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ÉGLISE ACTUELLE

LA RENAISSANCE De 1483 à 1548.

rué de Saint-Afarde, d’ Abondance, de Saint-André-de-Verceil, prévôt du Grand Saint-Bernard, protonotaire apostolique et administrateur perpétuel de l’évêché de Genève, François-Philibert1 était, déplus, associé à sa belle-sœur pour gouverner le duché de Savoie, pendant la minorité de son neveu. Les charges si diverses que lui imposaient tous ces titres pouvaient-elles bien se concilier avec la résidence dans son nouveau diocèse? Et pourtant les prescriptions canoniques étaient formelles en cette > matière : la libre disposition des fruits d’un bénéfice emportait l’obligation d’y résider2, sauf les cas où le Pape le donnait en comraende.

Aussi Jean Marre lit-il goûter facilement l’heureuse idée de consacrer aux frais des nouvelles constructions, toutes charges déduites3, le tiers des dîmes annuelles de notre archevêché, dont les revenus étaient alors très considérables.

En conséquence, requête fut présentée au parlement de Toulouse; et la cour, après avoir député sur les lieux le premier président, afin de constater l’à-propos et l’utilité de la dépense, adjugea à la fabrique les fins de sa demande, par arrêt du 23 juin 1488. Le chapitre, d’après ce même arrêt, s’engagea pour la valeur annuelle d’une prébende canoniale pleine et entière, c’est-à-dire exempte de pointe; les dignitaires et autres membres du clergé métropolitain, pourvus de bénéfices en titre ordinaire, ou bien en commendc, pour le dixième de leurs fruits et revenus.

De son côté, François de Savoie, empêché de se rendre à Audi et de s’occuper, en personne, de la iisd construction de son église, donna des ordres pour le bon choix des matériaux et les modifications définitives d’un projet tant de fois remanié. Marre lit étendre et creuser les nouvelles fondations; et quand tout fut disposé, le chapitre, entouré des octovirs et des notables de la ville, célébra, le 4 juillet 1489, une messe solennelle du St Esprit, qui fut chantée par Pierre de Lary, chanoine-sacristain de Sainte-Marie. Après quoi, on se rendit en procession sur la partie des fondements qui correspond à la chapelle dite alors de Montesquiou, et aujourd’hui du Saint-Sépulcre. L’honneur de poser la première pierre fut déféré à Pierre d’Armagnac, chanoine, docteur en droit-canon, protonotaire du Saint-Siège, abbé de Faget et archidiacre d’Anglez. Et c’est ainsi que fut recommencée, au témoignage de nos chroniques, la construction de cette même basilique, qu’un autre d’Armagnac avait presque entièrement ruinée, plus de trois cents ans auparavant.

1 J. P. 0. Luüuet. Ilisl. du Grand Saint-Bernard ancien et moderne. Voir l’article « abus et réformes.» — C’est sous le nom de François-Philibert que noire archevêque avait été pourvu de ses nombreux bénéfices, en vue des nécessités de position d’une iamille princière que Rome favorisait. 11 était l'un des seize enfants de Louis duc de Savoie. Aussi, bien qu’il fut oncle ou beau-frère de trois de nos monarques, il avait dû emprunter au chapitre d’Auch la somme nécessaire pour l’expédition de ses bulles.

3 Thomass. Discipl. eccl , loin. H, liv. ni.

3 « Deductis oneribus» dit un document contemporain. — « Quôd Parlamcnlum Tolosæ, anno 1488, slatuissel, judicasset, decrevissct et jussisset terliam partent dccimarum archicpiscopi auscilani consumendain esse ad ædificalionem pradictœ ccclesiæ.» — Archives de l'ancienne famille de Polignac-d’Orlan, seigneur de Pouy-Petil, dans le diocèse d’Aucli.

ü90 Nous avons déjà vu que les restes vénérés de quelques-uns de nos prélats reposaient, depuis plusieurs siècles, dans l’église de Saint-Orens. 11 convenait de réclamer ce précieux dépôt pour la nouvelle métropole. A celte fin, et pour donner à Sainte-Marie un des caractères les plus anciennement consacrés par les traditions de la primitive Eglise, on établit, sous le rond-point en construction, une crypte que la disposition du terrain, en pente très rapide à l’est, permit défaire à la fois saine et spacieuse.

