BEVEGNATI, Dissert., c. vii
prélat ! Que n’avait-il écouté, comme en 1277, les conseils dela servante de Dieu! Que n'étaitil rentré dans les voies de la politique dont elle avait cherché à lui faire goûter les avantages, Ja politique des papes, ou plutôt de | Évangile, la seule qui fût en harmonie avec ses devoirs, les circonstances et les besoins de l'Eglise!
Marguerite avait échoué à Arezzo devant l'obstination d'une injustifiable ambition; Nicolas IV ne devait pas être plus heureux dans ses négociations avec les différentes cours de l'Europe. Philippe le Bel refusait de sortir de . ses États; Rodolphe de Habsbourg, loyal et vaillant prince sur qui le pontife romain fondait de grandes espérances, était emporté par la mort (30 septembre 1291); Alphonse d’Aragon et Jacques de Sicile, marchant sur les traces de Frédéric If, concluaient en secret avec le sultan Kélaoun, le 25 avril 1290, un pacte d'alliance qui n'était qu’une infâme trahison. Seul, Edouard d'Angleterre prenait la croix (1289) et s'engageait à conduire l'expédition d'outre-mer, pendant qu'aux extrémités de l'Orient, Argon, souverain des Tartares de Perse, et Koublaï-Khan, son suzerain, promettaient de seconder ses efforts (1).
Le roi d'Angleterre fixait le départ des croisés au mois de juin 1293. C'était trop tard! Le 15 mars 1291, le sultan d'Égypte, Melek-Messor, profitant des dissensions des chrétiens, met-
1. ROHRBACHER, Hist. de l’Église, t. LXXXVI. — Cf. RAYNALD, t. IV, p. 72.
tait le siège devant Saint-Jean d’Acre (Ptolémais), et le 18 mai suivant, cette place forte, le dernier rempart de la Palestine, tombait au pouvoir du Croissant (1).
La nouvelle de cette catastrophe provoqua
un long cri de douleur dans toute l’Europe;
mais tout se borna là. En vain Nicolas IV essaya-t-il de relancer les preux de l'Occident à la délivrance des saints Lieux; en vain les pressa-t-il de voler au secours de leurs frères d'Orient et de tenter un suprême effort pour arracher au joug de l'islamisme une terre dont la conquête avait coûté à leurs pères deux siècles d'efforts gigantesques. Aucun souverain, aucun baron ne répondit à son appel. L’ère des croisades, ouverte avec Godefroy de Bouillon, s'était fermée sur la plage de Tunis avec le dernier soupir de saint Louis. La Croix reculait devant le Croissant, et l'Europe marchait à pas précipités vers une décadence dont les différentes phases se nomment la guerre de Cent Ans, le grand schisme d'Occident, la chute de Constantinople, et dont il ne faut pas chercher la cause ailleurs que dans les luttes intestines des nations chrétiennes. Du moins les souverains pontifes eurent-ils le mérite d'interposer
4 leur autorité pour essayer de mettre fin aux
funestes démélés de l'Occident et de reconquétir l'Orient à la civilisation, et les enfants du séraphique Patriarche, celui d’être les plus