‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 11 sur 63 · L’ÈPISCOPIE AU SOMMET DE LA COLLINE · texte numérisé non relu

L’ÈPISCOPIE AU SOMMET DE LA COLLINE

rn iYiioMD II crut devoir exécuter sans plus de retard la promesse laite par ses doux prédécesseurs.

flBÉ de transférer l’épiscopie au haut de la colline. Egalement uni par les liens du sang aux deux Hlainilles de Fezensac et de Pardiac, il trouva dans la générosité des deux comtes d’abondantes res¬

sources. Son neveu, Arnaud-Guillaume, troisième comte de Pardiac, ostensiblement flétri par l’archevêque pour ses scandales domestiques, embrassa toutes les rigueurs de la pénitence publique. Et, de plus, il céda, par acte notarié de 1098», le fonds allodial, hommes et terres, qu'il possédait dans la campagne d’Auch, avec toutes ses propriétés de Sainte-Christie. Astanovell, de son côté, avant d’aller en Terre Sainte, donna, cette même année, sa terre de Vinars; toutefois «avec faculté de reprise à l’amiable, après son retour de Jérusalem, si Dieu lui faisait la grâce de rentrer dans son pays. Si, au contraire,» ajoute le comte dans l’acte de donation, «ma dernière heure arrive, et me surprend, avant qu’il me soit donné de revoir mes loyers», je fais don absolu à ce même fils de Dieu fait homme, qui m’appelle à son tombeau.» Astanovc partit en effet pour la croisade. Il alla rejoindre le troisième corps d’armée, dans lequel se trouvaient les Gascons, enrôlés depuis un an sous la bannière du célèbre Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse. Mais sa dernière heure le surprit dans les Lieux Saints, ainsi qu’il l’avait prévu. Il y périt en 1100, etla terre de Vinars futdéfinitivement acquiseà la métropole.

Enfin, Montarsin deMontaut voulut aussi contribuer à l’œuvre du saint archevêque. Il possédait un lopin de terre1, presque au sommet et sur le penchant de la colline. Ce terrain, joignant le mur de la cathédrale5 parut offrir le site le plus convenable pour le palais archiépiscopal. Il en fit don et se dessaisit de tous les droits qui pourraient être revendiqués à l’avenir par lui ou par les siens, en prcsence et du consentement de son frère Oggcr, d’Odon et de Bernard, ses deux neveux. Les travaux furent commencés immédiatement, et terminés du vivant de Raymond II" , qui s’empressa de fixer sa demeure dans la nouvelle épiscopie, dès les premières années du xnB siècle.

Quand on rciléchità tant d’édifices religieux qui, dans lccours du xl- et du xu' siècles, furent entrepris, exécutés et achevés dans la France entière avec une si prodigieuse magnificence, principalement par les évêques, les monastères et les chapitres, on se demande, malgré soi, comment il était possible de mener à bonne lin de semblables entreprises. Et l’histoire répond que ces merveilles étaient le fruit d’un

, TH0BASSla. Discip. ceci-, PIC, etc, tom. 1, col. m-LMfrüOC, - Epis., »„. in,., Epis, O, ns Lantonc; neenon cjosdem vi,a. Cap. x„.

.. . - . i„ nn «nn (lp.tnmuln. nar Écrit, uuc le 2 Cart. Capit. auxil. Cap. xi.

élu archevêque île Canlorbéry, eu 1070, demanda, par écrit, que le pallium lui fût envoyé dans son diocèse, llildebrand, alors archidiacre de Rome, lui répondit : «Le pallium vous serait envoyé, s’il y avait dans ce siècle un seul exemple d’une pareille dispense.» Le prélat se rendit donc à Rome, et le pape Alexandre 11 lui donna, par laveur spéciale, le pallium dont il se servait lui-même en célébrant la messe.

2 Cart. Capit. auxil. Cap. xi.

2 Cart. Capit. auxil. Cap. lvii. « . proprium lar revisendi.»

* Cart. Capit. auxil. Cap. l. « . parlicula terrulæ.»

s Ibid. « . anlè gradus Sauclæ Mariæ.»

0 Cart. Cap. auxit. Ibid. « . in qua supradiclus arcliiepiscopus

aulam ædificare lentavit, et ad perfeelum, Deo opilulanle, perduxit.»

magnifique dévoûment et d'une franche coopération à l’œuvre commune, avec la foi pour mobile de l’un et de l’autre1 .

A Audi, par exemple, Raymond II, deuxième successeur de St-Austinde, n’hésita point d’ajouter les ressources d’un riche patrimoine aux nombreuses donations qu’il recevait des fidèles. De plus, il percevait annuellement le quart des dîmes de toutes les églises non exemples qui se trouvaient dans le diocèse. Cette mesure, au reste, était générale dans la Novempopulanie. Le cardinal Hugues le Blanc l’avait fait adopter au concile d’Auch, en 1068, la jugeant indispensable dans l’intérêt des cathédrales qui ne s’étaient pas encore relevées de l’extrême détresse à laquelle les dernières invasions les avaient réduites presque toutes2 *.

