‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 17 sur 63 · ENTRÉE SOLENNELLE DES ARCHEVÊQUES D’AUCII AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ENTRÉE SOLENNELLE DES ARCHEVÊQUES D’AUCII AU XVI* SIÈCLE

S «RIVÉ à Toulouse vers la mi-octobre de cette même année 1512, le cardinal de Clermont-Lodève I invita M. de Saint-André, premier président du parlement, à l’accompagner dans sa ville épispÈjfi copale. Les évêques de Comminges, de Lombez, de Condom, d’Aire et de Vabres se joignirent ’ aussi à son eorlége.

Dans ces temps reculés, le solennel accueil que la cité d’Aucli faisait à nos archevêques, le jour où ils venaient prendre, en personne, possession du siège métropolitain, était un événement dans la province. C’est à huit heures du matin que le cardinal se présenta, le 16 octobre, à la porte de la Treille1 . Son Eminence y était attendue par une nombreuse députation de la noblesse à cheval. En tête figurait, selon le privilège immémorial de ses ancêtres, noble et puissant seigneur N. de Voisins, baron de Montaut. Il se tenait à pied, « accoutré de velours noir, en haut-de-chausses, une jambe nue, ayant pour tout souliers semelles de cuir corroyées avec lassets de taffetas.»

Après la harangue accoutumée, « le dit baron ayant teste découverte, en grande révérence,» saisit la bride de la mule tpie montait le cardinal, et dirigea la marche par les «rues droites3, allant do ladite porte droit à la cathédrale, » au chant de l’antienne Justum cleduxit Bominus per vus rectas. Au premier rang marchaient, à pied, les écuyers, hommes de service et autres gens du peuple, portant à la 1 des bâtons blancs. Les gentilshommes à cheval précédaient immédiatement l’archevêque et son cortège. A la suite venaient les octovirs, aussi à cheval, c'est-à-dire les huit consuls de la cité, en robe rouge, les chanoines de Sainte-Marie, mitre en tête3, enfin, les religieux de Saint-Orens, avec les reliques du patron de leur monastère.

Arrivé à la porte principale do son église, le prélat fut complimenté par le syndic capitulaire, et prêta le serment d’usage4, «avant d’estre conduict et emmené par le dit baron de Montaut jusques à la chère et siège principal, à ce ordonné et paré ou fond du chœur.» La grand’ messe fut ensuite célébrée pontili calement par Louis de Narbonne, évêque de Vabres. Et le soir, Jean Marre, évêque de Condom, depuis les derniers mois de l’année 1496, prononça un discours, «fort éloquent,» tpi il termina en exhortant les

c’est-à-dire à l’est de l’église actuelle de Saint-Orens : là commençait le Chemin droit, c’est-à-dire pins horizontal.

5 Nous ne connaissons aucun litre particulier qui confère ce privilège à nos chanoines. Mais l’histoire fait mention d’un certain nombre de chapitres mitrés. On a vu, le 10 juin 1834, celui de Prague assister en mitre à la pose de la première pierre de l'église qui se construisait à La-Vallée-Caroline.

4 Voir, plus haut, page 41, et la note R de l’Appendice.

fidèles à demander à Dieu de préserver notre province de l’invasion dont la menaçaient, au nom du pape, les Espagnols et les Anglais, et de rétablir entre Louis XII et Jules II la paix et la concorde.

Ce dernier vœu ne tarda pas d’être exaucé : le cardinal de Luxembourg, qui s’était repenti, un des premiers, de la part qu’il avait prise à la division du Sacré-Collége, demanda la paix au nom de Louis XII.

La reine, Anne de Bretagne, qui gémissait au seul nom de schisme, et le duc de Valois-Angoulêmc, qui fut, depuis, François Ier, écrivirent au pape dans les termes de la plus entière soumission1 . Enfin,

Léon X, successeur de Jules II, à partir du 19 mars 1513, ouvrit avec le nouveau roi de France des négociations amicales, dont la conclusion fut le célèbre concordat entre Léon X et François Ie*’, qui abolit i:;r. la pragmatique sanction et fut signé à Bologne en décembre 1515.

