PÉRIODE BYSANTINE
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l’ombre de ce pieux asile, et sur la tombe des Taurin, des Orens et des martyrs W&È) d’Eauze, s’inspirait, depuis quelques années, de toutes les vertus épiscopales un religieux nommé Austindc, que le ciel destinait à succéder à Rayrnond-Copa.
Né à Bordeaux, au commencement du xi® siècle, Austinde avait renoncé, de bonne heure, aux espérances du monde. Il était venu partager, à Aucb, les exercices de la ville claustrale, avec les religieux de Saint-Orens qui l’avaient eux-mêmes mis à leur tète, après quelques
années de profession. Le monastère était alors une abbaye, et il le gouvernait avec le titre d’abbé, lorsqu’il fut appelé à succéder à Raymond- Copa.
Nos mémoires capitulaires ont gardé le silence sur le mode de succession qui lit passer Austindc de la cellule monastique au siège métropolitain. Mais il est bien vraisemblable qu’aucune précaution ne fut omise afin d’assurer à son élection le concours unanime des clercs, des grands et du peuple, et de préparer ainsi le retour à l’ancienne discipline, si profondément affaiblie dans notre province ecclésiastique. Car jamais l’avenir ne s’était montré sous des couleurs plus sombres. Jamais les droits de métropolitain n’avaient été si méconnus; jamais leur exercice n’avait rencontré autant d’obstacles en apparence insurmontables. Il fallait à notre siège un prélat dont la vie fût, en même temps, apostolique et militante. Or, le digne abbé de Saint-Orens parut, plus qu’aucun autre membre du clergé auscitain, réunir cette double condition. Et, en effet, sa grande âme, trempée de foi autant que d’énergie, se montra, dès le début, prête à la lutte contre les oppresseurs du faible, les ravisseurs des biens ecclésiastiques, et les contempteurs audacieux des saintes lois de la hiérarchie sacerdotale.
Il n’est pas de notre sujet de raconter avec quel bonheur la haute vertu d’Austinde, son inébranlable fermeté, son zèle actif et courageux surent triompher de toute résistance1. A force de soins et de persévérance, l’ordre finit par se rétablir dans la province. Il en profita pour mener à bonne fin quelques projets dont l’exécution avait dû attendre une époque moins agitée.
Le plus important était, sans contredit, la reconstruction de la cathédrale. Deux siècles «à peine s’étaient écoulés, depuis qu’elle avait été transférée à l’occident du Gers, et déjà les prévisions de Taurin II se trouvaient réalisées2 : les nouvelles générations, groupées autourdu sancluairede Marie, étaient venues reprendre, au sommet de la colline, la position que nos pères y avaient occupée avant l’ère chrétienne. Et pourtant le modeste édifice qui servait de centre à leurs habitations n’était pas de force à les protéger
1 Voir l'Hist. de la Gasc., parM. J. -J. Monlezun, Lîv. V, chap. i. 5 Voir, plus haut, page 17.
cil cas d’attaque. Bâtie vers le milieu du ix' siècle, l’église de Taurin 11 avait été mise cil rapport avec les besoins et les ressources d’une population que les Vandales, les Visigoths, les Sarrasins et les 1000 Normands avaient successivement décimée. Mais, au milieu du xi* siècle, ses dimensions n’étaient plus proportionnées au nombre des fidèles qui peuplaient notre cité renouvelé^ . Nous croirions même assez volontiers que le bois et la brique entraient pour beaucoup dans les details de construction, selon la manière des Gaulois de la période carlovingienne; et la légende dont nous venons de citer quelques paroles nous semble appuyer nos conjectures1 2 . Aussi, l’illustre prélat, qui songeait à renouveler l’édifice, ne se proposait-il pas uniquement d’en accroître les dimensions, ou de changer la disposition des grandes lignes. 11 connaissait la prodigieuse activité et le mouvement général de rénovation qui déjà caractérisaient le xi" siècle : Dijon avait jeté, en 1001, les fondements d’une nouvelle cathédrale; Reims, en 1005; Tours, en 1012; Cambrai, en 1020; Paris, en 1030; Saintes, en 1045; Orléans, Limoges, Autun, Avallon, Poitiers, Perpignan et grand nombre d’autres villes avaient suivi 1 exemple du roi Robert, qui, a lui seul, fonda vingt-une églises, de Tan 996 à l’an 1030. Partout c’était le môme entraînement des populations à rivaliser de zèle pour la splendeur des édifices religieux. Les anciennes basiliques s’agrandissaient considérablement, ou bien se relevaient de leurs ruines, avec tous les caractères de ce qu’on appelait alors généralement en Occident « le nouveau style d’architecture3 . »
Austindc voulut donc, à son tour, mettre la main à l’œuvre. Mais, avant d’ouvrir les fondations, il essaya de faire partager à scs diocésains la sainte émulation que la renommée do tant de constructions merveilleuses avait fait naître dans son âme.
