‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 54 sur 142 · BE&VEGNAN, C. VAI, P. I · texte numérisé non relu

BE&VEGNAN, C. VAI, P. I

elle n’a plus rien, leur abandonne son voile, sa œrde, sa vaisselle, accompagnant toujours ses dons de quelques-uns de ces mots du cœur qui valent mieux que tous les secours. En plein hiver, elle fait porter sa tunique à un pauvre honteux, père de famille sans ressources, ne garde pour couvrir ses membres grelottants que son rude cilice, et prononce cette parole aussi sublime que son acte: « Pour mes frères les pauvres je domnerais tout, jusqu'à ma vie; car je les porte tous dans mon cœur (1). »

FHe aurait voulu, dans l'ardeur de son zèle, soulager toutes leurs peines et se charger ‘de toutes leurs croix (2). Elle s'efforça du moins d'en diminuer l'amertume. Les pélerins, Îles vieillards sans abri, les orphelins et les malades abandonnés attitrèrent particulièrement son attention. Elle fonda, en face de son habitation, un hospice pour les pèlerins qui existe encore aujourd'hui. Quant à ses autres protégés, plus nombreux et plus dignes encore de compassion que les premiers, elle eut l'idée d'édifier pour eux un de ces palais que la langue du moyen âge décorait excellemment du nom d'Hôtels-Dieu ; et, encouragée par le P. Bevegnati, elle se rnit à l'œuvre sans se douter que les saintes ardeurs de l'amour ui tenaient lieu de génie. Dieu lui donna grâce pour réussir. Le héros de Monteaperto, Hugues Casali, qui avait été renommé podestat de Cortone en 1270, et qu'on retrouve

1. BEVEGNATI, c. it, p. 3; ©. Vi, p. 18; et C. VIN, P. I. 2. 1bid., c. 11, p. 5.

toujours sur le chemin de ses bonnes œuvres, applaudit à ses projets et promit de les appuyer devant le Grand Conseil de toute l'influence de son autorité. Diabella lui fit présent de sa maison, de cette demeure patricienne où l’humble Tertiaire avait eu sa première extase. Marinaria Moscari et les plus opulentes familles de Cortone apportèrent à l’envi leur concours à cette œuvre, si bien qu'en l’année 1286, l'Hôtel-Dieu s'ouvrait, sous le nom d'hôpital de la Miséricorde, à toutes les infirmités humaines (1).

Grand exemple de la puissance du zèle catholique! Les princes de la finance avec tout leur or n’édifient rien ; l’égoïsme étouffe en eux la compassion! Une femme du peuple bâtit des palais, parce que la charité, oublieuse seulement de ses propres intérêts, possède le secret de donner sans mesure et de se donner ellemême.

Marguerite avait été l’inspiratrice et l'âme de l'entreprise ; elle en demeura la sœur hospitalière. Elle se fit joyeusement, spontanément, la servante des pauvres, allant quêter pour eux, ne se nourrissant que des restes de leur repas, soignant de préférence les maladies les plus rebutantes, et s'ingéniant aux grands jours de fête à préparer aux infirmes un festin plus copieux (2).

Seule, elle n'aurait pu suffire aux exigences

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