SONT MENÉES A BONNE FIN
»c tüN & tes».
Ëotre vieille cité pouvait donc enfin s’applaudir et contempler avec un noble orgueil sa cathédrale renaissante, objet des vœux empressés de tant de générations éteintes. Elles l’avaient ^demandée, pendant près de quatre siècles, aux ruines amoncelées à cette même place par les irres inspirations d’une vengeance doublement sacrilège. L’édifice pourtant était loin d’être complet. Les portes latérales, le transsept et les piliers qui bordent la maîtresse-nef, s’élevaient, tout au plus, jusqu’à la naissance des grandes arcades. La façade occidentale ne dépassait pas ce niveau commun. Elle se montrait, en outre, hérissée de ses nombreuses pierres d’attente, qu’une sage prévoyance avait
disposées pour faciliter, un peu plus tard, l’élévation du porche et des tours qui devaient le couronner.
Cependant, les chanoines de la métropole poursuivaient, en cour de Rome, l’affaire de la sécularisation. 1349 Sous le pontificat de Paul III, on avait fait d’inutiles instances; et Jules III, élu pape en février J S 50, ne se montrait pas moins difficile. Toutefois, un certain nombre de chapitres avaient déjà réussi à se faire dispenser par le Saint-Siège des pratiques de la vie claustrale1; tandis que celui d’Auch vivait encore sous la gêne d’une règle austère et tout à fait conforme aux primitives constitutions de St Augustin. L’impossibilité où se trouvaient plusieurs de ses membres de partager le même toit2 occasionnait, parfois, certains désordres, nuisibles à l’édification publique, et néanmoins presque toujours inévitables. Aussi François de Tournon s’était-il empressé de solliciter, auprès du nouveau pape, la bulle de sécularisation.
De son côté, le roi Henri II, qui n’avait pas tardé de rendre sa confiance au cardinal3, appuya la demande par une supplique du 11 des calendes d’avril (22 mars) 1550, et le Saint-Père fit concevoir des espérances.
De nouvelles difficultés semblèrent néanmoins en devoir retarder la réalisation. Car, le 12 juin de cette même année, Messire de Burin, chanoine de la métropole, délégué à Rome par le chapitre, dans l’intérêt de cette affaire, écrivait encore à ses confrères d’Auch : « Qu’ayant fait part à M. le cardinal de Tournon de la dernière réponse négative, transmise par le dataire apostolique, l’archevêque fut tellement irrité que le pape lui manquât de parole, qu’il jura de ne plus lui en parler, et qu’il ferait entendre à Sa Sainteté qu’il n’avait à faire que son église fût sécularisée; qu’il déchirerait la supplique dans le consistoire, en présence du Saint-Père et des cardinaux. Que cependant il avait humblement représenté, lui Messire de Burin, deux jours après, à son Eminence, les peines et les dépenses que Messieurs ses confrères, les chanoines d’Auch, avaient exposées pour ladite sécularisation. Mais que l’archevêque, toujours fort mécontent, avait reparti que toutes les peines et dépenses du chapitre ne lui tenaient pas fort à cœur. Qu’il y était plus pour la honte et le déshonneur d’avoir fait courir le bruit, par toute la France, que lad’église et lcd’chapitre étaient sécularisés, et que cette sécularisation ne fut pas effectuée . Que néanmoins il en
1 «Ad instar aliarum inetropolitanarum seculariiim regni Franoiæ ” Voir, plus haut, page 4b.
ccclesiarum,» dit la bulle de sécularisation. 3 Garnier. Ilist. de France, loin. XIII, p- 420.
1550. parlerait encore une fois, au premier consistoire . Que dans lcd’consistoire le pape aurait promis de
nouveau, en disant à M. le cardinal, avec bonté : « Modicæ fidei quare dubitasti 1 ?» En effet, deux jours après, c’est-à-dire le 14 juin 1550, la bulle de sécularisation fut arrêtée.
À propos de certains détails sur les rites et usages relatifs à l’office divin, consignés dans cette bulle, il est à remarquer que Jules III autorise nos chanoines à conserver l’ancienne liturgie auscitaine, s’ils n’aiment mieux adopter le rit romain2, soit dans le chœur, soit en dehors de cette magnifique enceinte, dont les décorations, ajoute le texte, venaient alors d’être achevées3 *. Le chapitre se prononça pour le rit auscitain; et le cardinal de Tournon porta une ordonnance en vertu de laquelle Messirc de Scriban, chanoine de la métropole, fut chargé de réviser le Missel d’Aucli, que Hugues de Cossio avait imprimé à Toulouse, en 1491 *. Ce Missel fut réimprimé dans cette même ville, chez Colomiers, en 1555.