Quant au cardinal de Clermont-Lodève, il avait loujoursété assez heureux pour concilier son inviolable attachement aux pures traditions du siège apostolique avec les périlleux devoirs que lui imposait son ambassade. Nous ignorons s'il était revenu à Borne, pour le dernier conclave, ouvert si peu de mois après son départ. Quoi qu’il en soit, les intérêts de son Eglise, qui l’avait attendu plus de cinq ans, réclamèrent impérieusement sa résidence à Aucb. Toutes les voûtes du chevet venaient d’être achevées le jour de son installation2 . Les bas-côtés étaient en construction, et un nouveau contrat était déjà passé avec « maistre Cailhon, architecte3, pour la bâtisse de la nef centrale.» Le chœur avait reçu une partie de sa riche clôture, et les peintres verriers déroulaient autour du chevet ces magnifiques compositions où les deux Testaments, la symbolique et les oracles de l’antiquité païenne se mêlent sans se confondre. Arnaud de Moles signa son dix-huitième et dernier grand vitrail le 25 juin 4513, c’est-à-dire environ huit mois après l’arrivée du cardinal.

En présence de ces magnifiques chefs-d’œuvre dont la dépense était venue accroître celle des constructions qui se poursuivaient depuis vingt-quatre ans, il est aisé de comprendre que les sacrifices déjà faits devaient être incalculables. Et pourtant on était encore loin d’en voirie terme. La convention arrêtée, le 23 juin 1488, entre la fabrique et les chanoines de la métropole, ne présentait rien de précis. Les ressources éventuelles qu’elle avait produites variaient avec les années. On jugea plus convenable de s’en tenir à des chiffres déterminés. En conséquence, un nouvel arrêt du Parlement de Toulouse, rendu le 9 juin de l’année 1515, autorisa un second accord qui modifiait et fixait comme il suit les diverses cotisations, dans l’intérêt de la fabrique :

Monseigneur l’archevêque. 5.000 liurcs 0 sols 0 deniers

Le Chapitre . 400 0 0

Les Dignités et Personnats. 319 7 fi

Total4 . 5,719 liures 7 sols 6 deniers.

Quelques autels furent établis autour du chœur, dans les années qui suivirent cet arrangement. Mais

1 Artaud de Moxtor. Histoire des Papes, t. III, p. 488. a Le bail de la voûte du chœur, antérieure à toutes les autres, avait été inscrit au ■ livre noir-nouveau,» fol. 184.

3 Ce contrat fut également relaté au «livre noir-noveau.»

4 La part des Dignités et Personnats était fixée par le tableau suivant:

L’archidiacre de Sos . 19 liures 5 sols 0 deniers.

Id. d’Anglés . 31

Id. de Pardeillan. 23

Id. d’Armagnac.. 20

Id. de Vie . 11

Id. de Sabanés. .. 20

A reporter . 126 5 0

Report .

L’archidiacre d’Astarac .

Id. de Pardiac —

Id- de Magnoac..

Le prévôt .

Le prieur de Monlesquiou. .

Le sacristain .

L’abbé de Faget .

Id. de Sère .

Id. d’Idrac .

126 liures 5 sols 0 deniers.

Total .

319 liures 7 sols 6 deniers.

les trois chapelles terminales en ont seules conservé des restes plus ou moins complets. On voit encore à celle du Saint-Sacrement, comme souvenir du premier tiers du xvic siècle, un magnifique réseau de pierre, disposé en Ciborium d’une façon nouvelle, et sculpté à jour sur toute la largeur de cette chapelle.

Aux boiseries du chœur, deux dates, l’une de 1529, en avant du premier museau des stalles basses, au nord de la porte d’honneur, l’autre de 1520, à la neuvième miséricorde, sur le même rang, sembleraient indiquer la continuation de ce merveilleux travail par les sculptures des basses-formes.

1527 Rien ne prouve que les hauts-dossiers formassent encore la clôture entre les piliers. Elle devait au moins être fort incomplète, s’il faut en juger par trois écussons que l’on y remarque, deux au nord, c’est-àdire aux stalles 10° et 26e; et un au sud, à la 45e. Ils sont aux armes du cardinal de Tournon, qui n’arriva définitivement au siège d’Auch qu’en 1540.