Les cinq chapelles qui la composent étaient à peine terminées, lorsque la mort vint surprendre, a Turin, François de Savoie, le C du mois d’octobre 1490. Ce triste événement était, sans contredit, une double calamité pour notre église renaissante. Charles VIII porta le plus vif intérêt au remplacement de l’auguste défunt, et pria le pape de faire accepter par les électeurs capitulaires un clerc du diocèse de Bourges, chanoine d’Orléans et de Chartres. C’était Jean de la Trémouille, frère de Louis II, sire de La Trémouille, ce célèbre capitaine qui, à peine âgé de vingt-sept ans, avait gagné, en 4488, contre le duc de Bretagne, la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, et fait prisonnier de guerre le prince d’Orange, avec le dfic d’Orléans, héritier présomptif de Charles VIII. Jean, quoique bien jeune encore, était prolonolaire apostolique. Un bref d’innocent VIII partit de Borne, le 5 novembre, conformément aux désirs du monarque. Sa Sainteté informait le chapitre que son protonotaire, Jean de La Trémouille, parent du roi très chrétien, etc., etc., était désigné « pour la chaire métropolitaine. Nous vous exhortons, en conséquence, dit le pape, vous tous, membres du clergé d’Aucb, et chacun de vous en particulier, d’avoir Notre provision et nomination pour agréable; mandant, en outre, et ordonnant au besoin, sous peine d’excommunication et de privation de tout bénéfice, que nul autre choix ne se fasse, ou même qu’il soit révoqué, s’il était déjà fait au préjudice dudit Jean de La Trémouille.»

Il est assez vraisemblable que l’on essaya de renouveler l’opposition que Nicolas V avait éprouvée en 1454. Car l'acceptation du chapitre n’est datée que du 10 janvier 1491; et l’acte fait en outre toutes réserves, sans préjudice du droit d’élection pour l’avenir.

Cependant Jean de la Trémouille avait lui-même écrit au clergé de son église pour s’excuser du retard qu’il mettait à se rendre. Par ses lettres, il élevait à la dignité de grand archidiacre le chanoine Pierre d’Armagnac, et le désignait pour prendre possession, en attendant qu’il put le faire lui-même en personne. Nos chanoines s’empressèrent de répondre, le 2 des ides (12) de janvier, pour accuser réception des lettres du prélat1 . « Nous voyons bien, disent-ils, que nous serons privés, encore quelque temps, du bonheur tant désiré de vous voir et d’entendre les paroles de consolation de votre Révérendissime Paternité. Mais nous comprenons aussi que ce qui est différé n’est pas perdu. Quant a notre fabrique, nous ne savons comment vous exprimer combien nous sommes à l’étroit et dans la gêne2. A peine si nous avons le courage d’ouvrir la bouche pour chanter les louanges de notre Créateur. Nous sommes sans la plus légère trace des antiques cérémonies de nos pères. Nous avons même à craindre d en revenir à la monotonie judaïque de la Synagogue, si, grâce à la puissante intervention de votre Révérendissime Paternité, les ruines qui couvrent le sol de notre basilique désolée ne se relèvent une bonne fois, afin de détourner les effets de la juste colère que provoque, dans le cœur de Dieu, la vue du temple de la Bienheureuse Vierge Marie, sa mère. Autrefois la gloire et la splendeur de la Gascogne , il est aujourd’hui la honte et l’opprobre de tous ceux qui le voient dans l’extrême abjection qu’on lui a faite. Oh! que les regards de votre tendre charité s’abaissent donc sur l’inexprimable détresse de votre Epouse! Quant à votre chapitre, il sera toujours disposé à faire selon les désirs de votre Révérendissime

1 « Superioribus diebus veslræ Reverendissimæ Palernilalis litteras 2 «Tantum angulati atque adslricli, quôd vix possumus ora ad

accepiraus.» Evarchiv. capit. auxil. Ann 1491. laudem noslri Crealoris aperire.» Ibid.

Paternité, plein de-confiance qu’elle ne négligera rien, de son côté, et qu'elle n'attendra point de notre part des sacrifices impossibles.»

Ces pressantes sollicitations des chanoines de la métropole nous disent assez combien, après tant d’efforts et do dépenses, il restait encore à faire en 1491. Jean de la Trémouille, néanmoins, ne put se rendre aux vœux si empressés du chapitre qu'environ vingt mois plus tard. 11 lit son entrée solennelle à Audi, et fut installé en personne le 28 octobre 1492. Sa présence ne tarda pas de ramener la confiance publique; et il se montra, de tout point, digne du zèle éclairé de son illustre prédécesseur1.