La bulle de Jules III nous fait connaître la composition du clergé qui venait prendre place dans les hautes et basses -stalles, pour l’office du jour et de la nuit. Le prévôt de la collégiale de Saint-Justin- Pardiac fut désormais prévôt du chapitre métropolitain; et par là-même, il eut rang avant tous les chanoines, tant dans les réunions claustrales que dans le chœur, s’il était lui-même chanoine en titre; et, s’il ne l’était pas, dans le chœur seulement, où il occupait la première haute-stalle, à la droite de l’archevêque. Vingt chanoines titulaires se partageaient, à la suite, les stalles assignées, à droite et à gauche, selon le rang d’ancienneté ou d’installation dans le chapitre.
Aux stalles inférieures, destinées au bas-chœur, siégeaient dix prébendés de Saint-Martial, et huit chapelains du Saint-Esprit. Venaient ensuite douze prébendés de Saint-Barthélemy, et douze autres encore de différents vocables, dans le nombre desquels étaient compris les quatre titulaires des prébendes cantorales, dites de Pardiac.
Enfin, six enfants de chœur5 et quelques chantres dont le plus habile formait les enfants et dirigeait tout le chant, un organiste et un certain nombre de prêtres de service extraordinaire, exerçaient des fonctions amovibles et tout à fait à la disposition du chapitre.
On ne doit pas être étonné que la bulle de Jules III ne fasse pas mention des cinq chanoines laïques : leur présence au chœur était un simple privilège qui ne leur imposait aucune obligation. Nous avons déjà dit que la stalle du comte était seule réservée6. La faculté d’y siéger en surplis et aumusse appartenait, en 1550, à Antoine de Bourbon, devenu comte d’Armagnac par son mariage avec Jeanne d’Albret, héritière de Navarre. Jean II de Montesquiou, Antoine de Pardaillan, Jean-Marc de Montaut, et Roger III de Noé, baron de l’Isle, représentaient, à cette même époque, les droits de leur famille. On avait déjà vu, à certaines solennités religieuses, Jean II prendre sa place à la stalle de Montesquiou7. Mais nous ignorons si Antoine de Pardaillan et Jean-Marc de Montaut se montrèrent, sur ce point, aussi fidèles aux traditions de leurs ancêtres. Quant à Roger III de Noé, des titres authentiques prouvent qu’il se faisait un véritable honneur de revêtir les insignes capitulaires8. Et cette pieuse pratique, perpétuée
1 Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté?
* « Secnndùm antiquum usum, rilum et morem diclæ ccclcsiæ Auscilanæ, vel Romanæ si maluerint, etc. » — C’est en 1589 seulement que le clergé métropolitain adopta le Missel et le Bréviaire de Rome.
3 « Si maluerint, in prædicto videlicel choro, extra vero ilium etiam
novissimè digestum. » Un autre témoignage nous fait connaître, d’ail¬
leurs, qu’on travaillait encore au chœur de Sainte-Marie huit ans après
la mort du cardinal François-Guillaume de Clermont-Lodève, cl par conséquent en 1548. C'est donc dans le courant de l’année 1549, selon
toute apparence, que les huchers laissèrent cet étonnant chef-d'œuvre
d’art et de patience dans l’état où nous le voyons aujourd’hui.
* Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette première édition.
5 Nous avons dit que la fondation, faite en 1420, par l’archevêque Béranger de Guilhod, n’en établissait que quatre. Mais le «livre jaulne» nous fait connaître, au feuillet 116, « l’augment de cinq paubres et de deux enfants de coeur, dont l’entretien était fixé sur la cinquiôsme partie des dixmes d’Ayguctintc.» — Les pauvres que l’on servait, tous les jours, au réfectoire du chapitre (voir page 45) étaient donc au nombre de treize, dès la première moitié du XVIe siècle.