Enfin, le chapitre métropolitain s’imposait, depuis quarante-cinq ans, de si grands sacrifices, qu’en noo 1106 il manquait même des ressources de première nécessité . Raymond II y pourvut généreusement par une donation. Mous avons vu qu'il était fils du premier comte héréditaire de Pardiac4. C’est en cette qualité qu’il avait reçu, en apanage, une terre d’où se forma l’archidiaconé de ce nom. 11 l’unit au chapitre; stipulant, comme condition formelle, qu’aucun de ses successeurs ne pourrait, à l’avenir, enlever l’archidiaconé de Pardiac aux clercs et aux chanoines de Sainte-Marie.

Il est aisé de comprendre que les détails de construction et d’ornementation de la nouvelle cathédrale devaient demander un temps considérable. Peut-être aussi la fâcheuse et trop longue lutte des deux cimetières rivaux5 qui se disputèrent à Audi, près de quatre-vingts ans, le privilège des sépultures, fit-elle éprouver quelques derniers retards. Le pape Gélasc II s’était prononcé naguère en laveur des moines de Saint-Orcns. Mais il venait de mourir à Cluny, le 29 janvier 1119; et les cardinaux qui l’avaient accompagné en France s’étaient empressés, sur sa recommandation formelle, de lui donner pour successeur Guido, archevêque de Vienne, en Dauphiné.

Bernard II, successeur de Raymond de Pardiac, dans l’espérance d’amener l’affaire à conclusion, s’adressa au nouveau pape, qui avait pris le nom dcCalixte IL II en reçut un premier rescrit favorable à la cause de Sainte-Marie, et songea aussitôt à bénir son cimetière. Il ne se donna que le temps d’inviter quelques évêques, au nombre desquels figurèrent deux de ses suffragants, Guillaume de Tarbes et le célèbre St Bertrand, évêque de Comminges.

Comme on préludait à la cérémonie, le 29 avril 1120, par la consécration d’un autel dédié aux deux n20 Sis Jean, un déplorable incident vint jeter le désordre jusque dans le saint temple, au grand scandale des fidèles. «Quelques membres du prieuré de Saint-Orcns se présentèrent en armes, excitèrent un grand tumulte, et lancèrent, dans la direction de l’autel, une grêle de pierres et de traits. Une flèche,» dit le chroniqueur, « atteignit au pied Guillaume de Tarbes, prélat officiant. Une autre blessa mortellement un laïque, qui fut guéri, bientôt après, par l’intercession de la Vierge Marie6.»

Il est facile de deviner, au ton de partialité et d’exagération qui règne dans 1 histoire de cette fatale journée, que le narrateur n’appartenait pas au clergé de Saint-Orens. Nous ajouterons qu’il n était pas même contemporain, ou, du moins, témoin oculaire, puisqu’il se croit obligé de mettre les plus étranges incidents de son récit sur le compte de ceux qu’il affirme avoir été présents à cette lutte. «Dans l’espérance,» dit-il, «de brûler, avec l’église, tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur, un moine de Saint- Orens mit, de sa main, le feu aux parois de la métropole, qui alors étaient de bois.» Etrange assertion !

1 Fréd. Hurter. Tableau (les Institutions, Tom. III, p. 499.

2 Ladre. Concil. ad ann. 1068. « . quartaro partem decimæ, etc.»

2 Cart. Capit. auxit. Cap. lxxxiv. a . videns penuriam corum tam

viclûs quàm vestitûs, etc., etc.»

* Démembré de l’Astarac vers l’an mille par Arnaud II, troisième

comte de ce fief, le Pardiac était devenu l’apanage de Bernard Pélagos,

deuxième fils d’Arnaud. D’après Doin Brugellcs, Bernard aurait pris pour armes : d’or, au léopard lionné de gueules.

5 Le cimetière primitif de Saint-Orens, et celui de Sainte-Marie de date beaucoup plus récente.

0 Cart. Capit. auxit. Cap. lxvii. . Eccc monachi sancli Oricnlii,

deposito liabilu monachali, ctsumpto militari, etc., etc.»

« qui tune lignei erant.» L’église de Saint-Orens avait pu être reconstruite en bonne et solide pierre, à grands frais de moulures, de sculptures et de décorations de toute sorte, propres au xc siècle1 . Or, dans la seconde moitié du xc siècle, on n’en était plus à ces temps de pénurie où grand nombre d’édifices religieux et même diverses cathédrales avaient été construits à la hâte, presque uniquement en bois, entremêlé de briques et soutenu de quelques pans de maçonnerie légère. La pierre n’était pas d’ailleurs, durant l’épiscopat de St Austinde, plus rare à Auch qu’elle ne l’est encore de nos jours. Et cet auguste pontife, si digne et si grand dans tout ce qu’il a fait, aurait pu, néanmoins, se résigner à construire en bois sa métropole! tandis qu’àNogaro il dirigeait lui-même, et à ses frais, les travaux d’une belle église qui, parla solidité de ses constructions et la délicatesse de quelques détails d’ornementation, dépose encore contre le mémoire fort suspect du légendaire auscitain.