Nous avons vu le généreux empressement queGuillaume-Astanove avait mis à seconder les desseins de Raymond-Copa. C’est avec ce même zèle qu’il applaudit à la transformation de notre cathédrale. Et dans le but de rendre plus facile l’exécution des plans arretés par le saint prélat, il le remit en possession « de trois concadcsde terre, dont il s’était, emparé, au préjudice de la censivcde l’église, dans le voisinage et au nord-est du château comtal4.»
Le nouveau projet ne fut pas moins encouragé par la générosité des simples fidèles. Les annales de l’époque nous ont transmis les noms de Sanche-Bec et de Goasin, son épouse, qui abandonnèrent, pour en favoriser l’exécution, et sous l’unique réserve d’une messe annuelle, un terrain confrontant à celte même censive. Elle fut, en outre, considérablement agrandie par l'adjonction de quatre portions de terre, moyennant échange et autres stipulations entre les chanoines de Sainte-Marie, d une part, et les propriétaires Arnauld-Lafornas, Sanchc-Deo, Guillaume et Fortassin, de 1 autre5 . En sorte que le saint archevêque fut en mesure d’arrêter un plan digne de lui, et de mettre les dimensions de son église en complète harmonie avec les espérances que donnaient les accroissements de la nouvelle cité6.
Les fondements furent ouverts dans le courant de l’année 1062, c’est-à-dire à l’époque où ce qu’on est convenu d’appeler « influence bysantine >» modifiait, avec tant de bonheur, l’architecture des périodes antérieures. Austindc venait alors de faire la dédicace de sa collégiale de Nogaro, et de consacrer l’église de Saint-Zacharie, prieuré dépendant de Saint-Victor de Marseille. Une inscription lapidaire du xie siècle nous apprend qu’il fut aussi, vers la fin de l’année suivante7 , le prélat consécrateur
1 Officia SS. propria, ad usuiu cleri auscitani, iu feslo S. Austindi,
il noct., Icct. îv. « Cùm cnim ecclcsiam auscilanam perexiguam .
repcrisscl, etc., etc.» — P. Moncaillard, vit. Sancti Austindi.
2 Officia SS. « . vilibus coinpaclam materiis, cl structura dignilali
mctropolilauæ pariun consona erectam.
3 Guill. de Malmesbury; de Itegibus Angl. Lib. 111. « Novo ædi-
ficandi gcncrc consurgcrc, etc., etc., etc. »
* Carlul. Capil. auxil. Cap. lxxxviu. — Pour ces dispositions
topographiques, voir le plan d’Auch, au inoycn-âge, dans l’histoire de cette ville, par M. P. Lalîorgue.
5 P. Mongaillard. Vit. S. Austindi.
0 Officia SS. propria. « Et vice illius, leniplum célébré longé latcque diffusion, auxilianle Guillclmo-Astanova comité Fiscnciaco, magnis sumptibus ædificavit. » Et dans le carlulaire, « majorem ædificavit ecclcsiam auscilanam, quæ priùs parva erat. »
7 Voir, à l’Appendice, la note C.
de la célèbre abbatiale de Saint-Pierre de Moissac. Moins heureux pour sa métropole, il n'eut pas ms la consolation de voir les travaux arriver à leur terme. Ils étaient même très peu avancés lorsque la mort vint le surprendre, en 1068. Il pouvait du moins, au moment de quitter son œuvre à peine ébauchée, se rendre, avec l’apôtre des nations, le témoignage d’avoir marché sur les traces d’un sage architecte : «J’ai posé des fondements solides; à un autre de bâtir dessus1.»
On continua d’élever les constructions, pendant plus de cinquante ans, sur les fondements bénis par St Austinde, sans calculer le temps, ni mesurer les sacrifices. Car c’était le grand siècle qui vit naître les croisades. Peuples et rois, noblesse et clergé, tous espéraient en la double promesse faite au monde régénéré sur le Calvaire : l’éternité de l’Eglise et la perpétuité de l’esprit qui devait la gouverner. Ils savaient que l’avenir ne manquerait jamais de bras pour conduire à bonne fin ce que d’autres avaient entrepris. Et chacun venait à son tour prendre sa part à l’œuvre commune2. Et l’œuvre se poursuivait sans découragement, ou bien se reprenait, en temps plus opportun, avec une ardeur toujours nouvelle.