Ici était donc 1 état où se trouvait le chœur lorsque le roi et la reine de Navarre vinrent y siéger à la stalle de la Couronne, comme héritiers des droits et privilèges dont avaient joui les anciens comtes d’Armagnac, depuis Bernard III jusqu’à la déchéance de Jean V.

C’était le 31 décembre 1527. Marguerite de Valois-Angoulème, sœur de François Ier, venait d’épouser, en secondes noces, Henri, sire d’Albret devenu roi de Navarre en 1516. 1 Elle lui avait porté, en apanage, les riches domaines de I infortuné Jean V, que Louis XI avait définitivement unis à la couronne, en 1473. Après avoir reçu, en leur qualité de comte eide comtesse d’Armagnac, le solennel accueil des consuls, des notables, des bourgeois et des manants de la cité, avec la pompe et le cérémonial accoutumés, Henri et Marguerite se rendirent à la cathédrale, et y prêtèrent serment dans la forme suivante : « Moi Henri, comte d’Armagnac, je promets et jure de ne jamais envahir ni retenir les biens et droits de l’église et du chapitre d’Auch, mais au contraire de laisser et maintenir ladite église et ledit chapitre dans leur entière liberté. Et si quelqu’un envahissait ou tentait d’envahir lesdils droits et biens, je m’en "a "e à les protéger et défendre, en donnant secours et protection à ladite église et à son chapitre, contre tout envahisseur ou détenteur, qui occuperait et retiendrait en son pouvoir, ou tenterait d’envahir lesdils droits et biens. Que Dieu me soit en aide et ces Saints Evangiles2.»

Cependant, le cardinal de Clermont-Lodève sentait approcher la fin de sa carrière. Devenu doyen du Sacré-Collège, il fut nommé légat d’Avignon; et, voulant résigner le siège d’Auch, il présenta à la nomination royale le cardinal François de Tournon, ministre de François Ier, sans toutefois se dessaisir entièrement de scs droits dans le diocèse.

La réserve des revenus, spécifiée par l’auguste vieillard pour le reste de ses jours, dans l’acte de résignation, était un véritable abus, auquel la mort vint mettre un terme, dans le mois de février 1 540. Mais une close de son testament, signé le 2 février 1539, manifesta la pureté doses intentions et prouva que François-Guillaume de Clermont-Lodève, après tant de sacrifices dans l’intérêt de la cathédrale, n avait beaucoup retenu que pour donner beaucoup aux pauvres de son diocèse : «Item a voulu en outre et a réglé le dit et. révérend testateur que la moitié de tous scs biens et de chacun, meubles et immeubles, réels ou de simple droit qui, le jour de sa mort, lui appartiendront dans la ville et le diocèse, soient attribués, de l’avis et sur l’appréciation du révérend vicaire général, qui alors sera chargé de 1 administration spirituelle et temporelle, et soient distribués, pour l’amour de Dieu, aux pauvres des deux sexes, qui se trouveront dans la dite ville et le dit diocèse 3.»

1 II était Dis de Jean d'AIbret et de Catherine de Fois, morts, celle

même année, sur le trône de Navarre que Ferdinand V venait d'amoindrir considérablement par voie de conquête.

3 Du texte latin, au «livre Jaulnc,» fol. 379.

3 Extrait du testament de feu Monseigneur François de Clermont- Lodève, légat d’Avignon, archevêque d'Auch. Ce testament avait été retenu par Maistre Antoine-Bernard, notaire public, habitant d’Avignon, au palais des grandes galeries d’Avignon, le 2 février 1539.

Sur quatre exécuteurs testamentaires, un seul était sur les lieux : « Pierre Ornézan, de la cité de 1839 Tornecope,» dit le texte, et archidiacre de Sabanés. La part des pauvres fut tellement considérable que le cardinal deTournon, de l’avis des exécuteurs testamentaires et du vicaire-administrateur, crutpouvoir en destiner une grande partie à la fondation d’un collège pour l’instruction de la jeunesse : « bien persuadé,» ajoute ici un document contemporain, «que l’indigence de l’esprit, c’est-à-dire l’ignorance, est de toutes les pauvretés la plus déplorable1.»

