‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 85 sur 142 · BEVEGNATI, C. VI, p · texte numérisé non relu

BEVEGNATI, C. VI, p

fortifiée par cette vision, reprenait avec plus d'ardeur que jamais ces privations et ces sacrifices qui, tout en lui tressant au jour le jour une couronne impérissable, rachetaient les crimes de ses contemporains.

Comment sa prière n’eût-elle pas été agréable à Dieu? Sa vie lui chantait un cantique continuel! Nuit et jour, le parfum de ses jeûnes et de ses supplications montait jusqu'au trône du souverain Juge pour fléchir sa colère, puis redescendait en flots de grâces sur la terre, comme le grain d'encens monte sous l’action du feu jusqu'à la voûte du temple, pour se répandre ensuite en nuages odoriférants sur la foule agenouillée.

Qu'on ne s'étonne pas de cette vertu rédemptrice de l'oraison et du jeûne; elle découle de deux principes aussi féconds qu'inébranlables : la réversibilité des mérites de l’innocent en fa- ” veur du coupable, et le grand sacrifice du Calvaire, dont cette rédemption partielle n’est que la continuation et le complément. Elle découle aussi des promesses divines, aux conditions marquées par l'apôtre saint Jacques :« La prière persévérante du juste est très puissante sur le cœur de Dieu. »

Les faits confirment ici la doctrine, et les chroniques locales signalent maint fléau écarté, maint prodige obtenu par l'mtercession de la recluse : tant sa prière était puissante sur le cœur de Dieu ! Le divin Maître alla un jour jusqu à lui dire : < Tout ce que tu demanderas à

mon père en mon nom, tu l'obtiendras. Cortone méritait d'être châtiée; mais à cause de l'affection, de la vénération qu'elle te témoigne, je l'épargnerai, et les calamités dont elle était menacée ne tomberont pas sur elle. J’agirai de même avec quiconque t'aimera et prendra ta défense. Je bénirai ceux qui te béniront, et maudirai ceux qui te maudiront (1). » Un peu plus tard, il lui renouvelait la même promesse, sans réserve ni restriction : « J'exaucerai, je bénirai quiconque t'invoquera (2). »

Arrêtons-nous sur cette magnifique promesse. Qui pourrait, après cela, déverser le mépris sur une âme que Dieu enrichit de tant de privilèges, et dont l'héroïque pénitence servait de contre-poids aux iniquités de son siècle ? Qui pourrait traiter d'inutiles des années qui contribuèrent si puissamment au bien d’une grande famille religieuse et d’une illustre cité ? Non, non, ces neuf années de vie contemplative ne furent point des années perdues ; elles furent, au contraire, des années parfaitement remplies, et si l’on nous demande lequel nous paraît le plus admirable, de la Tertiaire se penchant au chevet des infirmes dans l'hôpital de la Miséricorde, ou de la pauvre recluse cachée dans les flancs de la montagne, nous répondrons sans hésiter : « C'est la recluse. »

Des vingt-quatre années que Marguerite

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