‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 12 sur 63 · HOMMAGE ET REDEVANCE A SAINTE-MARIE D’AUCH · texte numérisé non relu

HOMMAGE ET REDEVANCE A SAINTE-MARIE D’AUCH

VANT la mort de Bernard de Sainte-Christie, Bernard III, cinquième comte d’Armagnac, avait

voulu faire entre les mains de cet auguste prélat hommage de ses vastes domaines au siège métropolitain, et s’était déclaré homme lige de la Vierge Marie. Ces détails de pieuse simplicité, cH qu’on aime à retrouver dans la vie d’un haut et puissant seigneur, nous ont été conservés par le

P. Mongaillard 2. Il les cite d’après une ancienne notice des archives capitulaires, dont l’auteur s’exprime comme il suit, au chapitre lix® de son livre :

«Comme nous ne voulons pas qu’après nous on ignore les dons faits, de notre temps, à la Bienheureuse Marie, nous avons recours à l’écriture, afin que nos successeurs en gardent plus facilement le souvenir.

»B., comte de Gascogne (et nous pensons — ajoute ici le P. Mongaillard — qu’il s’agit de Bernard III, père de Géraud III), possédait le comté d’Armagnac, franc et libre, comme il l’avait reçu de ses ancêtres. 11 eut la pieuse idée d’en faire hommage au siège épiscopal de la Bienheureuse Marie, et de marcher ainsi sur les traces du comte de Bigorre, qui, plusieurs années auparavant (1062), avait soumis à Notre-Dame du Puy le domaine de son comté.

»> Comme donc il convient d’imiter les bons exemples, le susdit comte de Gascogne promit par vœu et garantit par acte que lui, ses enfants et leur descendance, ou bien ses neveux et leur progéniture, viendraient, tous les ans, au jour de l’Assomption, solder leur tribut à la Bienheureuse Marie et lui porter, à ce titre, deux muids de froment, trois cochons, un Créât3 et douze setiers de vin, le tout comme redevance pour le comté d’Armagnac; stipulant que, si quelque rejeton de sa race vient à contredire ce solennel engagement, 1 archevêque dudit siège le frappera d’excommunication et le tiendra, sans discontinuer, sous l’anathème, jusqu’à juste restitution de la sportule quant au passé, et promesse d’exactitude à l’avenir, avec assurance délivrée à l’archevêque et aux chanoines dudit siège.

"Mais il advint, par le laps du temps, qu’à certaines années on ne pouvait pas absolument se procurer

1 Cart. Capit. auxit. Cap. lxxvii. cours d’un grand nombre de ileuves. Il est encore connu sous le nom

a Fol. 337. n° 2 et 3.

de Créât, sur les rives de la Garonne. Le muid et le seller étaient des mesures très variables. — En prenant pour base moyenne le muid et le sclicr de Paris, ce tribut annuel devait être d’environ 3 hectolitres de froment, et 18 hectolitres de vin.

3 Du Cange, Gloss, suppl. ad verb. « Creacus sive Creatus.» C’est le nom vulgaire qu’on donnait alors à l’esturgeon commun ou «à lèvres fendues : Acipenser slurio de Linu..» Ce poisson remonte de la mer le

le susdit poisson, désigné dans l’acte sous le nom de Créât1 . Ce qui fit que, du vivant du comte Géraud, père de Bernard IV, les chanoines de la Bienheureuse Marie exigeant, à la lettre, du dit Géraud et de son fils Bernard, le tribut d’usage, le comte et son fils se rendirent en séance capitulaire, s’excusèrent humblement, et promirent qu’à la place du susdit Créât, ils donneraient dix sols par an2.

C’était le 45 du mois d’août 4150. Guillaume II d’Andozillc occupait alors le siège d’Auch, depuis l’année 4426, date du décès de Bernard de Sainte-Christie. Il fit bon accueil au comte Géraud III et à Bernard son fils aîné; et en présence du Chapitre, « il fut convenu et agréé de l’archevêque Guillaume que, tous les ans, aux foires de Nogaro, les dix sols seraient payés sur le revenu des deux portes de l’ancien bourg. De plus, si quelqu’un de la descendance du comte venait à contredire la présente convention, il serait frappé par l’archevêque de l’excommunication susdite, se soumettant lui et ses hoirs à rester sous l’anathème, jusqu’à pleine satisfaction.»