8 Voir plus haut, p. 46.
7 M. le duc de Fezensac. Hist. de la maison de Montesquiou - Fezensac, chap. iv, p. 77-79.
8 Archives de famille de M. le comte de Noé; année 1550.
dans ses descendants jusqu’en 1791, ne l’empêchait point de servir avec distinction la cause de l’ordre, iwo. pendant les guerres civiles qui agitèrent nos provinces méridionales vers le milieu du xvi° siècle. Nous lisons, en effet, dans les archives de sa famille, que Roger III reçut de Charles IX le cordon de l’ordre de Saint-Michel, dont le roi le décora, par les mains du maréchal de Montluc, « sur la renommée de ses grands et vertueux mérites et vaillance1.» Henri III lui écrivit aussi pour l’assurer de la confiance qu’il avait en sa fidélité, et le félicita de la considération dont il jouissait en Gascogne. Et Henri IV, dans une lettre écrite de sa main, vers la fin de mars 1580, c’est-à-dire comme il n’était encore que roi de Navarre, lui tenait un langage tout aussi honorable2.
Mais revenons aux constructions que la cérémonie de la Dédicace avait momentanément suspendues.
Deux dates du porche, gravées à la hauteur de 2m 35, sur la face extérieure des fortes murailles qui le limitent à l’ouest, attestent que Jehan de Beau Jeu, architecte, travaillait à le construire en 1560 et 1567. Il est bien évident qu’il eût été beaucoup trop lent en besogne si, dans l’espace de sept ans, Jean de Beau Jeu n’avait dirigé que sur ce point les travaux de la cathédrale. Et, du reste, nous avons la certitude
que même dès « l’an mil cinq cents quarante-huit, et le quatriesme jour du moys de décembre .
Beau Jeu maistre massonne ausait laisser leuvre de lesglise métropolitaine d’Aux» pourse rendre àGalan, afin de «visiter lesglise dud’ lieu avant la réception d’icelle, et pour sourtir d’autres différends avec lesquels sur les meyneaux à dire d’expert.»
Six ans plus tard, Beau Jeu croit pouvoir prendre « sinq jours pour lad’ visite, et reçoit de Monsieur maistre François du Puy, recteur du collège de Foyx, à Tholose, pour vaquation et salaire, la somme de neuf libres quinze sols tourn. et six deniers3.» La fabrique n’avait donc pas discontinué, de 1548 à 1567, de poursuivre son œuvre. Et cependant une inscription lapidaire gravée, à l’intérieur du porche, sur un médaillon de marbre à l’effigie du Christ, nous autorise à croire qu’en 1585 les piles en étaient à peine à la retombée des cintres. C’est que les grandes entreprises ne pouvaient guère alors marcher qu’avec lenteur. Les guerres intestines qui désolaient la France les rendaient de jour en jour plus difficiles : aussi les travaux de notre cathédrale furent-ils définitivement interrompus. îoso.
On ne put même les reprendre que dans les dernières années du xvic siècle. La Ligue alors venait de finir: Henri IV avait forcé Mayenne dans ses derniers retranchements ; et l’édit de Nantes, en fixant l’état civil, politique et religieux des calvinistes, ne laissait plus le moindre prétexte à leurs mécontentements.
La ville d’Auch avait eu beaucoup à souffrir des troubles occasionnés par les discordes civiles et religieuses. « Les régents du collège ordonnés de par le roy rétablir aud’archevêché plus ample connaissance des sciences et bonnes mœurs,» avaient déserté leurs chaires. Aussi «la foy catholique et commandements de Dieu» étaient-ils encore loin d’ètre «mieux entendus, gardez et observez pour le bien et le salut d’un chacun. » On profita des premiers jours de calme pour préparer une nouvelle organisation des classes; des propositions furent faites aux RR. PP. Jésuites de Toulouse, par le chanoine François Védclli, vicaire général capitulaire; et le P. Pierre Lohicr, nommé recteur, vint avec cinq
1 Ce sont les propres termes de la lettre du monarque.
2 A Monsr de Noé.
Monsr de Noé, je pensois que vous me tinssiez de vos meilleurs amys, pour m'employer en tout ce qui vous loucheroit, estant bien marry que vous ne m’avés adverty de l’assemblée que vous faictes, afin d’y apporter mes moyens. Si j'eusse esté en France, comme lieutenant du Roy, je vous l’eusse envoyé defTendre : mais estant en mon pays souverain, je vous offre tout ce qui dépend de
moy comme prince étranger, ma personne, de tous mes amys et serviteurs, dont vous disposcrés aussi librement que des voslres, ainsy que ce porteur vous dira. El à Dieu Je suis
Vostre meilleur et plus asseuré amy HENRY.
