‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 90 sur 142 · Ibid., c. 1x, p · texte numérisé non relu

Ibid., c. 1x, p

Mais quelles vertus doit-il posséder ? — Celui-là est un élu qui possède les trois vertus suivantes: une humilité profonde, à l'exemple de Jésus crucifié ; une charité parfaite, une extrême pureté de cœur. Celui-là est un élu qui se renonce lui-même, se crucife, non par le fer, mais par la mortification de la volonté propre, et est prêt à souffrir, à verser son sang, s’il le faut, pour affirmer sa foi. Celui-là est un élu qui compatit aux souffrances du pauvre, déteste le mensonge et fuit avec horreur le vice impur.

Enfin, celui-là est un élu qui prend pour soi les peines des autres et s'afflige ou se réjouit avec eux, sans jamais céder au bas sentiment de l'envie (tr). » À ces mots, l’ange reprit son vol vers la cité de la paix, et Marguerite, redoublant de gratitude envers lui et de vigilance sur ellemême, s’appliqua sur-le-champ à mener une vie conforme aux graves enseignements qu'elle avait reçus.

Les événements lui fournirent bientôt l’occason de pratiquer les vertus recommandées par l'ange et de percer à jour l’imposture des hérétiques qui, sous le nom de Fraticelles (2), désolaient alors la péninsule. En 12095, ces immondes sectaires s'étaient furtivement introduits dans les Celle de Cortone (3), souillant de leur présence ces grottes autrefois sanctifiées

L BEVRGNATE, €. V, p. 23.

2 Vie illustrée de la Sainte (Pièces justificatives, Il.

3. LUDOVIC DE PELAGO, Ms. de sainte Marguerite ; et Ucceit, Histoire de Cortone.

par les larmes du Séraphin d'Assise et abandonnées depuis la mort du bienheureux Gui Vagnotelli. L’humble recluse représentait pour eux ce qu'ils haïssaient le plus, Dieu et la vérité. Aussi la poursuivirent-ils d’une haine implacable. Ils la diffamèrent avec une perfide habileté, rappelèrent les désordres de sa jeunesse, crièrent sur les toits que la présence d'une telle femme était un déshonneur pour la cité, et, se flattant d’avoir commerce avec les esprits, déclarèrent, sous forme prophétique, qu'elle mourrait hors de Cortone.

Les calomnies se propagent vite dans les petites villes. Informés de ces diverses rumeurs, les Frères Mineurs s'émurent : non qu'ils doutassent de la sainteté de leur pénitente; mais, pressentant que le terme de son pèlerinage terrestre n’était pas éloigné, ils craignaient de se voir ravir à la dernière heure un trésor qu'ils estimaient plus que toutes les richesses de la terre, le trésor de ses restes mortels. Sachant avec quelle admirable familiarité le Fils de Dieu révélait ses secrets à l’humble recluse, ils la prièrent de l’interroger à ce sujet. Marguerite le fit avec simplicité, mêlant à une soumission sans réserve à la volonté de Dieu cette affection pour la patrie qui, chez les saints, est d'autant plus tendre, plus profonde, qu'elle a sa source dans des sentiments plus élevés. Celui qui se plaît parmi les humbles et les petits daigna répondre à sa demande. C'était pendant l'octave de l’Ascension : « Ma fille, lui dit-il, je veux que

re …— mms mms Sseenennel ec à

tu sois la condamnation des faux pénitents (1). Ce faux moine crie à travers la ville que tu ne mourras pas ici. Il ment! Cortone recevra ton dernier soupir, et en récompense de son dévouement pour toi, je lui accorderai un privilège qui la rendra célèbre jusqu'aux extrémités de la terre. Entre les destinées de cet imposteur et les tiennes, ily a un abîme: j'exposerai au grand jourtous ses mensongesettoutes ses turpitudes, tandis que je glorifierai tes actes et garderai ton nom au livre de vie, où il est inscrit (2). » Marguerite ne manqua pas de rapporter aux Frères Mineurs cette révélation, qui les rassura. Elle dénonça aux sévérités de la conscience publique ces prétendus réformateurs qui n'étaient en réalité que des loups cachés sous la toison des brebis, des fauteurs d'impiété, des semeurs de révolte, et démasqua sans ménagement, sans crainte, leur fourberie et leur scélératesse; car, selon une remarque de Bevegnati qui ne peut s'appliquer qu'à cette occasion, « dès qu'on touchait au Symbole catholique, elle, or-

Page 1