‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 63 sur 142 · Tbid., c. vi, p · texte numérisé non relu

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parés par une éclatante pénitence (1). Toujours est-il qu’à Cortone la voix de la conscience prévalut sur celle des passions, et que les deux grandes plaies de l’époque, le luxe et les discordes civiles, disparurent pour un temps. Les Guelfes tendirent publiquement la main aux Gibelins ; la simplicité chrétienne et la chasteté furent remises en honneur; la paix rentra dans les familles.

Magnifique victoire, exclusivement due à l'empire de la persuasion, et qui fait l'honneur de ces âges de foi, comme elle reste l'éternel mérite de notre héroïne; mais, il faut bien le dire, victoire peu durable, par suite du réveil des passions, et nécessairement incomplète, parce que le champ d'action de la Sainte était relativement restreint. C’est ce qu'elle comprit du reste, à la suite d’une vision qui la terrifia. C'était pendant le Carême de l’année 1288, vers la fête de saint Joseph. Le Seigneur mit à nu devant ses yeux, à côté des âmes qu'elle avait converties, les abominations de toute sorte qui souillaient la surface de la terre : la corrup- : tion des chrétiens, les dissensions des princes, la scélératesse des Juifs, et par suite ses autels abattus, son tombeau et les Lieux saints livrés aux profanations des hordes mahométanes.

« Mes ennemis, lui dit-il, sont plus nombreux

1. Gui de Montefeltro, un des principaux chefs du Parti gibelin, en est un exemple frappant. Il se convertit en 126, et finit ses jours dans les austérités de la pénitence, au couvent des Franciscains d’Ancône.

aujourd'hui qu’au jour de ma Passion, et tel est leur acharnement que si mon corps était grand comme le monde et encore passible, je serais, de la tête aux pieds, couvert de blessures (1). »

Le spectacle de tant d’horreurs, la connaissance certaine des calamités qui menaçaient la chrétienté et, plus que tout le reste, la vue de la face ensanglantée de son divin Époux, lui suggérèrent la pensée d’un sacrifice plus admirable que son apostolat, et qui n’a de supérieur que le martyre du sang. Elle s’offrit en victime expiatrice, acceptant à l'avance la lèpre, les maladies et tous les genres d'épreuves qu'il plairait à Dieu de lui envoyer. Son sacrifice fut agréé d'en haut et scellédans le sang del’Agneau immaculé. Peu de jours après la vision précédente, le 25 mars (2), immédiatement après la communion, elle vit descendre du ciel une croix lumineuse sur laquelle elle étendit ses bras, sans y être réellement attachée. « Où sont les clous pour me fixer sur cette croix ?» pensait-elle. À peine a-t-elle formulé cette demande au plus intime de son être, que l'Époux . lui apparaît, une couronne d'épines sur la tête, les mains et les pieds percés de clous, tel enfin

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