On poursuivait alors, avec une lenteur obligée, la construction du chevet de la cathédrale. Le nouveau prélat, disent nos chroniques, « continua de faire bâtir la nouvelle église de Sainte-Marie, sans que cette dépense l'empêchât de secourir les pauvres, auxquels il faisait de grandes aumônes. Conduit par cet esprit de prévoyance dont Dieu avait doué le fameux Joseph en Egypte, ce bon pasteur avait ramassé, dans dos temps d’abondance, une quantité prodigieuse de grains, et il en avait rempli de vastes magasins. La famine faisant bientôt sentir ses horreurs, le charitable archevêque fit ouvrir ses greniers; et, par ses largesses, il préserva do la mort près de dix mille pauvres qui auraient péri sans cette ressource, et qui venaient le trouver de toutes parts2.»

Une si paternelle sollicitude méritait bien d’être secondée par les sacrifices du clergé et par la générosité des fidèles. Aussi les travaux de la cathédrale furent-ils pressés avec une telle activité que, dans l’espace de dix ans, on eut achevé près de la moitié de l’édifice, c’est-à-dire la partie comprise entre la chapelle terminale, aujourd’hui du Saint-Sacrement, et les deux portes latérales. « Il l’aurait même porté à sa perfection, ajoute ici le manuscrit de M. l’abbé Daignan, si l’enfer, ennemi de tout ce qui peut rendre le culte du Seigneur plus digne et plus éclatant, ne lui avait suscité une persécution qui l’empêcha d’exécuter tous ses magnifiques projets.» II fut noirci dans l’esprit du Souverain Pontife, et calomnié près de Louis XII, que l’on avait fortement prévenu, dès son avènement à la couronne, contre le vénérable prélat et les grandes œuvres dont le diocèse s’applaudissait. Le chapitre métropolitain s’empressa d’écrire au pape, le 24 avril 1498, pour détruire les fâcheuses impressions qu’il avait reçues, et justifier Jean de la Trémouille de la prétendue folie de ses dépenses : «Non content» disent les chanoines «d’avoir sauvé d’une mort certaine environ dix mille personnes que tourmentaient la faim et la misère, notre bien-aimé pontife prodigue encore ses largesses à tous ceux qui viennent le solliciter, et leur distribue des babils avec la nourriture. Il dote les époux sans patrimoine, il entretient et nourrit aux études les pauvres écoliers : comment lui faire un crime de dispenser ainsi les richesses de son Eglise?

» Mais n’oublions pas davantage les grandes et admirables réparations qu’il a faites à divers châteaux, maisons et autres édifices. Son Epouse surtout, notre basilique désolée, qui, jusqu’à l’avènement de notre généreux prélat, symbolisait bien plus le deuil de la Synagogue que le triomphe de l’Eglise du Christ, avait fixé, dès le principe, l’intérêt de sa paternelle sollicitude. Plus de cent tailleurs de pierre et autres ouvriers de toute espèce y ont travaillé à ses frais des années entières. Et sans la persécution que l’on a poussée jusqu’à la dernière limite, il est hors de doute que cette œuvre admirable eût été conduite à son heureuse fin. Oh! qui pourrait déplorer assez un retard si déplorable3! »

Nos annales gardent le silence sur l’effet produit à Rome par cette touchante lettre. Mais nous sommes autorisé à croire qu’Alexandre VI aura plaidé, auprès du roi, la cause de notre archevêque. Louis XII

1 Les armes de Savoie furent peintes aux verrières et sculptées sur in illis ubi fermé decem millia creaturarum famé ac egeslate periis-

divers contreforts du chevet, afin de perpétuer le souvenir des bien- sent, nisi innumerosa bladorum sua abundantia sustentatæ fuissent,

faits de François- Philibert. Neque ab inceplis destitit. Verùm undiquè circumcurrentes, etc., etc.»

2 « Quia scilicet lempore tolalis excidii terrarum Armaniaci quæ prop- 3 « L’abbé Daignan. Hist ecclés. de la Gascogne, MSS. Documents

cerduramgucrrarumcommotionemquæpluribusannorumspatiisviguit relatifs à l'année 1498.

1506 négociait, précisément à cette époque, son divorce avec Jeanne de Valois, cette sainte fille do Louis XI qu'il prétendait avoir épousée malgré ses protestations, avec répugnance et par contrainte, lorsqu’il n’était encore que duc d'Orléans. Pouvait-il refuser au pape de rendre à notre Eglise sou indépendance, et à son vénéré pasteur l’entière liberté de 1 administration diocésaine?

