‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 82 sur 142 · ROHRBACHER, ad annum · texte numérisé non relu

ROHRBACHER, ad annum

Ou bien faudra-t-il dire que le don de soi et l'esprit de sacrifice, tout ce qu'il y a de meilleur et de plus délicat dans le cœur de l’homme, perdent leur saveur parce qu'ils se rapportent directement à Dieu?

« Vie mystique, vie inutile! » répètent à leur tour, inconsciemment, certains catholiques plus ou moins entachés de libéralisme. Nous disons inconsciemment, parce qu'ils rougiraient, nous n'en doutons pas, de se faire de propos délibéré les échos de préjugés, mensonges et calomnies entassés contre l'Eglise par ses plus déloyaux contradicteurs.

Non, la vie contemplative n’est pas une superfétation, digne tout au plus du sourire dédaigneux du philosophe. Elle est, au contraire, une grande chose, comme tout ce qui a ses racines dans l'Evangile, car elle ne vise à rien de moins qu'à l’accomplissement intégral et constant d'une des lois les plus importantes de l’ordre surnaturel : « Demandez, et vous recevrez. »

Au lieu d'en médire, que n'essayons-nous plutôt de connaître la place qu’elle occupe dans le plan dela Providence ! Cherchons. La nature a ses surprises, ses touchantes harmonies, ses richesses cachées. Pourquoi n’en serait-il pas de même de la grâce ?

Au centre des Alpes et sur les cimes les plus inaccessibles, se cachent des lacs limpides, protégés par une ceinture de rochers stériles et de glaciers éternels. 11 semble que ces régions désolées n'aient aucun rapport avec le reste de la

terre; il semble que ces ondes solitaires n'aient pas d’autre rôle à remplir que de réfléter la lumière scintillante des étoiles ou les feux du soleil qui s’y mire silencieusement. C’est la pensée qui monte naturellement à l'esprit du touriste assez hardi pour s’aventurer sur ces âpres sommets. Il change d'avis lorsque, redescendu dans la plaine, les riches vallées du Dauphiné s'ouvrent devant lui. Des torrents déchirent les flancs de la montagne et roulent avec fracas leurs eaux écumantes sur un lit rocailleux ; les sources limpides jaillissent de toute part, et l'Isère, courant entre de vertes prairies et des collines boisées, étale ces belles nappes d’eau que les feux du soleil ne sauraient tarir et qui redoublent defraîcheur et d'abondance à mesure que le soleil est plus brûlant. Le voyageur admire ; il ne s'étonne plus.

Le contemplatif est dans l’ordre moral ce que sont dans l'ordre physique ces lacs ignorés. A genoux sur sa montagne et loin des regards humains, nouveau Moïse, les bras tendus vers le ciel, il s’interpose entre les criminelles jouissances des pécheurs et les revendications de la justice divine, et se regarde comme débiteur envers tous du service de la prière et de l’expiation.

Marguerite remplissait cet office si auguste, si nécessaire de médiatrice, et elle l’étendait à tout l'univers, aux défunts aussi bien qu'aux vivants. Elle descendait d’abord dans la prison temporaire du purgatoire, dont les pauvres cap-

tifs avaient la meilleure part de ses suffrages. Elle remontait ensuite sur la terre et priaït pour l'Eglise militante. Quiconque a lu l’histoire du Patriarche d'Assise ne sera pas surpris de voir toutd’aborddanssoncœurladévotionàl’auguste personne du Pape, et sur ses lèvres une prière plus ardente pour celui qui tenait le gouvernail de la barque de Pierre dans des temps si troublés. Elle intercédait aussi pour l'Ordre auquel elle était agrégée; pour Cortone, sa patrie d’adoption; pour ses bienfaiteurs et même pour ses ennemis ; enfin, pour la conversion des hérétiques et l'extension du règne de Jésus-Christ. Elle déclare elle-même que « lorsqu'elle priait pour les Sarrasins, et surtout pourles Tartares, elle éprouvait une joie indicible (1) ». C’est qu'en effet, à cette époque, un certain nombre de sectateurs du Coran, à Marocet sur la côte africaine, abjuraient leurs erreurs; et, d’un autre côté, les portes de la Mongolie et de l'extrême Orient s’ouvraient devant le plus célèbre missionnaire de ces temps, Jean de Montecorvino (2). |

Un seul peuple était excepté, le peuple juif, le peuple maudit! Dès qu'elle voulait prier pour les fils d'Israël, leur déicide et l’obstination de

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