Ibid
RÉYÉLATIONS RELATIVES A L'ORDRE 159
bites, lui disait-1l, partout les enfants de saint François prendront soin de ton âme, et en récompense de leur sollicitude pour ton avancement spirituel, leur Ordre brillera dans tout l'univers d'un lustre nouveau. » Et comme elle réclamait instamment pour eux une bénédiction spéciale : « Tes désirs, reprit-il, sont exaucés : ceux que tu recommandes à ma bonté sont les élus et les privilégiés de mon Cœur, parce que ce sont des hommes de larmes, de vrais pénitents et d'mfatigables apôtres (1}. « Et dans une autre circonstance : « Je les comblerai de mes faveurs, et les inonderai de mes lumières dans leurs prédications. Ils seront tes apôtres et prêcheront les mystères de ta vie, comme mes apôtres préchèrent l'Évangile devant les nations, et ta conversion sera une lumière pour un grand nombre de pécheurs (2). »
Vers la même époque, 1l lui annonçait que l'heure de l'épreuve allait sonner pour l'Institut qu'elle affectionnait à tant de titres : « Avertis les Frères Mineurs de se tenir prêts; car l’enfer est déchaïné contre eux, et le temps est proche où des tempêtes éclateront de toute part, soudaines et violentes. Il leur semblera alors être déchus de leur ferveur primitive.
Mais que cette pensée ne te trouble pas; car cette épreuve ne servira qu'à les purifier. Je les couvrirai de ma protection, et il n’y aura pas, dans ce combat, de milice qui me reste plus
1. BEVEGNATI, cc. 11, p. 5 et c. 1x, p. 48. 2. Tbid., c. 1V, pp. 7 et 10.
fidèle et à laquelle j’accorde plus de faveurs (1). »
Notre-Seigneur fait allusion ici aux divisions qui, du vivant de sainte Marguerite, agitaient l'Ordre et, après sa mort, devaient le troubler : divisions dont la probité historique nous fait un devoir de dire un mot.
Le Patriarche d'Assise n'était pas encore descendu dans la tombe, que déjà deux courants opposés se manifestaient dans sa famille spirituelle, les zélateurs et les relâchés (2), ayant pour chefs respectifs Jean Parenti et Fr. Elie. Cet antagonisme ne fit que croître avec le temps. Vers la fin du xirr° siècle, la discorde éclata publiquement entre les deux partis, désignés sous le nom de Conventuels et de Spirituels : les Conventuels qui s'appuyaient sur l'usage et la tradition pour plier la règle aux secrètes inclinations de leur cœur, les Spirituels qui réclamaient l'extirpation de ces abus (3). Les premiers tendaient à se rapprocher de la vie des autres clercs; les seconds cherchaient à