Cet accord ne fut pas le seul que ménagea Guillaume d’Andozille. Une haute réputation de sagesse, de courage et de constance, également à l’épreuve de la bonne et de la mauvaise fortune, l’avait précédé dans notre Eglise3. Les nombreuses difficultés d’administration, dont il eut à s’occuper pendant son long épiscopat, ne mirent pas moins en relief sa grande habileté dans l’art de conduire les affaires.

Mais ces détails n’appartiennent pas essentiellement à notre sujet. Nous dirons seulement qu’au moyen de certaines dispositions pleines d’équité, le sage et pacifique prélat s'était proposé de prévenir toute nouvelle occasion de troubles dans sa ville épiscopale, et de préparer un avenir moins agité que ne l’avaient été les époques antérieures; comme s’il avait eu quelque secret pressentiment des terribles orages qui devaient bientôt éclater sur la métropole.

Dans l’espérance de détourner plus sûrement ceux qui pourraient la menacer du dehors, il conçut le projet de couronner l’œuvre de ses prédécesseurs en construisant autour de la cité, désormais bien établie au sommet de la colline, un mur d’enceinte avec portes fortifiées et tours de défense. Il crut d’ailleurs que rien n’était plus digne de sa paternelle sollicitude, et plus propre à rendre à notre population régénérée cette constitution pleine d’énergie, ces gages d’ancienne prospérité dont les dernières luttes contre l’invasion semblaient avoir tari la source.

1102 Avant tout, le plan général des fondations fut tracé, de manière à comprendre sur le plateau, et dans un quadrilatère allongé du sud au nord, tout ce qu’on appela depuis le Cœur de Ville: c’est-à-dire à l’orient et au midi, la cathédrale, avec le cloître des chanoines et la Couture ou enclos de Sainte-Marie; au sud-ouest, le château des comtes; au nord et au nord-est, l’ensemble des habitations, dont le nombre était encore bien peu considérable. Enfin, cinq portes principales, dont deux à l’est, toutes à herse et moucharaby, bien fortifiées et couronnées de tours à créneaux et mâchicoulis, devaient répondre aux points cardinaux, et tenir la ville en garde contre toute surprise.

Au nord-est et à l’extérieur de ce plan d’enceinte restait le prieuré de Saint-Orens avec sa tour et son enclos de hautes murailles; et nul autre Ordre religieux ne devait y être compris. On sait, du reste, que les Cordeliers et les Dominicains n’ont pu venir qu’un peu plus tard s’établir à Auch; encore ont-ils fixé leurs tentes en dehors du cœur de ville, les premiers à l’ouest, et les seconds à l’est.

Le projet ainsi arrêté ne pouvait manquer de plaire aux habitants de la cité archiépiscopale. Et comme, d’ailleurs, Guillaume d’Andozillc était persuadé qu’il n’aurait pas à craindre personnellement les obstacles qu’on avait rencontrés jusque-là dans la rivalité de certains grands feudataires, il fit avec activité les préparatifs de cette importante entreprise.

1 Ce poisson a été fort recherché anciennement. Au moyen-âge, on le prisait tellement en Angleterre que la Cour s’appropriait exclusivement tous ceux que les pêcheurs pouvaient prendre. Et en France, divers seigneurs particuliers se réservaient le même privilège. On conçoit donc que l’acquisition n’en fut pas toujours également facile. a C’est du sou Morlas qu’il est ici question. On le divisait en douze

deniers d’argent. Les deniers Morlas du xuc siècle, tels qu’on les retrouve encore dans nos contrées, sont du poids moyen de 0k0015. EUeur litre est de 0,70; ce qui donne pour le sou une valeur de 2 fr. 80. Le Créai aurait donc été évalué à 28 fr. de notre monnaie actuelle.

3 Oiiienaht. Nolitia ulriusque Vasconiæ, ancien document cité à la page 452.

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