Ce généreux dessein fut accueilli avec grande faveur. Pour en faciliter l’exécution, le chapitre s’empressa d’offrir un emplacement que l’on choisit dans la partie sud-ouest de la culture de Sainte-Marie, et que son exposition fit juger des plus convenables. Toutefois, la construction des bâtiments éprouva quelque retard, à cause de la mésintelligence qui existait alors entre la cour de Rome et le chapitre. Le concordat, arrêté depuis près de 26 ans entre Léon X et François Ier, avait aboli, avec la pragmatique sanction de Charles VII, le droit d’élection dans toutes les églises qui ne pourraient pas justifier de quelque privilège spécial émané du Saint-Siège. C’est en vertu de ces nouvelles conventions que le roi avait ratifié la résignation faite par François-Guillaume de Clermont-Lodève, et présenté en cour de Rome le cardinal de Tournon. Les fautes politiques du connétable Anne de Montmorency annonçaient déjà que cette Eminence serait bientôt l’unique arbitre des grands intérêts de la couronne. Et d’ailleurs le Pape Paul III s’était montré trop satisfait de la trêve de dix ans, ménagée aux conférences de Nice, en juin 1538, entre Charles-Quint et François Ier, par l’habile intervention de cet illustre négociateur, pour ne pas mettre le plus grand empressement à lui accorder l’institution canonique.

De son côté, le chapitre métropolitain s’autorisait, comme en 1454, de la bulle par laquelle le pape Céleslin III avait dit formellement, vers la fin du xne siècle, « que le chapitre d’Aucb élisait seul son archevêque; avec défense expresse à toute personne ou puissance séculière de s’immiscer à l’avenir dans une affaire de cette importance2 .» Cet ancien titre plaçait incontestablement notre métropole dans le cas de l’exception prévue par le texte même du concordat. Et le cardinal de Tournon devait se résigner à rencontrer beaucoup d’obstacles. Toutefois, soit que la bulle de 1195 ne fût pas reconnue comme très authentique, ou plutôt que Paul III, à l’exemple d’innocent VU3 , eût signifié son intention de passer outre, l’archevêque nommé avait déjà pu prendre possession, le 21 avril 1539. Mais le cardinal de Clermont-Lodève était encore vivant à ectte dernière date; et les réserves de son acte de résignation avaient dû, selon toute apparence, être considérées, dans le chapitre, comme une protestation bien suffisante contre tout empressement de la part du prélat qui devait lui succéder.

La résistance prit un tout autre caractère, après la mort de l’archevêque François-Guillaume, lorsqu’il fut question d’une installation définitive par nouveau procureur. La présentation du monarque et l’institution du pape furent également méconnues; et le chapitre crut devoir procéder à l’élection d’un de ses membres, Jean de Lacroix, qui pourtant ne reçut jamais l’onction épiscopale.

Quant à l’administration du diocèse, elle resta provisoirement à Philippe de Caupenne, que le cardinal de Tournon avait nommé son vicaire général. Philippe était en même temps chanoine de la métropole et archidiacre de Magnoac. Négociateur habile, il travailla avec une rare prudence à ramener le calme, et finit par gagner au parti du cardinal quelques membres du chapitre. Le nombre des adhérents

1 « Ilæc itaque litteratorum virorum cultor Turnonius in crcctioncm 1 Voir, plus haut, page 40.

collegii convertenda censuit, ralus aniraorum paupcrlalc, ignorantia 3 Voir, plus haut, page 50.

videlicct, majorera esse nullam inopiam.

i54i s’accrut même insensiblement, sans trop de retard, par l’espérance très fondée de la sécularisation, que les chanoines désiraient depuis longtemps, et que l'archevêque François de Tournon pouvait si heureusement préparer en cour de Rome. Déjà on avait eu à s’applaudir de son crédit et de sa bonne volonté, dans les dernières démarches faites à l’occasion de cette affaire, difficile à conduire, et dont le début était d’assez ancienne date.

