
” armées, et elle attendait avec anxiété l'issue du
conflit.
Dans cette extrémité, le P. Bevegnati, écho de la confiance publique, pria l'humble pénitente de s'interposer devant Dieu entre les deux partis. Elle le fit, et s'offrit en victime pour re-
= cevoir les coups destinés par la colère divine
aux deux nations belligérantes. Elle ne dit point si son sacrifice avait été accepté, mais la suite des événements le prouve assez. Le Souverain Pontife, qui était alors Nicolas III, réussit à
“ âpaiser le différend et à ménager une alliance
entre les deux rivaux. Il fut convenu que Charles
‘ d'Anjou renoncerait au titre de commissaire de
la Toscane et recevrait des mains de l'empereur
* l'investiture des comtés de Provence et de For-
calquier; que Rodolphe donnerait la main de Clémence, sa fille, à Charles Martel, petit-fils du roi de Sicile ; enfin que l’un et l’autre respecteraient et soutiendraient au besoin par les armes les droits du Saint-Siège (1). Immédiate-