St Austinde rendit l’esprit à son créateur, et fut inhumé à Saint-Orens le septième des calendes d’août (26 juillet) de l’année 1068. Peu de jours avant sa mort, les évêques de la Novempopulanie s’étaient réunis à Audi, en concile provincial, sous la présidence du cardinal Hugues le Blanc, légat du pape Alexandre II.
Pendant le court séjour qu’il fit dans notre ville, Hugues le Blanc n’avait pu recevoir qu’à Saint- Martin l’hospitalité de St Austinde. Or, ce monastère, autrefois si florissant, n’offrait plus qu’un pâle souvenir de sa primitive splendeur. Jamais il ne s’était entièrement relevé de ses ruines, depuis que les Sarrasins et les Normands avaient désolé notre province. Les évêques d’Auch avaient dû se contenter, depuis plus de trois cents ans, de ce modeste asile. Ils abandonnaient l’administration capitulaire à l’abbé de Sainte-Marie, et ne se montraient eux-mêmes dans leur métropole qu’à certaines époques assez rares. Peut-être même ne venaient-ils y exercer, en personne, d’autres fonctions annuelles du ministère épiscopal que celle de la consécration des saintes huiles, au jour du Jeudi-Saint3.
Un pareil état de choses, si peu conforme d’ailleurs aux plus anciennes prescriptions canoniques et à la pratique générale de l’Eglise4 , ne pouvait qu’être improuvé par le cardinal légat, chargé de la réforme des abus dans les provinces de la Gaule. Il eut encore la douleur d’apprendre, à Aueh, et peu de mois après, à Toulouse, de la bouche des prélats eux-mêmes, que d’autres cités épiscopales de la Gascogne n’avaient pas un meilleur sort; que les évêques, plus ou moins éloignés de leurs cathédrales, se tenaient dans les faubourgs, dans des monastères ou dans de pauvres habitations qui dépendaient des églises du second ordre. En vertu de l’autorité dont il se trouvait investi par le Saint-Siège, Hugues ordonna à tous ces prélats de se rapprocher de leurs cathédrales, de travailler à les reconstruire, et de fixer leur propre demeure dans les cités épiscopales5 .
A Auch, Guillaume de Monlaut, successeur immédiat de St Austinde, ne fut pas assez heureux pour compléter l’œuvre de ses prédécesseurs, et se conformer personnellement aux prescriptions du légat apostolique, en ce qui concernait la résidence épiscopale. Mais il en fut tout autrement de Raymond II. Né de Bernard Pélagos, premier comte héréditaire de Pardiac, et frère utérin d’Astanovc II6 , septième comte de Fezensac, Raymond s’était voué de bonne heure au ministère des autels, dans le cloître de Saint-
1 Episl. I ad Corinlh. Cap. ni, v. 10. « Ut sapiens architectes, fiin- (lamcnlum posui : Alius autcin supcrædificat. »
1 Ibid. « Uuusquisquc autcin vidcal quomodô supcrædilicel.»
3 Cari. Capit. auxit. Apud Dom. L.-C. de Brug., p. 12, iuslrum.
• Arcliiepiscopus siquidein raansionem suant habebat in monasterio
B. Martini; nec ascendcbat ad ecclesiam B. Mariæ, nisi scmel in anno,
ad chrisma scilicet consecrandum.»
4 Voir, page 14, note 6.
Labbe. Concil. ad ann. 1008. Voir, en particulier, le décret porté, au Concile de Toulouse, en faveur de R. Ebbon, évêque de Lectoure.
0 Biverne, leur mère commune, veuve de Bernard Pélagos, avait épousé en secondes noces Ayineric-Forton, sixième comte de Fezensac.
10» Orens. Il y vivait dans la pratique des vertus cénobitiqucs et sacerdotales, lorsqu il lut promu au siège d’Auch, dans le courant de l’année 1096. Quelques mois après, le pape Urbain II lui expédia le pallium, et lui adressa une bulle datée du 28 octobre. C’est le plus ancien document venu de Rome à l’occasion de
cet insigne de la dignité archiépiscopale, dont nos annales ecclésiastiques aient conserve le souvenir. Des raisons graves avaient dû, selon toute apparence, empêcher Raymond d’aller le demander lui-meme au
raisons graves
souverain Pontife. Car l'usage voulait alors, et spécialement depuis les premières années du xi* siècle, que les métropolitains nouvellement élus se rendissent en personne auprès du tombeau des Sts Apôtres, afin d’y recevoir le pallium, de prêter serment, et de conférer avec le successeur de St Pierre sur les obligations de l’épiscopat, de même que sur les besoins publics de leurs Eglises1 .