Après tout, s’il fallait admettre l’incendie de quelques murs de bois, on pourrait l’entendre de ceux de l’édifice en démolition, et dont une partie devait, selon la pratique commune, servir alors d’église provisoire. Quant à la nouvelle basilique, le feu aurait pris tout au plus aux portes, aux boiseries de décoration, ou peut-être aussi aux appareils échafaudés pour les travaux qui se continuaient encore. Mais le dommage fut si peu considérable que la consécration put se faire peu de mois après le sinistre. L’incendie fut donc heureusement comprimé, et les déplorables excès de cette scandaleuse scène furent la dernière tentative hasardée dans l’intérêt d’une cause si mal défendue.

L’affaire, cette fois bien autrement grave, fut portée de nouveau à Calixle II, qui était venu présider, en personne, un nombreux concile à Toulouse.

Si nous en croyons, avccDom L.-C. de Brugelles, l’ancien cartulairc d’Auch, on aurait même exhibé en plein concile des corporaux que les flèches des Orientins auraient percés sur l’autel, au moment du plus grand désordre. A cette vue, l’auguste assemblée aurait hautement manifesté son indignation; et Calixtc II se serait prononcé, pour la seconde fois, en faveur de la métropole. Dom Brugelles ajoute, sur la foi de nos vieilles archives, que divers papes confirmèrent, de 1127 à 1195, la sentence de Toulouse.

Mais avant d’aller plus loin, qu’il nous soit permis de révoquer en doute ce dramatique incident d’un épisode assez étrange par lui-même, et dont quelques autres détails ne nous paraissent guère être davantage à l’épreuve d’une saine critique. Il est certain que les anciens documents qui font mention des opérations du concile ne présentent aucune trace de la lutte engagée entre les deux cimetières auscitains. Et, du reste, comment les PP. réunis à Toulouse, sous la présidence de Calixtc II, auraient-ils pu se prononcer sur l’affaire des flèches lancées et des corporaux lacérés dans notre église? Le concile s’ouvrit le 8 juillet 1119 et se termina le IG2, tandis que nos chroniques fixent au 29 du mois d’avril 1120 la solennité religieuse qui aurait été l’occasion de cette scène scandaleuse.

Quoi qu’il en soit de ce rapprochement de dates, dont la contradiction manifeste ne permet guère, ce nous semble, d’accepter sans contrôle le merveilleux de celte histoire, il est constant qu’à partir de 1120 la paix et la bonne harmonie furent définitivement assurées entre les deux églises. Bernard de Sainte , Christie en profita pour faire les préparatifs de la dédicace, cl il fixa au 12 février de l’année 1121 la cérémonie tant désirée.

Près de trois siècles s’étaient écoulés depuis la consécration que Taurin II avait faite en pareille circonstance. Mais une solennité aussi imposante que celle qui se préparait n’avait pas, sans doute, frappé alors les regards des Auscitains. «L’archevêque Bernard de Sainte-Christie,» nous dit un monument contemporain,

1 On en voit encore des restes en élévation, au nord de la chapelle 2 Dom de Vicct Dom Vaissette. llist. générale de Languedoc. Liv.

des religieuses Ursulincs du Prieuré, sur la rive occidentale du Gers. XVI, Chap, us et lx.

Nous eu avons dit un mot, page 22, note 4.

dont nous traduisons le texte, « convoqua le clergé et les populations de son diocèse, ainsi que les évêques, les abbés et généralement tous les religieux de la Gascogne. Le concours fut immense. Afin de donner encore plus d’éclat et de célébrité à cette grande fête, on apporta, de toutes parts, dans notre ville, un grand nombre de saintes reliques, et spécialement les corps de St Cérat, de St Julien, de Ste Dode, de St Maur, de St Justin, de StFrix, de St Luper, de St Austrégisilde et de St Sauvy. Dieu voulut manifester le crédit de tant de saints protecteurs par de nombreux prodiges, très souvent attestés depuis par ceux qui en furent les témoins. Et c’est ainsi que s’accomplit, à la grande satisfaction de tous, cette solennelle dédicace de l’autel de Sainte-Marie, que le ciel daigna mener à si heureuse fin1.»

Le digne et saint prélat, dont la sage fermeté réussit enfin à ramener l’union entre son chapitre métropolitain et les bénédictins de Saint-Orens, se crut désormais bien amplement dédommagé de tant de sollicitudes. Toutefois, il n’eut pas la satisfaction de jouir longtemps de ses œuvres. Il mourut, en odeur de sainteté, dans le courant de l’année 1122, et ses restes furent déposés au cloître de Sainte- Marie comme pour servir de sceau à la concorde. « On assure même,» ajoute le cartulaire d’Auch, « que. ses mérites et son crédit auprès de Dieu furent glorifiés, sur son tombeau, par des miracles.»

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