Du reste, le chanoine de Lacroix fit peu de résistance aux pressantes sollicitations de scs confrères. Il céda volontiers à son illustre compétiteur tous les droits qu’il pouvait tenir de l’élection capitulaire. C’est peut-être dans le but de réparer le mauvais effet produit par sa candidature qu’il fit don à l’église métropolitaine d’une grande statue d’argent, représentant la Sainte-Vierge et l’enfant Jésus. Marie était assise sur un faldistoire aussi d’argent, œuvre de goût et d’un travail exquis, dont les détails étaient en harmonie avec le style de nos boiseries. On la voyait encore, en 1789, dans la grande niche de l’autel du chœur.

Cependant, le connétable de Montmorency, en complète disgrâce, avait dû quitter la Cour1 2 3 ; et le cardinal de Tournon était retenu loin de son diocèse par les fonctions toujours plus importantes qu’il remplissait auprès du roi François Ier \ Mais l’éclat des premières dignités ne lui faisait pas perdre de vue les soins que réclamait la sollicitude pastorale. Il obtint du roi, à la date du 9 octobre 1943, les lettres patentes nécessaires pour l’approbation du projet arrêté, depuis plus de deux ans, dans l’intérêt de la jeunesse d’Auch; et il ordonna de jeter, sans plus de retard, les fondements du collège, isü On continuait aussi, par les ordres du célèbre cardinal et au milieu des désastres que la famine occasionnait1, les merveilleuses décorations des hautes et basses-stalles, ainsi que les sculptures sur pierre déjà commencées sous François-Guillaume de Clermont-Lodève, aux portes latérales de la métropole. Malgré l’indécision de l’époque où fut établi leur appareil, ces deux portes témoignent assez que l’art chrétien n’avait pas encore renoncé aux formes ogivales. Mais les détails d’ornementation n’attestent pas moins, spécialement à la porte du sud, le progrès des idées nouvelles, et leur tendance à substituer, partout, les inspirations de l’art payen, remis en honneur par ce qu’on était convenu d’appeler alors, en Occident, la Renaissance.

L’achèvement des dix chapelles qui bordent la maîtresse-nef se poursuivait avec la même activité. Toutefois, aucune d’elles ne reçut encore ni autels, ni verrières, bien qu’elles fussent voûtées. Les trois nefs et le transsept furent élevés jusqu’à la naissance des voûtes latérales; mais il est peu vraisemblable qu’on eût l’intention de les terminer sans élever en même temps la façade intérieure qui regarde l’occident.

Il est bien évident que l’ensemble du plan d’élévation, adopté sous l’archevêque Arnaud Aubert, en plein xiv® siècle, et repris définitivement en 1488, par les ordres de François- Philibert de Savoie, ne devait pas offrir en projet l’étrange contraste que nous voyons aujourd’hui entre le style des deux façades du transsept, et celui de la façade occidentale. Mais lorsqu’il fut question, dans les dernières années de François 1" , de mettre la main à l’œuvre pour élever celte dernière, quelques amis de

1 Garnier. Ilisl. de France, tom. XIII, p. 142.

2 Cujus consilio res omnis public» nostra Dirigilur foris, atque domi quæcumque geruntur.

Michel de l’Hospital.

3 « L’an mil cinq cenis quarante-cinq y ust en ceste ville d’Aux une 1res grande famine. Le chapitre de ladite ville d’Au nourrissait tous les jours, de pain et vin et compaynage, deux fois le jour aux mallades résident à l’hospital du chapitre; sans pour cela diminuer l’aus-

mosne accouslumée de pèlerins. — Archives du chapitre d’Auch.

» En loi;), le chapitre bailla, par moys cinquante sacs bled pour la famine. En lad’annéc, offre fait par le chapitre d’Aux aux consuls de la présente ville pour nourrir et loger les pauvres tous moys, sy l’on donne cent csculs de pention.» — Ibidem.

C’était, en d’autres termes, l’extinction de la mendicité, à des conditions que nos modernes économistes ne trouveraient pas fort onéreuses.

l’art chrétien, qu’on appelait, avec dédain, les routiniers de l’école gothique, curent beau revendiquer 1545 les droits acquis, et consacrés dans notre cathédrale par l'ensemble des constructions déjà faites : l’influence des idées nouvelles méconnut sur ce point l’imprescriptible loi de l’unité, et repoussa les formes de l’ogive des trois portes occidentales qui introduisent dans les nefs.