Origin. autographe des archiv. de famille de M. le comte de Noé. 3 Voir ù l’appendice, note F.
ioiM> jeunes scolastiques prendre possession de l’établissement, le 23 juin 1589. Une ode latine, du P. Acosta, composée à cette occasion, nous apprend que les canons du concile de Trente furent adoptés, en même temps, par le clergé de la métropole1.
Le chapitre voulait aussi renouveler l’autel du chœur et le mettre en harmonie avec les détails d’ornementation adoptés depuis cinquante ans pour la construction du porche. Mais le plan de ce travail était à peine ébauché lorsqu’un docte et saint ecclésiastique fut nommé au siège d’Auch. C’était le pieux Léonard de Trapes, dont les hautes vertus ont imprimé dans le cœur des Auscitains un si profond sentiment de vénération que, de nos jours encore, il est plus généralement désigné sous le nom de « Bienheureux Léonard. »
La nouvelle de sa nomination2 fut accueillie avec d’autant plus de bonheur que le mérite éminent de ce prélat était connu, depuis quelques années, des populations et du clergé du diocèse. Il en avait eu l’administration spirituelle, tandis que le jeune marquis de Saint-Sorlin, et, après lui, le maréchal de Biron jouissaient des fruits du temporel, pendant les derniers troubles de la Ligue. Sacré à Paris, le 25 janvier 1600, par le cardinal dcGondi, Léonard lit prendre possession par l’abbé de Faget, François Védelli, son procureur fondé. Quelques mois après, il se mit en route, et se présenta, le 8 novembre 1599, à la porte de La Treille. C’est là que l’attendaient l’accueil et le cérémonial d’usage. Un autel était dressé hors des murs, et sur l’autel venait d’être déposé, par les religieux de Saint-Orens, le corps de leur saint patron. Léonard jura sur ces reliques d’observer les coutumes de l’église, écrites et non écrites. Il lit ensuite son entrée solennelle, monté sur la mule que conduisait, à pied, le baron deMontaut.
Or, comme la saison était rude, le baron avait eu la précaution de prendre des bas-de-chaussc, faits de toile fine, couleur de chair. «Le prélat s’en aperçut et accueillit avec bonté l’excusede M. de Montaut qui ne croyait pas, » disait-il, «bien convenable d’exposer ses jambes nues aux pudiques regards d’un pontife qui avait une aussi haute réputation de sainteté.»
Léonard ne fut pas plutôt installé qu’il s’empressa de donner suite au dessein arrêté depuis deux ans de renouveler le maître-autel, en attendant l’heureux jour où il pourrait s’occuper des trois nefs et du porche. Dès l’année! 589, on avait commencé la clôture de l’abside du chœur. Mais ce travail, peu avancé, laissait à découvert le sanctuaire où le chapitre venait chanter tous les jours «la messe de Notre-Dame.» Or, le pieux pontife ne pouvait souffrir que le maître-autel, vrai point de centre autour duquel rayonnent toutes les gloires de la basilique, restât plus longtemps isolé et sans ornement accessoire qui pût servir, à l’est, de limite convenable.
icoo. Un plan définitif fut approuvé, et la fabrique en confia l’exécution aux soins d’un Auscitain, tailleur de pierres, que le roi venait de nommer, à Audi, membre du bureau de l’élection3. Il s’appelait Pierre Souffron. Son œuvre n’était pas encore achevée au jour où furent vérifiés, d’office, les travaux accomplis dans la basilique. C’était le «onzièsme du mois de may 1609. M. de Lestanc, conseiller du roy en son conseil d’Estat, troisièsme président du parlement de Tholose, et M. Le Comte, conseiller du roy aud’parlcmcnt, étaient commissaires députés. Pierre Souffron, sieur de La Maison; noble Ducros, architecte général pour le roy en la duchée d’Albret et terres de l’ancien domaine et couronne de France; Guillaume Bauducr, maistre maçon de la ville d’Auch, et Jehan Limousin, ingénieur de la ville de
1 « Tridenti canones datos recepit
Et paucos studio sagatiore Ignati socios rcecpil Auscis Oclogesimus hic nouenus anuus. »
3 Les bulles portent la date du 8 novembre 1599, bien que Léonard fût proposé depuis deux ans, par Henri IV, à l'institution cano¬
nique. — L’abbé Daignan. Documents inédits pour servir à l’histoire eccl. de la Gascogne.
3 h Eleclorum ad tributa describenda jurisdictio, curia vel tribunal » dit le dictionnaire de Trévoux. On jugeait à celte petite cour, en première instance, les différends sur les tailles et les impôts, à l’exception des gabelles cl domaines du roi.