D’ailleurs, le sire de La Trémouille avait trouvé grâce auprès de Louis XII. « Loin de venger les querelles du duc d'Orléans, le roi de France, » malgré les poursuites jalouses d’un petit nombre de courtisans, voulut admettre à son service le vainqueur de Saint-Aubin, et le jugea digne, en 1499, do commander l’armée d Italie. Jean de La Trémouille n’avait donc plus rien à craindre do la calomnie ou de l’intrigue.

Quoi qu’il en soit, le Saint-Siège ne tardera pas de rendre à notre pontife une éclatante justice. Jules II le nomma, 1503, administrateur perpétuel du diocèse de Poitiers, et le lit entrer, en -150C, dans le Sacré-Collége, avec le titre de Saint-Martin «in Montilnis. » Mais Jean ne devait pas jouir longtemps des honneurs de la pourpre romaine. 11 mourut à Milan dans le mois de juin 1507, comme il se rendait à Rome, pour remercier le pape de sa nouvelle dignité.

La Cour, informée de la vacance de notre siège, voulut, encore cette fois, imposer aux suffrages du chapitre un prélat de son choix. Et comment espérer de se soustraire à cette haute influence, dont le progrès allait toujours croissant? Déjà même on pressentait, dans tous les diocèses, le célèbre accord d’après lequel le roi seul nommerait bientôt aux bénéfices électifs, et présenterait directement les évêques au Souverain Pontife, pour l’institution canonique. Louis XII s’empressa donc d’écrire la lettre suivante au « cher et bien aimé le chanoine Ruffo, abbé de Fagct. »

19 juin 1507

« De par le roy,

» Cher et bien amé pour ce que nous désirons singulièrementèlre pourvu à votre église a présent vacant par le tre pas de feu notre cousin le cardinal de la Trémouille de quelque bon notable et. vertueux personage d’autorité et maison qu’il nous soit seur et féablc ainsi qu’il est très requis pour le bien de votre ditte église surté de nous et de notre royaume nous écrivons présentent a votre chapitre en général a ce qu’ils ne veuillent procéder a faire aucunne élection ou postulation de leur futeur arcevesque sans preumer etre adverti de notre vouloir et intention sur ce dont nous avons bien voulu vous écrire particulieremt vous priant vouloir tenir men a ce qu’il ne soit aucunne chose faite que ne soyés adverti de notre dite intention la quelle nous espérons vous faire entendre de brief par aucuns bons personnages que avons ordonnés aller de vers vous ainsi que vous diront plus a plein de par nous nos amés et féaux conscilliers l’évêque de Vabrc et l’abbé de Lodeve et le sieur de Verdusant l’un des cent "•entilhommes de notre bostel les quels vous croirésde ce qu’ils vous diront comme nous memes donné en Ast1 le '19e de juin.

LOYS Robertet signé.

« A notre cher et bien amé le chne Ruffo, abbé de Faget.»

En effet « aucuns bons personnages advinrent de brief de vers les bien amés chanoines,» et leur firent entendre que l’intention du monarque se prononçait en faveur du cardinal François-Guillaume de Clermont-Lodève.

D’abord évêque de Saint-Papoul, ensuite cardinal-prêtre, du titre de Saint-Etienne «in Monte Cælio,» évêque de Tivoli, et enfin archevêque de Narbonne, François-Guillaume s’était rendu auprès du pape

1 Ast, aujourd’hui Asti, sur le Tanaro, ville et comté d’Italie, dans sur les instances delà reine Anne de Bretagne, lorsqu’il apprit la mort

les états du duc de Savoie. Louis XII se rendait de Savone à Lyon, de l’archevêque d’Auch.— Varillas. Hist. de Louis XII. Ann. 1507.

avec 1 archevêque d’Aix, par les ordres de Louis XII, dans les derniers mois de l’année 4506., à l’occasion de la défection de Bologne1 . Les négociations avaient été si habiles que Giovanni Bentivoglio, chef des insurgés, loin de se défendre contre le pape, était sorti de la ville en suppliant; et Jules II y était entré, le 10 novembre, sous treize arcs de triomphe, sans le plus léger combat. C’est à la France qu’étaient dus tous les honneurs de la campagne2; aussi Louis XII n’éprouva-t-il, en cour de Rome, aucune espèce de difficulté, lorsqu’il s’agit de transférer son ambassadeur du siège de Narbonne à celui d’Auch. La bulle de translation est du 15 des calendes d’octobre, c’est-à-dire du 17 septembre 1507.