Rome d’ailleurs avait donné le signal dès les premières années du xvic siècle. L’ancienne basilique conslantinicnnc de Saint-Pierre s’était écroulée sous l’impitoyable marteau du Bramante : colonnes d’albâtre, bas-reliefs rehaussés d’or, statues de marbre, mosaïques grecques, portes d’airain, portes d’argent, tout avait cédé la place aux colossales proportions du nouveau Saint-Pierre 1. Raphaël et Michel-Ange étaient venus successivement continuer l’œuvre du Bramante et de Jules II. Léon X, Adrien VI, Clément VII et Paul III avaient rivalisé de zèle et d’ activité pour l’achèvement de ce dernier prodige des conceptions humaines : la basilique vaticane était la glorification de l’art moderne; et plus de quarante-cinq années de luttes soutenues à main armée par les rois de France dans la Toscane ou la Lombardie avaient popularisé le goût italien dans nos provinces. Ce goût prévalut enfin spécialement dans notre midi, et le plein cintre de la Renaissance régna seul à la façade occidentale de la métropole d’Auch.

Bien que les constructions fussent encore très incomplètes, cl que le tumulte des nombreux travailleurs img qui les continuaient fût peu favorable au recueillement des solennités religieuses, le service du culte publie n’en était plus réduit aux déplorables conditions de l’ancien et trop long état provisoire. Tout le chevet était voûté. Un mur de séparation le clôturait à l’ouest2 pour abandonner aux ouvriers, avec moins d’inconvénients, le transsept et toute la partie occidentale de l’enceinte. Les boiseries du chœur touchaient presque à leur terme; et le chevet, ainsi disposé, était, à lui seul, une véritable église dans toute la splendeur des plus riches décorations dont l’art chrétien pût se faire honneur à celte époque.

La reine de Navarre, Marguerite de Valois, voulut les contempler pour la seconde fois, et juger, par elle-même, du progrès de l’œuvre dans les vingt années qui venaient de s’écouler. Le 30 septembre, jour de son entrée à Auch, la reine fut complimentée par le chapitre, dans la stalle de la Couronne, en sa qualité de comtesse d’Armagnac, et elle chanta, à l’office du soir, les psaumes de complics. Le 1er octobre, elle occupa la même place aux heures de la nuit comme à celles du jour, et fit un très gracieux accueil aux modiques rétributions de sa prébende canoniale. Du reste, Marguerite les avait réclamées elle-même du chapitre, comme droit de présence pour les deux jours; et quittance en fut délivrée, par devant notaire, au syndic des chanoines, avec copie au « livre Jaulne » dans les termes suivants:

«Le premier jour d’octobre 1547, dans la maison archiépiscopale d’Auch, par devant Madame Marguerite d’Armagnac, a comparu vénérable père en Dieu, messire Arnaud de Monlezun, chanoine et sindic du chapitre, et pour tout le chapitre parlant à ladite dame, a dit que par son procureur avait été requis de lui payer ce qu’elle pourrait avoir gaigné de sa prébende canoniale, tant du jour précédent de sa venue que du présent jour. A quoi faire ledit Monlezun, sindic, s’était offert faire droit à ladite dame et promptement : pour le droit de complics du jour de sa venue avoit gaigné comme un chanoine deux liards et un pain. Et pour ledit jour des heures Matines, Prime, Tierce, Sexle, Noue et Messe, et pour tout, en pain montait quinze pains, deux socs vin, cl trois sols argent. El du tout ledit Monlezun, sindic, au nom dudit chapitre, en faisait payement à ladite dame comtesse; de quoi elle s’est tenue bien contente; et audit chapitre elle en a quitté et tient quitte.

1 M.-Tiiéod. de Uussière, Les Sept Basiliques de Home, loin. I.

2e partie, cbap. n, m et tv.