Fleurance, étaient experts pris d’office . À laquelle visite et vérification,» disent-ils en finissant, «et I609.
pour dresser la présente relation, nous auons vaqué sept journées avec Gabriel Lafon, pris pour nostre greffier. Faict et paracheué dans la ville d’Auch, le 18 may 1609; taxé pour les cinq experts trente escus; et pour le greffier, tant pour la minute que grosse et ses vacations trois escus. »
Or, nous lisons « au procès-verbal 1 de ladite expertise : et ayant regardé et considéré lad’église à l’estât quelle est de présent, nous a semblé estre le plus nécessaire et conuenable de paracheuer le grand-autel.» On continua donc l’autel du chœur, dont les détails demandèrent encore un temps assez considérable.
Avant de reprendre les importantes constructions qui n’étaient pas terminées, Léonard crut devoir s’appliquer à réunir les ressources nécessaires. Le chapitre ne fournissait plus les cotisations fixées par arrêt du Parlement de l’an 1515. Les intendants de la fabrique avaient même affecté à d’autres usages les fonds destinés, depuis quatre-vingt-quatorze ans, à l’achèvement de l’édifice.
Dans l’espérance de mettre fin à de pareils abus, et sans donner, de prime abord, le moindre éclat à cette affaire, Léonard réclama, à diverses reprises, près du syndic et des chanoines, en faveur des droits de son église. A ses instances réitérées on opposait la prescription, l’insuffisance des moyens, les difficultés de l’entreprise. Le pieux prélat ne crut pas devoir céder. El lorsqu’il fut bien avéré que par les voies de persuasion il ne réussirait jamais à ramener le chapitre, il en appela au Parlement. Une première ordonnance prescrivit l’exécution des arrêts, tant contre «le syndic dud’chapitre que contre les possédants dignitez, pour le payement des arrérages par eux dus à lad’fabrique.»
Requête en cassation fut aussitôt donnée par le syndic; et, après divers arrêts obtenus de part et d’autre, il fut passé, le 26 mars 1611, « une transaction par laquelle on deuait s’en tenir aux départi m en ts faits en 1515. »
L’heureuse conclusion de cette affaire permit au bienheureux Léonard de poursuivre, avec le même igii. zèle, l’exécution d’un projet arrêté par un de ses prédécesseurs, dans l’intérêt général du diocèse. Le décret du Concile de Trente sur les séminaires s’était d’abord exécuté à Rome et à Bologne. Et bientôt l’exemple donné par le Souverain Pontife avait trouvé de nombreux imitateurs, même eh dehors des Etats de l’Eglise. A Auch, le cardinal d’Est, bien pénétré de l’importance des soins dévoués et persévérants qui s’adressent à l’âge le plus tendre, avait fondé des bourses pour faire suivre à douze enfants, encore jeunes, un cours d’études élémentaires. C’était la première idée d’un établissement, qui, grâce à la générosité du clergé et des fidèles, devait prendre, un peu plus tard, des développements considérables. A son début, le petit-séminaire fut circonscrit aux modestes proportions d’une maison bourgeoise, que « maistre Pierre Beaulyes, médecin, vendit pour la somme de trois mil trois cents liures2.» L’acte fut retenu « par maistre Claude de Brie, notaire public, le 16 juin 1609;» et pourtant le saint prélat ne put réunir qu’en 1617 les jeunes boursiers du cardinal d’Est. Des maîtres choisis avaient mission de les former aux habitudes cléricales, et de les conduire, pour l’enseignement classique, aux leçons des RR. PP. Jésuites, qui dirigeaient le collège de la ville, depuis près de trente ans.
Ce dernier établissement fut aussi l’objet des soins particuliers du bienheureux Léonard. Les Jésuites n’avaient pas encore d’enceinte convenable où leurs nombreux élèves pussent être réunis pour les
1 Extrait du procès-verbal de la visite, vérifications, etc., etc., cité aux pièces justificatives, p. 293-304 de noire Monographie de Sainte- Marie d’Auch. In-12; 1830.
1 « Elle était située, rue Dcnuignes, en face du collège, confrontée
et limitée à la contenance d’une place trois escals,» mesure d’Auch, c'est-à-dire 2 ares 693. L’escat, ou 0 are 0997, était la 24e partie de la place; 16 places valaient une concadc, un sac ou un cazal. — Voir, plus haut, page 24.