Ibid
holocauste pour les coupables : « Pardon, Ô Père des miséricordes! Pardonnez à tous! Au nom de la bienheureuse Vierge Marie et des saints, rendez-leur, en échange du mal qu'ils me font, l'abondance de vos bénédictions. S'il vous faut une victime, Seigneur, prenez-moi, que les coups de votre justice tombent sur ma tête, mais que la leur soit épargnée (1). »
Le P. Bevegnati prit sa défense; il chassa la
servante infidèle, qu'il remplaça par l'incorrup-
tible et dévouée Sœur Egidia, et consola la pauvre recluse, mais sans réussir à dissiper entièrement un orage dont il allait lui-même subir le contre-coup.
Sans s'arrêter aux calomnies semées contre la voyante, les Frères Mineurs étaient, en effet, partagés en deux opinions. Les uns, s'appuyant sur ses changements de cellule et ses visions, concluaient à l'illusion ou au surnaturel diabolque; les autres, se fondant sur la sincérité de sa pénitence et l'héroïsme de ses vertus, penchaient pour le surnaturel divin. L'affaire fut portée au chapitre provincial, convoqué à Sienne en 1288, dans le but de pourvoir au remplacement de Raynald de Castiglione, décédé. Le nouveau custode, Jean de Castiglione, inquisiteur de la foi, homme d’une grande science et d'une éminente sainteté (2), ne se montra pas moins que son compatriote le protecteur de la Sainte, qu'il avait lui-même souvent éclairée