Ibid., c. x1, p
lices du paradis ; elle n’en a qu’un avant-goût | Puis le Sauveur lui dit avant de la quitter:
« Ma fille, de cette blessure sacrée jailliront pour toi des torrents de lumière et de grâce; mais le moment n'est pas venu pour le clergé de proposer cette vérité et ces merveilles à l'intelligence du peuple (1). » Ainsi la voyante est initiée aux secrets du grand Roi. Elle a pénétré dans les replis intimes de son Cœur; elle en sort transfigurée, « inondée de lumière et de grâce », et peut redire avec le Patriarche d'Assise :
In foco l’amor mi mise.
L'amour m'a mis dans un foyer d'amour.
Associer son directeur aux joies intimes de ses communications surnaturelles est pour elle un devoir auquel elle se soumet, parce qu'il est imposé par l'obéissance; mais être l'écho des divines miséricordes, exposer à ses Pères, les Franciscains, l'excellence et les richesses de la dévotion au Cœur de Jésus, ouvrir devant les fidèles, dans les champs de la grâce, des horizons à peine soupçonnés, serait au contraire pour son âme un festin sans égal, si les prévisions de l'avenir n’y mêlaient leurs amertumes. Elle sait, en effet, que l'heure de ce culte si consolant n'a pas sonné; elle sait qu'il soulèvera de violentes contradictions et qu’il devra germer longtemps encore dans la solitude des cloi-
14. « De istis vulneribus trahes illa quæ nequeunt prædicatores referre. » (BEVEGNATI, C. VI, p. 17.)
tres avant de s'épanouir dans l'Église ; et elle attend. Qu'elle en reste donc le précurseur ; cette gloire lui suffit. C'est à des lèvres plus pures, à un cœur sans souillure ni défaillance, c'est à une vierge française du xvri° siècle que sera confié l'honneur d'en être la révélatrice officielle et l’apôtre.
La pénitente de Cortone est la fervente adoratrice du Cœur de Jésus, mais pas encore assez fervente au gré de cet Amant des âmes.
Dans une troisième vision, il l’introduit de nouveau dans les mystérieux abimes ouverts par la lance du soldat, et cette fois il lui reproche doucement de ne pas venir assez souvent retremper ses forces à cette source de vie. ll termine par une pressante invitation : « Souviens-toi, ma fille, de ce que je t'ai révélé dans mes premières communications : c'est que le sang de mon Cœurdoit être l'aliment de ta piété (1). »
Il ne se contente pas de l'instruire et de la consoler ; il veut qu'elle soit consolatrice à son tour. C’est ainsi qu'un jour il la charge de porter à une noble dame qui pleurait son fils unique, enlevé à la fleur de l’âge, le message suivant : message bien fait pour consoler, non seulement cette mère éplorée, mais toute mère frappée du même deuil. « Dis-lui que lesadultes abusent odieusement de leur raison pour m'outrager, et que leur malice rend inutile pour eux