Le cardinal de Clermont-Lodève, retenu par la haute mission qu’il remplissait au-delà des Alpes, nomma deux vicaires généraux pour l’administration du diocèse. D’après le cartulaire archiépiscopal, ils prêtèrent serment, pour le nouveau prélat, le 15 décembre de cette même année, et confirmèrent aux huit consuls de la ville d’Auch l’immunité de leurs privilèges. C’est pour la première fois que nous avons à signaler celte dernière circonstance dans la prise de possession faite au nom de nos archevêques.

La métropole était toujours l’objet le plus important de leur sollicitude pastorale. L’absence du cardinal ne l’empêcha point de se montrer aussi généreux que magnifique. II fit continuer les constructions, et orna de splendides verrières les dix-huit basses-fenêtres du chevet que son prédécesseur venait d’achever. En outre, il fit entourer le chœur de ses riches boiseries, ordonnant qu’au sud, au nord et à l'ouest, la clôture fût complète, ainsi qu’on le pratiquait encore alors pour les chapitres réguliers.

Cependant Louis XII poursuivait en Italie le cours de ses entreprises brillantes et calamiteuses. Toute- ' fois, il commençait d’être assez embarrassé de sa bonne fortune : les armes de la France s étaient tournées contre le pape; et l'on sait avec quelle mémorable énergie Jules 11, malgré son grand â"e, essaya, même en personne, de sauvegarder l'indépendance et l'intégrité des Etats de l'Eglise. Il croyait accomplir en cela, selon les mœurs du temps, l'un des premiers devoirs de la tiare; et Louis XII invoquait, de son coté, le droit de la guerre de souverain à souverain. Mais ce droit déguisait mal les secrètes prétentions que le roi nourrissait d’attaquer le cllef suprême de l’Eglise par la puissance même tle I Eglise. Car il favorisa la convocation d’un conciliabule à Pise, ainsi que les manœuvres schismatiques d'un petit nombre de cardinaux turbulents, qui osèrent y citer le pape.

Jules II, loin de se laisser abattre par ces anarchiques menaces, n’est plus, dès ce moment, un prince aventureux, ou un évêque ami des batailles. II se pose en Souverain Pontife, bieu résolu à défendre par-dessus tout l’intégrité de sa puissance spirituelle. A l’exemple d’Eugène IV luttant contre les Pères île Bàle, il oppose concile à concile, et convoque à Saint-Jean-de-Latran un concile général, par une bulle du 18 juillet 1311, ordonnant aux cardinaux fugitifs de comparaître devant lui le 19 avril 1312.

L Eglise occidentale était donc encore menacée de tous les malheurs qu’avait entraînés le grand schisme du xv* siècle. Tandis que le cardinal de Clermont-Lodève, toujours à Rome, concourait avec le sacré collège au projet de convocation, Louis XII contraignait les évêques de France de se rendre è l’assemblée de Pise. Les cardinaux en révolte s’y étaient déclarés représentants de l’Eglise universelle.

Le pape les avait excommuniés; et le prétendu concile, repoussé par la multitude et transféré d'abord à Milan, était venu poursuivre, à Lyon, ses dérisoires tentatives contre l’autorité du Souverain-Pontife. Mais les foudres du Vatican ne tardèrent pas de franchir les Alpes. Jules II frappa d’interdit la v ille do Lyon, et enveloppa le royaume entier dans ses anathèmes.

1 Gall. Christ. Tom. I, col. 1001. « Fuit oralor adJulium papam pro » Petr. Bembo. Rerum vend. hist. ad auu. 1506. -Franc Guic

dcditionc Bononiæ in n.anus Pontifias.» eiarriini, Hist. bel), liai. Ab ami. 1490 ad aun. 1534. Lib. VII.

C'est ainsi que, les deux cours ne gardant plus de ménagements, Louis XII rappela le cardinal de Clermont-Lodève de son ambassade. Depuis plus de deux ans, François-Guillaume soupirait après le calme et la tranquillité qu'il espérait retrouver dans son diocèse. D'ailleurs, de nouvelles complications dans les grands intérêts qui divisaient l’Europe étaient venues accroître le vif désir qu’il nourrissait de quitter l’Italie. Le pape avait signé une ligue contre son maître; l’empereur, le roi catholique et le roi d’Angleterre embrassaient le parti do Jules IL Et pourtant Sa Sainteté 11e pouvait guère espérer de poursuivre longtemps ses nouveaux plans de défense; car Jules était âgé de soixante-dix ans, et les approches de la mort se faisaient déjà sentir lorsque notre prélat se mit en route pour la France.

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