5 Les six premiers piliers, qui limitent le transsept à l’est, en portent encore la trace sur les parements vus.

» Présents à ce révèrent père en Dieu, Lévesque d’Olcron (1), Dominique de Gabre, vicaire général de l’archevesque d’Auch, Julien Ginestcs, docteur en médecine et autres.»— ANTHES, notaire signé.

C’est « dans la maison archiépiscopale d’Auch,» d’après cet ancien titre, que la reine de Navarre donna quittance au syndic des chanoines. Toutefois, le cardinal de Tournon n’avait pas pu faire lui-même les honneurs de son palais à Marguerite de Valois. Avant de venir prendre en personne possession de sa métropole, il attendait dans l’ahbaye de Tournus la fin des travaux les plus indispensables comme clôture convenable à l’occident. Aussi ne put-il se faire annoncer définitivement què pour les derniers jours de décembre 1547. Le serment dont nous avons parlé ailleurs, et que les prélats étaient, de temps immémorial, dans l’usage de prêter, à la prise de possession, entre les mains du chapitre, était la condition du bon accueil qui l’attendait à la porte de l’église. Mais la formule ne s’étant pas trouvée de son goût, il manifesta le désir de quelques modifications. Les chanoines déclarèrent qu’il ne serait pas reçu, s’il se présentait avec des intentions si peu conformes à l’ancienne pratique. 11 n’était plus temps de reculer, le cardinal se résigna.

Dès que le bruit de son approche se fut répandu dans la cité, toute la population s’empressa d’aller à sa rencontre, jusqu’à la porte de La Treille, où l’attendaient plus de deux cents gentilshommes de la première noblesse d’Armagnac. A leur tête, noble cl puissant seigneur Guillaume de Voisins, baron de Montaut, lui fit l’accueil solennel en la forme ordinaire. Comme il conduisait, à pied et une jambe nue, selon l’usage, la mule que montait l’archevêque, il fut obligé, à raison de son grand âge, de se faire remplacer dans la marche par son fils Aymcric, qui fit aussi le service du trône, celui de l’autel et du premier repas. Au reste, les archives capitulaires nous donnent une idée de ce festin, dont le menu rappelle assez les temps héroïques : «En chapitre feust ordonné qu’on baillerait, à l’entrée de Monseigneur le cardinal de Tournon, un beuf à haultc gresse, une doutzène de moutons, demy-doutzène de barriques de vin blanc, et demy-doutzène de tourterelles, et demy-doutzène dcpallommcs; le tout aux frais du chapitre, sans conséquance.»

Le séjour que le cardinal fit à Audi ne fut pas de longue durée. 11 quitta le diocèse, peu de mois après son arrivée. Mais il n’est pas trop facile, quoi qu’en dise notre chroniqueur de Simorre (2), d’assigner avec quelque certitude la véritable cause d’une résolution tout à fait inattendue. Son départ contraria d’autant plus la population et le clergé du diocèse qu’aucun prélat n’avait résidé à Auch depuis près de dix ans.

D’ailleurs, on était au moment de consacrer la métropole; et l’on avait fixé, avec intention, le 12 février de cette même année 1548, dans le but de donner un intérêt tout particulier à cette auguste cérémonie. Jean Dumas, évêque de Carystc «in partibus,» vicaire-administrateur en l’absence du cardinal de Tournon, fut le prélat consécrateur. A l’exemple de l’archevêque Bernard de Sainte-Christie qui, en 1121, avait invité pour le 13 février les populations, les ordres religieux et le clergé de la province, à la dédicace de l’ancienne église romano-bysantinc, Jean Dumas mit tout en œuvre afin de rendre au moins aussi brillante la nouvelle solennité. Les fidèles, comme le clergé tant séculier que régulier, attendris par les souvenirs que rappelait cette heureuse coïncidence, accueillirent avec bonheur, sur tous les points du diocèse, l’annonce de celte grande fête : elle renouvelait, jour pour jour, et sur le même emplacement, le 427e anniversaire d’une autre consécration, accomplie en présence de leurs ancêtres dans la basilique de St Austinde.

(1) Gérard Le Roux, ce Irop célèbre Roussel, prédicateur de Mar- (2) Chroniques de l’Eglise d’Aucli, page 185.

guérite, qui livra Olcro aux calvinistes.

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